Les modifications du budget italien ne suffisent pas à l’UE

Rome a accepté de modifier son budget pour 2019, mais les changements pourraient s’avérer trop légers, a indiqué le président de l’Eurogroupe, Mario Centeno.

La Commission a récemment rejeté le projet de budget de l’Italie pour l’année 2019, estimant qu’il constituait une infraction « inédite » au Pacte de stabilité et de croissance. Après quelques allers-retours, Rome a accepté de modifier son plan.

Mais la nouvelle version du budget ne permet pas de « dissiper les inquiétudes liées à la stratégie budgétaire » de la botte. Au lieu d’approuver un ajustement rabaissant son PIB de 0,6 %, l’Italie a présenté un budget en expansion d’environ 1 % du PIB.

Face aux inquiétudes de la Commission, Giovanni Tria, le ministre italien des Finances, a estimé que cette infraction aux règles européennes était difficile, mais nécessaire « étant donné que le PIB n’est toujours pas remonté à son niveau d’avant la crise et les conditions économiques dramatiques dans lesquelles se trouvent les couches les plus défavorisées de la société italienne ».

L'Eurogroupe demande à l'Italie de changer son projet de budget

Les ministres des Finances de la zone euro ont demandé à l’Italie de modifier son projet de budget 2019 et de respecter les règles budgétaires de l’UE, mais Rome campe sur ses positions.

Mario Centeno, président de l’Eurogroupe et ministre des Finances du Portugal, un pays qui a souffert d’une profonde récession pendant la crise financière, a assuré comprendre les inquiétudes de l’Italie sur les questions sociales.

« Ce sont là des problèmes de taille auxquels il faut s’attaquer. Rectifier cette situation peut cependant se faire sans mettre en péril la stratégie d’assainissement budgétaire », a-t-il jugé.

Lors d’une discussion au Parlement européen, le Portugais a rappelé qu’il fallait du temps pour que les réformes structurelles portent leurs fruits et a demandé de la patience au gouvernement italien. « Nous devons nous en tenir au processus de réforme et agir selon les règles, car elles assurent des finances publiques viables et génératrices de confiance », a-t-il insisté.

Le président de l’Eurogroupe n’est pas très bien placé pour condamner l’Italie puisque le Portugal s’était lui-même opposé aux prescriptions de la Troïka, comme n’ont pas manqué de lui rappeler une série d’eurodéputés.

Mario Centeno a soigneusement évité les comparaisons entre le Portugal et l’Italie, louant le travail accompli par Lisbonne pour revenir à la croissance, assurer la viabilité des finances publiques et regagner la confiance du marché.

« Le niveau d’endettement de l’Italie est assez élevé, quelles que soient les normes économiques que l’on considère », a-t-il rappelé. La dette publique de l’Italie s’élevait à 131,2 % en 2017 et est l’une des plus élevées au monde.

« C’est une question qui devrait être au centre de nos préoccupations chaque fois que nous établissons des stratégies de politique fiscale pour l’Italie », a-t-il insisté.

Coup de théâtre sur le budget italien

C’est une première pour l’UE : a Commission européenne a rejeté le budget italien pour 2019, estimant qu’il ne respecte pas le droit européen.

Le président de l’Eurogroupe a défendu à plusieurs reprises la nécessité pour Rome de respecter les règles du Pacte de stabilité et de croissance. « C’est non seulement dans l’intérêt individuel de chaque pays, mais aussi dans l’intérêt collectif. »

« La crise nous a appris que dans une union économique et monétaire, la responsabilité de mener une politique saine et responsable ne s’arrête pas aux frontières nationales », a-t-il poursuivi.

Mario Centeno devait au départ discuter de la situation de l’économie européenne et des récents développements de la réforme de l’Union économique et monétaire avec les eurodéputés. Le différend budgétaire entre Bruxelles et l’Italie a cependant largement éclipsé les autres sujets de préoccupation.

« Manquements particulièrement graves »

Le 21 novembre, la Commission a publié son avis sur les propositions de budget de tous les États membres. Elle y confirme « l’existence d’un manquement particulièrement grave aux exigences du pacte de stabilité et de croissance dans le cas de l’Italie », après examen de la proposition amendée de Rome.

Dans son rapport, l’exécutif note aussi que « les modifications apportées dans le projet de budget pour 2019 révisé sont très limitées et consistent principalement en un objectif plus élevé de privatisation (1 % du PIB au lieu de 0,3 %) ».

Le gouvernement italien a refusé d’appliquer les changements majeurs demandés par la Commission et s’est accroché à ses positions sur le différend budgétaire avec Bruxelles.

Le ministre italien des Finances a admis après la réunion de l’Eurogroupe de lundi (19 novembre) que le dialogue avec la Commission « ne fonctionnait pas ». Cela pourrait expliquer pourquoi le Premier ministre, Giuseppe Conte, a demandé à rencontrer le Président de la Commission Jean-Claude Juncker. Les dirigeants se réuniront pour dîner samedi prochain (24 novembre) avant le sommet sur le Brexit.

Jusqu’à présent, malgré sa dette énorme, l’Italie a évité les sanctions car elle respectait le Pacte de stabilité et de croissance. Avec ce nouveau budget, la Commission estime cependant que ce ne sera plus le cas.

L'Italie refuse de changer son budget

La coalition populiste italienne refuse de plier face à la Commission européenne et ne devrait présenter aucune modification de son budget pour 2019. Elle prend ainsi le risque de se faire imposer des sanctions financières, qui restent assez hypothétiques.

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