Huawei tente de regagner la confiance de l’UE sur la cybersécurité

Campus Huawei [Jorge Valero]

Le géant chinois des télécommunications Huawei cherche sa place dans l’élaboration des normes de cybersécurité au niveau mondial, pour dissiper les craintes d’espionnage émises par l’UE et les Etats-Unis.

L’entreprise, acteur de premier plan dans le développement de la prochaine génération de réseaux de télécommunications (5G), se trouve actuellement dans une zone de turbulence.

Alors que les opérateurs s’apprêtent à déployer des réseaux 5G dans le monde entier, Huawei sera évalué par l’UE au cours des six prochains mois afin de déterminer si elle représente un risque pour la sécurité.

L’issue des pourparlers entre les États-Unis et la Chine au cours des prochaines semaines pourrait également atténuer une partie des pressions exercées sur l’entreprise, interdite par Washington, ou faire de l’entreprise une victime collatérale si les négociations échouent.

Ce contexte tendu n’existe pas à Dongguan, à une heure et demie de route de Shenzhen, la Silicon Valley chinoise.

Dans le nouveau campus de R&D de Huawei, la réalité et les apparences semblent se confondre. Dans cette zone équivalente à plus de 365 terrains de football, le visiteur se promène autour d’une réplique de l’université de Heidelberg, arpente les couloirs de marbre et les escaliers des plus prestigieux bâtiments de Paris, et jouit de vues magnifiques comme celles de Grenade.

Plongé dans le silence paisible de cette réplique de l’Europe sous stéroïdes, où même les plantes semblent plus volumineuses, difficile d’imaginer que Huawei se trouve presque au cœur de la « rivalité systémique » entre l’UE et la Chine, comme le décrit Bruxelles.

Ou que l’entreprise représente une menace « inacceptable » pour la sécurité du reste du monde, comme a déclaré George Soros, investisseur et philanthrope, en janvier dernier.

Alors que Huawei s’efforce de maintenir le leadership dans la course à la 5G – les voix les plus visionnaires de l’entreprise imaginent déjà la 6G –les défis et les préoccupations en suspens obligent l’entreprise à se battre au quotidien.

Le champ de bataille, c’est précisément l’Europe, non pas le paysage tranquille construit à Dongguan, mais le puissant bloc économique et surtout la puissance réglementaire sceptique face aux engagements de la Chine et méfiante vis-à-vis des pratiques des entreprises chinoises.

Confiance

« La confiance est cruciale » dans le secteur des technologies, affirme Ken Hu, l’un des trois PDG de Huawei, lors de l’ouverture du sommet des analystes à Shenzhen, le 16 avril.

Mais pour les États-Unis et certains hauts fonctionnaires de l’UE, la confiance a été entachée par les Chinois, principalement en raison de la nouvelle loi obligeant les entreprises chinoises à coopérer avec leurs services de renseignement.

L’intégrité du réseau de pointe de Huawei pourrait être compromise, insiste Washington, qui a interdit l’entreprise sur son territoire.

Plusieurs gouvernements européens se sont d’abord rangés du côté des États-Unis, mais l’UE procède actuellement à sa propre analyse pour décider de la marche à suivre.

Huawei défend quant à elle son honneur en envoyant des signaux de conciliation, mais parfois sur un ton provocateur, reflétant sa position dominante incontestable en tant que premier fournisseur d’équipement de télécommunications dans son pays et à l’étranger.

L’an dernier, le chiffre d’affaires des ventes a augmenté de 19,5 % d’une année sur l’autre, pour atteindre 106 milliards de dollars. En 2018, l’entreprise a consacré 14,6 milliards d’euros à la R&D, consolidant ainsi sa position d’acteur de premier plan en matière de dépôt de brevets.

Joe Kelly, porte-parole de l’entreprise et d’autres représentants de Huawei insistent sur le fait que la loi chinoise controversée sur le renseignement protège les intérêts légitimes des entreprises, n’affecte pas les entreprises chinoises à l’étranger et soutiennent que d’autres pays, notamment les États-Unis et l’Australie, ont des règles similaires.

