L’Europe tente d’empêcher la fuite des cerveaux dans le secteur numérique

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ÉDITION SPÉCIALE / Alors que plus de la moitié des jeunes Espagnols et Grecs sont au chômage, ceux qui disposent des compétences numériques très demandées cherchent de plus en plus du travail dans des pays plus stables comme l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas.

 

Des milliers de jeunes professionnels espagnols et grecs quittent leur pays à la recherche d'un emploi. Cette situation résulte en un exode massif des compétences de jeunes Espagnols cultivés, ou fuite des cerveaux, ce qui n'était plus arrivé depuis la fin de la guerre civile espagnole en 1939.

 

Ils ne partent pas simplement vers le nord de l'Europe, ce qui est beaucoup plus inquiétant d'un point de vue européen. Même si les chiffres des entreprises sont difficiles à obtenir, le bureau mexicain de l'immigration, l'Instituto Nacional de Migracion, indique que 7 630 Espagnols ont reçu un permis de travail rien qu'au cours du dernier trimestre de 2012.

 

Cette migration pour des raisons professionnelles  n'est pas passée inaperçue dans l'Union européenne, qui se bat contre les taux de chômage les plus élevés depuis des décennies, à la suite de l'effondrement financier et économique de 2008.

 

La Commission européenne lancera en mars une « grande coalition en faveur des compétences et des emplois dans le secteur du numérique », qui exposera des mesures destinées à accroître la mobilité professionnelle, mais également à rationaliser la formation et la certification dans le secteur afin de faire correspondre les compétences aux postes vacants.

 

Des solutions plus profondes seront cependant nécessaires afin de s'attaquer aux causes de l'exode des compétences, à savoir un manque de travail disponible dans le sud de l'Europe et de jeunes qualifiés dans le nord.

 

Nouvelles normes de compétences dans les TIC

 

Selon Fiona Fanning, secrétaire générale du Conseil européen des associations de professionnels des technologies de l'information (CEPIS), la demande accrue en travailleurs qualifiés dans le secteur des TIC au sein d'économies plus stables est ralentie non seulement par le manque de nouveaux candidats dans la profession, mais également par l’inadéquation des compétences dont disposent les travailleurs aujourd'hui.

 

L'une des raisons principales est le manque de moyens communs pour bien comprendre les compétences professionnelles liées aux TIC et les communiquer, tout comme des perspectives de carrières attractives.

 

La grande coalition définira l’e-Competence Framework (e-CF), un cadre réglementaire de référence paneuropéen des compétences en TIC, comme une priorité afin de résoudre ce défi.

 

Ce cadre propose une norme en vue de décrire et de communiquer des compétences aux travailleurs et aux cadres administratifs dans le domaine des TIC. Ces ensembles de compétences ne dépendent pas des pays et sont ouvertement partagés pour être utilisés dans toutes les professions liées aux TIC.

 

L’e-CF devrait être mis en oeuvre dans les établissements d'enseignement et de normalisation ainsi que dans les ressources humaines (RH) par des professionnels des TIC qui tentent de propulser leur carrière et d'approfondir leurs connaissances. Il s’adresse aux spécialistes qui offrent des formations aux TIC, des diplômes, des emplois et des services.

 

Ce cadre réglementaire a été développé par un grand nombre d'experts européens des TIC et des RH dans le cadre du Comité européen de normalisation (CEN). Sa mise en oeuvre immédiate devrait encourager la mobilité des professionnels des TIC en Europe.

 

Lancements de certificats

 

D'autres initiatives liées à la certification soutiendront la grande coalition. Le CEPIS, par exemple, s'engage à établir un critère de référence paneuropéen sur les compétences numériques et un outil interactif. Cet outil permettrait aux professionnels des TIC d’aujourd’hui et de demain d'identifier les compétences nécessaires ou le manque de fonctions différentes et serait donc en mesure de s'adapter à la demande du marché du travail.

 

Chaque personne peut évaluer ses compétences par rapport à plusieurs profils et mieux se préparer à des fonctions éventuelles en utilisant ce critère de référence.

