Le gouvernement italien refuse de modifier son budget

Le ministre italien de l'Économie et des Finances, Giovanni Tria, et le commissaire européen chargé des Affaires économiques et monétaires, Pierre Moscovici, lors d'une conférence de presse après leur rencontre à Rome, Italie, le 18 octobre 2018. [Maurizio Brambatti/EPA]

La Commission devrait rejeter le budget italien, en infraction « sans précédent » aux règles budgétaires européennes. Rome défend pour sa part une « décision difficile, mais nécessaire ».

Le gouvernement italien n’a pas l’intention de revoir son plan budgétaire, malgré les allégations de la Commission européenne, qui estime qu’il enfreindrait les règles du Pacte de stabilité et de croissance.

Au contraire, le ministre italien des Finances, Giovanni Tria, a admis que le gouvernement « est conscient d’avoir choisi une approche de la politique budgétaire qui n’est pas conforme » aux règles européennes.

Le collège des commissaires se réunit le 23 octobre à Strasbourg. Le projet budgétaire italien figure en tête de l’ordre du jour.

Compte tenu des chiffres présentés par l’Italie et de son refus de les réviser, la Commission est susceptible de lui demander officiellement de revoir sa copie. Ce serait la première fois que l’exécutif prend cette décision.

Le gouvernement italien devrait alors présenter un nouveau plan budgétaire dans les trois semaines. Jusqu’à présent, le gouvernement de Giuseppe Conte n’a manifesté aucune intention de le faire.

Si Rome refuse de présenter un nouveau budget ou si l’ajustement n’est pas suffisant, la Commission pourrait ouvrir une procédure de déficit excessif à l’encontre du pays pour non-respect des règles budgétaires de l’UE.

Dialogue ouvert

Selon Giovanni Tria, le non-respect des règles de l’UE est nécessaire « compte tenu du retard persistant dans la restauration du PIB d’avant la crise et des conditions économiques dramatiques dans lesquelles se trouvent les couches les plus défavorisées de la société italienne ».

C’est ce qu’a fait valoir le ministre face à Pierre Moscovici, commissaire à l’économie, et à Valdis Dombrovskis, vice-président de la Commission chargé de l’euro, qui ont exprimé de « sérieuses inquiétudes » quant au plan budgétaire de l’Italie.

Aux yeux de la Commission, le projet italien représente un « écart significatif évident » par rapport aux recommandations adoptées par le Conseil pour 2019. Malgré les « divergences des évaluations respectives », Rome s’est déclarée prête à « poursuivre un dialogue constructif ».

Cependant, Giovanni Tria a déclaré que Rome n’envisagerait de « faire tout le nécessaire » pour redresser les finances du pays que si les mesures prises par le gouvernement ne parvenaient pas à réduire les pourcentages de PIB de la dette et du déficit.

Néanmoins, cela pourrait ne pas suffire à la Commission. La semaine dernière, l’exécutif a en effet déclaré dans une évaluation préliminaire que le budget italien représentait un risque « particulièrement grave » de non-respect du pacte de stabilité et de croissance de l’UE.

À Bruxelles, le budget italien est sur la sellette

Pour la première fois depuis que les règles adoptées après la crise sont en vigueur, la Commission pourrait refuser une proposition de budget, celle de l’Italie.

Le nerf de la guerre

Le gouvernement précédent avait prévu un budget de 0,6 % du PIB en moins pour l’année prochaine. Au lieu de cela, la coalition Mouvement 5 étoile et La Ligue a présenté un budget en hausse d’environ 1 % du PIB. En outre, selon les plans actuels, le déficit atteindra 2,4 % du PIB l’an prochain, une nette détérioration par rapport à l’objectif de 0,8 % visé par le gouvernement précédent.

« La relance de l’investissement public et la modernisation de l’infrastructure se traduiront par une augmentation du rendement des investissements privés et donc de leur montant », a affirmé le ministre italien des Finances.

L’Italie n’est pas le premier État membre à défendre une déviation budgétaire nécessaire dans le but de stimuler sa croissance. En général, cela ne toutefois fonctionne pas. Et la dette d’environ 130 % du PIB n’aidera pas l’Italie à faire valoir ses arguments.

Le gouvernement italien reste néanmoins convaincu que ces mesures permettront de relancer la croissance tout en assurant la viabilité à long terme des finances publiques, et la réduction prévue du taux d’endettement.

Malgré leurs divergences avec Bruxelles, le vice-premier ministre, Luigi Di Maio, et Giovanni Tria, ont souligné que l’Italie n’avait pas l’intention de quitter l’euro. « La place de l’Italie est en Europe et dans la zone euro », a indiqué le ministre des Finances.

« Tant que je serai à la tête de ce mouvement et ministre de ce gouvernement, je garantirai toujours que l’Italie restera dans la zone euro et en Europe », a déclaré quant à lui Luigi Di Maio à la presse.

Le sommet de l’euro assombri par le budget italien

La Commission a mis en cause les efforts de plusieurs États membres, qui ne limitent pas assez leur déficit. L’Italie affiche quant à elle un dérapage budgétaire sans précédent.

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