Lors d’une visite d’Etat à Pékin, le président français Nicolas Sarkozy a encouragé la Chine à laisser sa monnaie s’apprécier par rapport à l’euro. Les responsables de l’UE devraient faire écho à ce message lors d’une visite prévue cette semaine, le 28 novembre, au moment où le déficit commercial de l’UE face à l’économie asiatique en plein essor augmente.
Le 24 novembre, lors d’une conférence de presse commune avec son homologue chinois Hu Jintao, Nicolas Sarkozy a déclaré qu’il fallait parvenir « à des taux de change harmonieux et justes ». Cela signifie que la Chine doit « accélérer l’appréciation du yuan vis-à-vis de l’euro ».
Toujours partiellement lié au dollar américain, en baisse, le yuan a perdu presque 7 % par rapport à l’euro depuis le début de l’année, provoquant une augmentation rapide des importations déjà en plein essor de marchandises bon marché en provenance de l’économie asiatique.
D’après Jean-Claude Juncker, Premier ministre du Luxembourg et président de l’Eurogroupe, le yuan est actuellement de 20 à 25% sous-évalué, donnant à la Chine un avantage commercial inéquitable.
Le fossé commercial de l’UE avec la Chine devrait atteindre 170 milliards d’euros en 2007, presque 30 % de plus qu’en 2006, suscitant de plus en plus d’inquiétudes parmi les entreprises et les dirigeants européens.
La semaine dernière, Tom Enders, directeur général de l’avionneur européen Airbus, a déclaré que l’euro fort, désormais à près de 1,50 dollar, avait « franchi le seuil de la douleur », entraînant une perte de compétitivité pour les entreprises européennes et constituant « une menace pour l’existence ». Il a ajouté qu’Airbus devrait de plus en plus envisager d’externaliser sa production dans des pays à bas coûts, comme la Chine, car il est devenu insupportable pour l’entreprise de vendre ses avions en dollars, alors que près de la moitié des coûts de production sont payés en euros. En mars dernier, l’entreprise a déjà annoncé 10 000 suppressions de postes en Europe (EURACTIV 2/03/07).
Néanmoins, malgré l’envolée de l’euro, l’entreprise, qui faisait partie de la délégation de haut niveau de Nicolas Sarkozy à Pékin, est parvenue à conclure un accord à hauteur de 17 milliards d’euros avec la Chine pour la livraison de 160 avions. L’accord est considéré comme essentiel pour que l’Europe prenne pied sur le marché chinois florissant de l’aviation, alors qu’Airbus est en compétition avec son rival américain Boeing.
Le groupe nucléaire français Areva a également signé un accord avec la Chine pour la vente de deux réacteurs nucléaires et du combustible nécessaire à leur fonctionnement pendant plus de dix ans, pour un montant de 8 milliards de d’euros.
L’UE souhaite que la Chine ouvre davantage son économie aux entreprises européennes. Ce sera le message délivré par la délégation européenne de haut niveau, comprenant le président de la Commission José Manuel Barroso et le commissaire au Commerce Peter Mandelson, lors du sommet bilatéral prévu le 28 novembre.
M. Mandelson devrait mettre la Chine en garde contre des mesures strictes de Bruxelles, si elle n’opère pas des changements majeurs sur les restrictions aux investissements, les obstacles bureaucratiques pour les entreprises européennes et la contrefaçon.
En outre, pour la première fois, la délégation européenne sera accompagnée des représentants de la zone euro, notamment M. Juncker, M. Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, et Joaquín Almunia, commissaire aux Affaires monétaires. Ils devraient souligner que l’appréciation du yuan permettrait de détendre légèrement l’économie chinoise et de freiner l’inflation croissante dans le pays.