Les analystes doutent néanmoins de ces arguments. « Quoi que dise la loi, si l’État vous demande de faire quelque chose, si vous ne le faites pas, cela a des répercussions, qu’elles soient légales ou plus sinistre. Le parti [communiste] est suprême et a le dernier mot sur tout », a déclaré au Financial Times Paul Haswell, associé chez Pinsent Masons à Hong Kong.

Pourtant, l’entreprise répète à l’envi les paroles de son fondateur Ren Zhengfei. En février, au beau milieu de la controverse, il a déclaré aux journalistes qu’il fermerait l’entreprise avant de communiquer les informations des clients aux autorités chinoises.

Huawei tente de rassurer l’UE

Il n’y a jamais eu aucun vrai « problème de cybersécurité » à Huawei, assure un représentant de la firme chinoise.

Louange

Mais Huawei ne cherche pas seulement à reconquérir la confiance des Européens. L’admiration de Ren Zhengfei et des directeurs exécutifs pour l’Europe semble aller au-delà des 1,5 milliard de dollars dépensés pour construire à Dongguan le campus européen digne d’un parc d’attractions.

Ken Hu a déclaré que l’Europe faisait « un excellent travail » dans le domaine de la cybersécurité, tout en saluant l’approche pragmatique et factuelle des Européens.

Hong-Eng Koh, responsable mondial du département de la sécurité publique de Huawei, a également qualifié le règlement général de l’UE sur la protection des données (RGPD) d’« atout » qui serait copié dans de nombreuses parties du monde.

Les données joueront un rôle de plus en plus important dans l’avenir de l’entreprise, car elles alimenteront l’intelligence artificielle que Huawei place au cœur de l’expérience utilisateur sans faille et sans recherche dans un avenir proche.

Mais malgré les efforts pour reconquérir les Européens, y compris l’ouverture d’un centre de cybersécurité à Bruxelles, les représentants de Huawei admettent que regagner la confiance de l’UE est un combat difficile.

L’OTAN s'interroge sur les risques de la 5G de Huawei

L’OTAN a conscience des potentiels « risques pour la sécurité » de l’infrastructure 5G du géant chinois. Le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg, assure que son organisation est en train d’évaluer la situation.

La seule façon, suggère un employé, serait d’élaborer des normes mondiales uniques pour la cybersécurité qui ne font pas de discrimination selon que l’entreprise est chinoise, américaine ou européenne.

À cet égard, Huawei veut élaborer les règles du jeu. Pour étayer son argumentation, l’entreprise s’appuie sur environ 240 certifications en matière de cybersécurité délivrées par des auditeurs indépendants, dont certains en provenance des États-Unis.

La société souligne que son « laboratoire indépendant de cybersécurité » dispose d’un droit de veto pour arrêter tout produit qui ne répond pas aux normes les plus élevées de l’industrie dans ce domaine, comme elle l’a fait 75 fois au cours des cinq dernières années.

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L’UE et les États-Unis ont décidé d’intensifier leur coopération dans le domaine des normes de cybersécurité. Un rapprochement né de l’inquiétude face aux liens entre les compagnies de télécoms chinoises, comme Huawei, et Pékin

Cependant, l’Europe semble se tourner vers l’Ouest lorsqu’il s’agit de développer des normes communes de cybersécurité.

Bruxelles a non seulement suggéré de collaborer avec Washington dans ce domaine dans le contexte des négociations commerciales, mais a également exprimé sa volonté d’adopter des normes déjà conçues par des entreprises américaines.

Si les négociations commerciales entre la Chine et les États-Unis aboutissent, Huawei pourrait en profiter pour participer à l’établissement de normes. L’échec à l’inverse, exposerait à nouveau l’entreprise à la fureur de Donald Trump, au moment où les Européens achèveront la révision de la sécurité du réseau 5G qui pourrait déterminer l’avenir de Huwaei.

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