Le plan Juncker ne se concentre pas assez sur les projets verts

Valdis Dombrovskis [European Commission]

Le groupe de haut niveau sur la finance durable a proposé le 18 juillet une nouvelle plateforme de financement des projets écologiques, puisque le plan Juncker n’est pas parvenu à inciter les investisseurs à mettre la main au portefeuille.

Le président du groupe de haut niveau sur la finance durable de la Commission européenne, Christian Thimann, affirme que « davantage peut être fait » pour rassembler investissements et projets écologiques, puisque l’argent et les besoins ne manquent pas. Selon lui, il s’agit plus d’un problème de « rapprochement ».

En ce sens, le groupe de haut niveau propose de mettre en place une organisation, avec l’étiquette « Infrastructures durables Europe », pour jouer les entremetteurs entre les investisseurs et les projets d’infrastructures durables.

Lors d’une audience publique le 18 juillet, les 20 membres du groupe ont présenté leur rapport provisoire, incluant des propositions pour améliorer le financement de l’économie durable européenne.

Lorsque la Commission a lancé le plan Juncker en novembre 2014, l’un des principaux piliers était une plateforme de projets servant à acheminer les ressources financières des banques, des fonds de pension et des compagnies d’assurance vers des projets de grande envergure.

Cette grande plateforme doit toutefois « encore être développée », a déclaré Christian Thimann, responsable développement durable et prévoyance chez l’assureur Axa. La plateforme compte actuellement 170 projets.

Les investisseurs s’accordent sur l’importance d’avoir de bons projets pour débloquer l’argent qui sommeille dans leurs portefeuilles, pas seulement pour obtenir de bons rendements financiers, mais aussi pour avoir des références écologiques solides.

Guy Miller, responsable stratégie chez Zurich, un autre groupe d’assurance, assure que l’entreprise voit les questions environnementales, sociales et de gouvernance comme une « opportunité ». Il estime toutefois qu’une définition de ce que veut dire vert ou durable « manque toujours ».

Pour encourager les banques, les assureurs et les fonds de pension à investir plus largement dans de grands projets d’infrastructure pouvant contribuer à la transition vers une économie à faibles émissions de carbone, le groupe d’experts conseille de revoir les règles prudentielles pour débloquer plus de liquidités.

Cette révision devrait avoir lieu au second trimestre 2018, dans le cadre de la révision de l’union des marchés des capitaux, a indiqué la Commission.

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Pas assez rapide

Lors du même évènement, le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis a déclaré que la finance verte était « en plein essor ». La valeur des obligations vertes émises en 2017 devrait atteindre 131 milliards d’euros, par rapport à 70 milliards d’euros en 2016.

En 2015, plus de 300 milliards d’euros ont été investis dans le monde dans le secteur de l’énergie propre, soit six fois plus qu’il y a dix ans. « Nous avançons dans la bonne direction. Mais nous n’avançons pas assez vite », a-t-il prévenu.

Selon lui, un système de classification pour les actifs verts, des normes européennes et un label pour les produits financiers verts, dont les obligations vertes, sont des idées « au grand potentiel ». Elles fourniront la confiance dans les produits verts nécessaire pour attirer des fonds privés, notamment des compagnies d’assurance et des fonds de pension.

La plateforme « Infrastructure Europe » pour réunir investisseurs et projets et le nouveau système d’étiquetage font partie des recommandations en huit points du groupe.

La Commission a également lancé le 18 juillet une consultation publique pour rassembler les commentaires des parties prenantes sur le rapport et les recommandations politiques. Elle prendra fin le 20 septembre et le groupe de haut niveau publiera son rapport final d’ici à la fin de l’année en fonction des réponses.

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Le groupe estime par ailleurs qu’il est impératif d’améliorer l’évaluation des risques à long terme et des facteurs immatériels, dont ceux liés aux critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).