Selon l’Italie, aucun pays ne remet en cause la nécessité d’émettre de la dette

Enzo Amendola, le ministre italien des Affaires européennes. [EPA/OLIVIER HOSLET]

Tous les États membres de l’UE, y compris les « frugaux », sont désormais convaincus que les ressources d’un fonds de relance doivent être trouvées sur le marché, assure Enzo Amendola, le ministre italien des Affaires européennes à Euractiv Italie.

« Personne ne doute plus que l’émission d’une dette soit nécessaire. C’est une bataille historique et une proposition que de nombreuses grandes personnalités européennes ont formulée, à commencer par Jacques Delors. Ces ressources doivent être gérées par la Commission, dans le cadre du budget de l’UE et du cadre financier pluriannuel », a fait valoir le ministre italien des Affaires européennes, Enzo Amendola, lors d’un entretien accordé à Euractiv Italie.

La France et l’Allemagne ont récemment proposé un programme de relance européen de 500 milliards d’euros, qui prendrait la forme de subventions et non de prêts.

Merkel et Macron proposent un plan de relance inédit de 500 milliards d’euros

La chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, Emmanuel Macron, ont présenté une proposition conjointe de plan de relance européen à hauteur de 500 milliards d’euros, pour sortir l’UE de la crise de façon « unie et solidaire ».

Selon Enzo Amendola, la position franco-allemande indique clairement que les fonds doivent être trouvés sur le marché, donc au titre de dette de l’UE, et être utilisés en faveur des secteurs et des pays les plus touchés par la pandémie, ce qui sera déterminé par la Commission.

« Nous sommes sur la voie proposée par l’Italie : un nouvel instrument et des ressources importantes pour faire face à une récession qui frappe tous les pays de l’UE ».

Les « quatre frugaux » (Autriche, Danemark, Pays-Bas et Suède) ont ensuite présenté leur propre plan. Celui-ci met l’accent sur les prêts, ce qui signifie que l’argent devra, à terme, être remboursé.

Les « quatre frugaux » présentent un contre-projet au plan de relance Merkel-Macron

L’Autriche, le Danemark, les Pays-Bas et la Suède ont envoyé leur propre projet de fonds de relance de l’UE aux capitales européennes samedi 23 mai. Point central du document : l’argent devra être remboursé. Un article d’Euractiv Allemagne.

Enzo Amendola a déclaré avoir parlé avec les ministres des Affaires européennes de ces quatre pays, en expliquant que l’Italie rejetait leur discours à l’encontre des « dépensiers ».

« L’Italie est un pays fondateur, un pilier et un contributeur net de l’UE. Notre objectif est de défendre l’intégrité du marché unique européen. Tous les pays profitent du marché unique, y compris et surtout les « économes » », a-t-il fait valoir.

« Le document des « frugaux » est trop défensif concernant les objectifs de défense et de réforme du marché unique », a-t-il ajouté.

Le nouveau rôle de la Commission

Reste que les deux propositions sont assorties de conditions. Les fonds européens sont toujours assortis de conditionnalités, soulignait un diplomate européen la semaine dernière. « Si vous dépensez l’argent de tout le monde, des modalités doivent s’appliquer. »

Concernant la conditionnalité, Enzo Amendola a déclaré qu’il était évident que la Commission devrait gérer les ressources.

Sandro Gozi : Macron a conduit l'Allemagne à des décisions jusqu'alors « impensables »

La récente proposition franco-allemande d’un fonds de relance de 500 milliards d’euros est le résultat du « tournant » pris par le président français Emmanuel Macron en avril dernier, selon l’eurodéputé Sandro Gozi dans un entretien à Euractiv Italie.

« La Commission joue un rôle qu’elle n’a jamais endossé auparavant. Il y a dix ans, la crise a été traitée au niveau intergouvernemental. Aujourd’hui, c’est la Commission qui doit organiser les choses et s’occuper du budget et du fonds de relance. Certains décrivent cela négativement en employant le terme de « conditionnalité ».

Il a ajouté que les fonds devraient être gérés « judicieusement » pour soutenir le marché unique et lui permettre d’innover.

« Des réformes sont nécessaires en matière de compétitivité, d’aides d’État, de niveau minimum d’imposition, de politiques sociales, et aussi concernant le Green deal et le numérique. Tous les pays doivent y participer. Les réformes et les ressources sont les deux priorités de l’UE », a-t-il souligné.

Le ministre italien a également soutenu l’idée de ressources propres de l’UE, qui figure dans la proposition franco-allemande.

Selon lui, en plus des nouvelles contributions des États membres, une taxe numérique et une taxe carbone aux frontières de l’UE pourraient être instaurées pour aider à faire grimper le budget européen.

« C’est la voie que l’UE devrait suivre », a-t-il affirmé.

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