L’écart de compétitivité de l’Europe du Sud « se réduit rapidement »

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L’Espagne, la Grèce et le Portugal compensent rapidement la perte de compétitivité des salaires, une cause importante de la crise de la zone euro, ont révélé de nouvelles données aujourd’hui (30 janvier). Le rapport examine également l’évolution des coûts de la main?d’œuvre en Allemagne, en France et en Grande-Bretagne.

Selon The Conference Board, une organisation de recherche sur l'entreprise, les coûts salariaux unitaires, qui mesurent ce qu'un travailleur gagne par heure pour la quantité produite, a chuté de 9,2 % en Grèce entre le deuxième trimestre de 2011 et celui de 2012.

En Espagne et au Portugal, les coûts ont chuté respectivement de 2,1 % et de 5,9 %, ce qui rend leurs exportations encore plus concurrentielles et accroît leur intérêt en tant que destination d'investissements.

Les économies en difficulté de la périphérie de la zone euro ont également dépassé les tableaux de croissance de la productivité au cours de la même période, alors que les entreprises fragiles sont au pied du mur, peut-on lire dans le rapport de Conference Board.

Bert Colijn, un économiste à Bruxelles de l'organisation de recherche et l'un des auteurs de l'étude, a déclaré que les conclusions démentaient l'idée présente dans certains cercles selon laquelle les pays débiteurs évitaient de s'engager dans des réformes et des ajustements difficiles.

« L'écart de compétitivité se réduit rapidement, ce qui est un signe très positif », a-t-il indiqué lors d'un entretien téléphonique.

La diminution radicale des coûts de main-d'oeuvre en supprimant des emplois ou en réduisant des salaires n'est toutefois pas soutenable en fin de compte. Le Conference Board, dont le siège principal se situe à New York, a indiqué qu'à un certain moment, les économies concernées entreraient dans une spirale descendante qui réduirait leur potentiel de croissance à long terme et intensifierait les pressions politiques et sociales.

Les pays du sud de la zone euro doivent donc s'appuyer sur leur compétitivité salariale retrouvée en relançant la production. Cette relance nécessitera à son tour une reprise des dépenses d'investissements, qui s'était volatilisée en raison des doutes sur l'avenir de l'euro.

« Ces pays attendent désespérément un retour de l'investissement. Le problème est que le crédit des banques est plutôt limité et que la confiance des entreprises est faible. C'est la raison pour laquelle l’investissement des entreprises diminue par deux chiffres dans des pays comme l'Espagne, la Grèce et le Portugal », a déclaré M. Colijn.

Carte des scores

Examinant les pays un par un, le rapport indique :

  • Les coûts de la main-d'oeuvre de production en Espagne ont diminué de 21 % depuis le début de la crise mondiale en 2008 et les coûts salariaux unitaires de 12,6 %.
  • L'Italie montre les premiers signes d'amélioration, mais depuis 2008, les coûts salariaux unitaires totaux de son secteur manufacturier, qui se contractent rapidement, ont augmenté davantage que dans tout autre État membre de la zone euro, à l'exception de la Finlande. « Cela signifie que le secteur manufacturier italien révèle non seulement des pertes importantes, mais également que son état empire progressivement à moyen et à long terme », peut-on lire dans le rapport.
  • Les coûts salariaux unitaires de l'Allemagne augmentent au taux le plus rapide depuis la création de l'euro en 1999. Cette augmentation pourrait être inquiétante à long terme, car les coûts allemands figurent déjà parmi les plus élevés des 17 pays membres de la zone euro.
  • En France, les salaires du secteur manufacturier sont restés stables entre 2008 et 2012. Étant donné que la valeur ajoutée a chuté de 8,6 %, les coûts salariaux unitaires ont en réalité augmenté de 9,5 %. Les réductions récentes de la taxe professionnelle visent à faire reculer deux tiers de cette augmentation, mais les pays les plus en difficulté de la zone euro ont déjà réalisé plus de progrès, selon le Conference Board.
  • En dehors de la zone euro, les coûts salariaux unitaires de la Grande-Bretagne ont augmenté de 4,7 % exprimés en livre sterling depuis le deuxième trimestre de 2011, en partie parce qu'un manque de crédit a empêché les entreprises d'investir dans de nouvelles machines pour remplacer les travailleurs. En raison de l'appréciation de la livre sterling, l'augmentation est de 14,2 % si elle est calculée en euros. « Il est nécessaire de rappeler que les partenaires commerciaux principaux du Royaume-Uni sont membres de la zone euro, ce qui démontre qu'avoir une monnaie différente peut être une bénédiction et un remède », a indiqué le Conference Board.

Les coûts du travail en Europe peuvent varier considérablement d'un pays à l'autre, selon des données récentes de l'office statistique européen, Eurostat.

En 2011, les coûts horaires de la main-d'oeuvre étaient compris entre 3,5 euros en Bulgarie et 39,3 euros en Belgique, le coût le plus élevé dans l'Union européenne.

En Allemagne, le coût horaire de la main-d'oeuvre est de 30,1 euros contre 34,2 euros en France. L'austérité des Allemands en matière de salaires a souvent été critiquée en France, où elle est assimilée à une mesure de concurrence déloyale.

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