Industrie pharmaceutique : la France dans le top européen, mais…

Incontournable pour ce qui est des essais cliniques, La France voit ses activités de production pharmaceutiques accuser un retard par rapport à l’Allemagne ou au Royaume-Uni. Un article de notre partenaire La Tribune.

Quels sont les leaders de la chaîne pharmaceutique en Europe, de la découverte à la sortie des produits de santé ? Le cabinet de conseil Roland Berger a publié mercredi 18 octobre une étude comparant le tissu pharmaceutique de sept puissances européennes (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Suisse, Italie, Irlande). Si la France est encore le 5e marché pharmaceutique mondial, et le 2e en Europe, sa place dans la recherche et la fabrication de médicaments est moins évidente. Décryptage.

Un tissu d’entreprises important dans les biotechnologies

La France compte 1.112 entreprises dans le tissu pharmaceutique (en ajoutant les fabricants de dispositifs médicaux), avec 146 employés en moyenne par entreprise. Un maillage moins important qu’en Allemagne (1.876 sociétés employant 247 personnes en moyenne) et au Royaume-Uni (1.610 entreprises, avec 174 salariés), mais reconnu internationalement. En effet, le nombre de sites approuvés par la FDA, un sésame pour produire des médicaments ou principes actifs vendus aux États-Unis, marché numéro 1 du médicament, grimpe à 167 dans l’Hexagone. C’est plus que son voisin britannique (150). L’Allemagne est le leader européen dans ce domaine avec 227 sites bénéficiant de cette reconnaissance.

Autre bonne nouvelle: le nombre d’entreprises innovantes. La concentration de biotechs dans l’Hexagone est plus forte que chez ces deux voisins. Les biomédicaments, de plus en plus utilisés (nouveaux anticancéreux…), le sont notamment pour des thérapies ciblées, stratégie dans laquelle les laboratoires accélèrent aujourd’hui.

En pointe dans les essais cliniques, mais peu de produits développés

Il existe un autre domaine dans lequel la France dépasse ses voisins, preuve de la bonne position de la France dans la R et D et de la reconnaissance à l’internationale de ses hôpitaux : les essais cliniques. En 2016, 1.672 essais cliniques étaient réalisés sur le territoire. C’est 45% de plus qu’en Allemagne et 38% de plus qu’au Royaume-Uni. Et 49% de ces essais en France se font en phase III, comme le rappelait le Leem, au début de l’année. Il s’agit de la dernière phase avant une potentielle commercialisation. Une étape exigeante durant laquelle il faut montrer l’efficacité du traitement, et des bénéfices plus importants que les risques.

Malgré la profusion d’essais cliniques, la France accuse un retard par rapport à l’Allemagne et au Royaume-Uni en ce qui concerne le nombre de produits thérapeutiques en développement. On en compte 155 dans l’Hexagone, contre 262 pour son voisin germanique et 239 pour le territoire britannique.

Un retour sur investissement décevant dans la production, du mieux en R et D

L’étude de Roland Berger met en exergue d’autres écueils. Seules 43% des industries de santé localisées en France y détiennent une activité de production de produits thérapeutiques. C’est moins qu’en Allemagne (53%), en Suisse (45%) et en Italie (54%). Pour le cabinet, cela s’explique par une fiscalité (taxe foncière) lourde couplée à un coût de la main-d’œuvre élevé. En clair, le retour sur investissement serait décevant dans l’Hexagone. Roland Berger l’estime à 178 millions d’euros sur un site de production moyen au bout de dix ans. C’est moins qu’au Royaume-Uni, en Allemagne, en Espagne, en Italie et en Irlande (202 à 301 millions d’euros, selon les pays). Et la France pâtit pour la production de nouvelles thérapies destinées à la commercialisation. Comme l’expliquait KPMG en juin, elle connaît un retard important dans la fabrication de médicaments biologiques.

A contrario, le retour sur investissement en R et D sur la même période sur le territoire français est plus satisfaisant que la moyenne européenne. Un centre de R et D y rapporterait en moyenne 46 millions d’euros. C’est plus qu’en Allemagne et au Royaume-Uni (respectivement 23 et 44 millions d’euros), mais moins qu’en Espagne (66 millions d’euros). La bonne performance de la France dans ce domaine s’explique principalement par l’existence du crédit d’impôt recherche, juge Roland Berger. Pour mémoire, ce mécanisme permet aux sociétés investissant dans la R et D de bénéficier de subventions importantes (30% des dépenses de recherche inférieures ou égales à 100 millions d’euros).

Attractivité: la France en mauvaise posture, selon le cabinet de conseil

Et à l’avenir ? Le rapport ajoute une pointe de pessimisme jugeant que la France pourrait avoir des difficultés à attirer des investissements. En dépit de ses bonnes performances dans la R et D et la recherche clinique, la France est un pays globalement en manque d’attractivité à l’international, juge Roland Berger, qui a pris en compte de multiples critères. Il classe le pays 10e devant le Royaume-Uni et l’Allemagne pour ses infrastructures, et derrière la Suisse. Mais concernant l’attractivité en général, en prenant en compte les critères d’innovation (capacité à innover) et de compétitivité (12 facteurs pris en compte, dont la qualité et la structure des institutions, de l’éducation…), il donne une note de 4,6 sur 10 à la France, et la classe derrière ces trois pays, ainsi que l’Espagne et l’Irlande.