La Hongrie et la Pologne défendent une hausse du budget européen

Jean-Claude Juncker [European Commission]

Les gouvernements hongrois et polonais se sont dits prêts à contribuer davantage au cadre financier pluriannuel de l’UE après la sortie du Royaume-Uni en 2019.

Mettant de côté les critiques visant les institutions européennes et les politiques communes, notamment en matière de migration, les deux pays ont invité la Commission européenne à faire une proposition de budget « plus courageuse » que la précédente (2014-2020), approuvée au lendemain de la crise financière.

Lors d’une conférence organisée par la Commission, János Lazar, ministre du gouvernement hongrois a déclaré que Budapest était « prête à accroître » sa contribution au budget de l’UE. « Nous aimerions être des contributeurs nets », a-t-il affirmé.

Le Brexit pourrait coûter 60 milliards d’euros aux Britanniques

À quelques jours du déclenchement de l’article 50, le commissaire européen au budget, Günter Oettinger, reconnaît que la facture annoncée de 60 milliards d’euros pour le Brexit n’est « pas totalement fausse ».

« Nous soutenons l’intention de la Commission de proposer un cadre financier pluriannuel plus élevé que 1 % (du PIB de l’UE) », a ajouté le secrétaire d’État polonais aux affaires européennes, Konrad Szymanski.

Selon lui, c’est « la bonne réponse » face au gouffre financier que laissera le Royaume-Uni dans les caisses de l’UE après son départ et face aux nouveaux défis auxquels fait face l’Europe, y compris la migration.

Les deux pays ont aussi tiré des coups de semonce contre ceux qui veulent réduire les dépenses de la politique de cohésion, l’une des plus grosses enveloppes du budget avec 350 milliards d’euros, soit un tiers du cadre financier pluriannuel.

Bataille politique

Konrad Szymanski estime que procéder à des coupes dans la politique de cohésion est « trop simple » et rappelle que cette politique a un « avenir radieux » devant elle étant donné qu’elle est ouverte aux réformes et qu’elle possède une véritable valeur ajoutée.

« Nous ne voulons pas être passifs ou sur la défense » durant les négociations, a-t-il déclaré tout en promettant de discuter « ouvertement ».

János Lazar réclame aussi plus de fonds pour renforcer la sécurité et la compétitivité européennes.

Le collège des commissaires se réunira pour une première discussion à ce sujet le 10 janvier. Une proposition de cadre financier pluriannuel sera dévoilée en mai.

La Commission souhaite que les États membres et le Parlement européen parviennent à un accord au printemps 2019, soit avant les prochaines élections européennes.

Au cours des 18 prochains mois, ces négociations deviendront la principale bataille politique. En effet, les discussions seront compliquées par les coupes potentielles dans la politique de cohésion ou dans la politique agricole commune (PAC), sacro-sainte pour la France, et par l’augmentation du budget pour faire face à de nouvelles priorités et pour couvrir le manque généré par le Brexit.

Lors de cette conférence, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a dit prévoir une proposition ambitieuse pour le prochain budget à long terme.

Plus qu’un café

Jean-Claude Juncker s’oppose à des coupes « drastiques » dans la politique de cohésion ou la PAC et appelle à verser plus d’argent pour financer « l’Europe que nous voulons ».

Insistant sur le fait que le budget actuel de l’UE représente l’achat d’un café par jour par citoyen européen, il a affirmé que « l’Europe est plus qu’une tasse de café par jour ».

Le commissaire européen au budget, Günther Oettinger, s’est quant à lui montré plus prudent connaissant bien la réticence des contributeurs nets à transférer plus d’argent à Bruxelles et aux bénéficiaires nets. « Nous avons besoin d’un budget européen un peu plus important », a assuré le commissaire allemand.

Alors que ses camarades de la CDU risquent de protester contre plus de fonds, en particulier pour financer de nouveaux instruments communs, les sociodémocrates (SPD) réclament à l’exécutif européen une proposition « ambitieuse ».

« Gagnants nets »

La CDU/CSU et le SPD sont en pourparlers cette semaine pour déterminer s’il existe un terrain d’entente suffisant pour reformer une grande coalition.

« Nous sommes des gagnants nets, pas des payeurs nets’, a déclaré le vice-chancelier et ministre des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, figure importante du SPD.

Selon lui, son pays est le « plus gros bénéficiaire de l’intégration européenne », sur le plan économique, financier et « surtout politique ».

Dans ce contexte, Sigmar Gabriel propose de dépenser plus pour renforcer l’union économique et monétaire et pour soutenir l’Afrique.

Même s’il n’a pas pu confirmer la position allemande dans les négociations à venir, il souhaite que « l’Europe soit au centre de l’accord de coalition », bien que cela n’ait pas toujours été le cas.

Le groupe Monti veut supprimer le rabais britannique

Le « groupe Monti » va proposer une réforme du budget européen qui remet en question le principe de « juste retour » et en annule le rabais britannique, selon un projet de rapport consulté par EURACTIV.

Les intervenants se sont tous accordés à d’abord définir les priorités du prochain cadre financier pluriannuel avant de déterminer les meilleurs financements pour atteindre les objectifs.

« C’est un débat très encourageant », a résumé l’ancien commissaire Mario Monti. « Peut-être suis-je trop optimiste, mais je crois que vous noterez qu’il y a un langage plus commun qu’il y a un, cinq ou dix ans. »

Alors que la majorité des participants ont reconnu la valeur ajoutée du budget européen, certaines voix se sont opposées à une augmentation de celui-ci.

Pour le nouveau ministre autrichien des Affaires européennes, Gernot Blümel, « une Europe plus petite, mais plus efficace » – l’un des scénarios de Jean-Claude Juncker dans son livre blanc sur l’avenir de l’UE – est « un bon indicateur de la manière dont nous voulons voir évoluer l’Europe ».

Il a donc plaidé pour un budget européen plus limité, non pas pour « avoir l’excuse de payer moins », mais car l’Europe sera plus petite après le Brexit.