Zone euro : le FMI propose un fonds contre le gros temps

Christine Lagarde [EPA-EFE/LAURENT GILLIERON]

Le FMI fait de grands projets pour la zone euro. Sa directrice propose notamment un « fonds pour les périodes de gros temps », auquel l’Allemagne contribuerait à hauteur de 10 milliards par an. Un article de notre partenaire, WirtschaftsWoche.

C’est à Berlin que la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, a choisi de présenter sa proposition spectaculaire pour la zone euro. Les Allemands peuvent se sentir flattés, mais le projet risque de créer la pagaille.

Alors que l’Europe s’apprête à prendre une décision sur l’avenir de la zone euro, la proposition du FMI de mettre en place un « fonds pour les périodes de gros temps » ne passe pas inaperçue. Le principe est simple : si, dans les années à venir, un pays de la zone euro financièrement affaibli plonge une crise économique, il recevrait automatiquement des milliards d’euros d’aide dans son budget. « Pour prévenir une répétition douloureuse de la crise, la zone euro doit se munir d’une compétence budgétaire centrale », explique Christine Lagarde.

Un tel fonds est à l’étude au sein de la zone, et l’idée n’est pas vraiment nouvelle. Ce qui est inédit, par contre, c’est le volume de l’aide suggérée par le FMI, 0,35 % de la production économique des États chaque année. Pour l’Allemagne, cela représenterait jusqu’à 10 milliards par an. Selon l’organisation, cette nouvelle capacité devrait aussi pouvoir absorber ses dettes sur le marché financier. Une proposition qui sera difficile à défendre en Allemagne, mais aussi dans d’autres États membres.

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Tout cela est bien sûr évident pour la directrice du FMI. Elle souhaite avant tout que sa proposition ne soit pas interprétée comme à une première étape avant une union de transferts. Les États en question devraient « prendre leurs responsabilités dans le futur », a-t-elle souligné à Berlin, où elle s’est exprimée en allemand. Le pot commun devra en outre être assorti de mécanismes clairs pour qu’aucun pays ne se mette à trop compter sur ce filet de sécurité et sur le financement des autres États.

Ce que le FMI espère, c’est que ce fonds empêchera un engrenage néfaste, comme ça a été le cas entre 2010 et 2012, quand la Grèce, l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et Chypre ont l’un après l’autre approché de la faillite, ou pire. À l’avenir, cet effet domino ne devrait plus être possible, expliquent les expertes du FMI. L’organisation prévoit en effet que l’argent du pot commun soit envoyé aux pays où le chômage est élevé. Si le taux de chômage dépasse soudain de plus d’1 % la moyenne des sept années précédentes, le pays en question recevra des fonds pour régler le problème. Selon les projections du FMI, cela permettrait de réduire de moitié la durée et la gravité des récessions.

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Pour que les pays très endettés ne se reposent pas trop sur ce filet de sécurité, le FMI veut conditionner les versements au respect historique des règles de la dette. Celles-ci devraient idéalement être révisées parce qu’elles sont devenues beaucoup trop complexes, toujours selon l’organisation. En outre, un État ayant été aidé devra contribuer davantage au fonds commun une fois la crise passée.

Les économistes du FMI estiment que cet instrument permettrait de stabiliser la zone euro et d’empêcher que certains pays se retrouvent aussi rapidement en difficulté. Le tout sans qu’émerge de nouvelle union de transferts.

Trop optimiste

Le Fonds monétaire envisage sa proposition comme une contribution au débat actuel, contribution purement fondée sur des arguments économiques. Un budget de la zone euro, idée soutenue par Emmanuel Macron, est considéré comme difficilement réalisable par l’organisation, étant donné le nombre d’institutions nationales et européennes qui devraient prendre des décisions conjointes très régulièrement. Par contre, un « fonds pour les mauvais jours » pourrait être mis en place après une discussion sur ses règles et serait automatiquement actionné en cas de besoin.

La proposition a cependant peu de chance d’aboutir, étant donné l’opposition de certains pays au principe même et le volume important des contributions prévues par le FMI. Surtout que l’UE envisage également d’augmenter les fonds dont dispose le Mécanisme européen de stabilité (MES) afin d’aider les pays en difficulté.

La mise en place d’un tel pot commun serait politiquement difficile. Si cet instrument entrait en vigueur aujourd’hui, il est clair que l’Allemagne paierait pour les États du sud, où le chômage est encore important. Le FMI estime pourtant que c’est le bon moment. « Actuellement, la situation économique favorable dans tous les pays de la zone euro, combinée à la volonté politique de renforcer l’union monétaire, offre une occasion rare », assurent les économistes de l’institution, qui ajoute que les pays qui ont le plus besoin d’aide changent avec le temps. En 2007, par exemple, l’Allemagne aurait été aidée par le fonds, alors que l’Italie en aurait été un contributeur net.

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Les membres de la zone euro comptent réformer l’union économique et monétaire cette année. Il n’y a pas d’élection prévue dans les plus importants pays membres dans les 12 mois à venir. Par ailleurs, le président français a fait  campagne sur une réforme européenne et  encourage à présent ses homologues à le suivre. Ce serait donc le moment opportun pour établir l’instrument proposé.

Les propositions d’Emmanuel Macron ne font cependant pas l’unanimité. Les Allemands préfèreraient étendre le paquet sauvetage du MES. Les capitales ne sont pas non plus d’accord sur la finalisation de l’union bancaire et le programme d’assurance européenne des dépôts. Au sud, on voudrait plus de fonds, au nord, on craint de devoir constamment payer pour les autres. En outre, depuis la dernière crise, les Européens ont déclaré à plusieurs reprises vouloir régler leurs crises seuls, sans l’aide du FMI.

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