 

Le cadre réglementaire e-CF a également été créé par le CEN et sera disponible gratuitement après le lancement de la grande coalition en mars.

 

Dans le même temps, l'Europe Computer Driving Licence (ECDL), l'autorité européenne principale pour la vérification des compétences informatiques, envisage d'annoncer une nouvelle approche en soutien à la coalition. Le « nouveau ECDL » dispose d'un grand éventail de modules et d'une plus grande souplesse. Il reflète la nécessité grandissante d'options de certification qui soutiennent la capacité d'insertion professionnelle en faisant correspondre les compétences individuelles aux besoins des employeurs.

 

« Des compétences sur mesure et l'amélioration des compétences de la main d'oeuvre grâce à une norme de certification reconnue et souple faciliteront la création de meilleurs emplois […] et la mobilité de la main-d’oeuvre », selon Damien O'Sullivan, le directeur général d'ECDL. Lors du lancement de la grande coalition le 4 mars, le « nouveau ECDL », le réseau européen de fournisseurs de certifications et plus de 24 000 centres d'examens seront annoncés et mis en oeuvre dans les mois suivants.

 

Besoin urgent de normes de formation aux TIC

 

Tous ces éléments ne peuvent arriver trop rapidement, selon Kathryn Parsons, cofondatrice de la jeune entreprise De-Coded, qui organise des cours d'un jour afin de former des personnes à la programmation informatique.

 

De-Coded a rencontré une demande sans précédent pour ses cours de la part de professionnels et de travailleurs non formés de tous les âges et de toutes les origines. La demande de formation n'est clairement pas satisfaite, selon Mme Parsons.

 

« La programmation n'est pas enseignée dans les écoles et il n'existe aucune méthodologie établie en vue de mesurer cette habilité », a-t-elle déclaré lors d'une séance de réflexion sur le secteur des TIC organisée par Google à Bruxelles hier (20 février).

 

Yvonne van Hest, présidente du développement du marché du travail international au nom de Brainport, un regroupement florissant d'entreprises des TIC près d'Eindhoven aux Pays-Bas, a reconnu que le problème fondamental de l'exode des compétences résidait dans le niveau faible des normes de compétences techniques disponibles aux Pays-Bas.

 

« Seuls 18 % des jeunes entreprennent des études techniques, alors que 40 % sont nécessaires », a-t-elle déclaré, ajoutant : « Nous devons commencer à réfléchir au système allemand, où la valeur culturelle des TIC et des ingénieurs techniques est plus reconnue. »

 

Bénéfices à long terme de la migration

 

Mme Van Hest a déclaré que Brainport était enclin à résoudre le problème en collaborant plus étroitement avec des régions de pays comme l'Espagne qui assurent un flux constant de travailleurs qualifiés vers les Pays-Bas.

 

Une conférence commune entre les intérêts du secteur de la technologie de l'Espagne et des Pays-Bas, avec des représentants exécutifs de l'UE, abordera la question en avril, selon Mme Van Hest.

 

« Nous devons plutôt créer un cercle vertueux de sorte que le grand nombre de chômeurs compétents qui quittent l'Espagne pour venir aux Pays-Bas soit contrebalancé par des politiques dont toute l'Europe peut profiter », a-t-elle expliqué.

 

L’exode des compétences peut néanmoins être synonyme de bénéfices. Des techniciens espagnols qui travaillent aux Pays-Bas profitent de l'économie néerlandaise, mais l'Espagne aussi.

 

À court terme, la migration réduit la pression sur les budgets, car le chômeur espagnol part en Allemagne au lieu de demander des allocations dans son pays.

 

À long terme, un ensemble de travailleurs hautement qualifiés peut être redéployé en Espagne dès que la crise sera terminée.

 

Pas moins de 700 000 postes sont à pourvoir dans le secteur européen des TIC tandis que la compétitivité de l'Europe se dégrade.

 

Le nombre d'emplois dans le domaine du numérique est en augmentation, 3 % par an en cette période de crise, mais le nombre de nouveaux diplômés en TIC et d'autres travailleurs qualifiés dans ce domaine décline.

  • 4-5 mars : conférence à Bruxelles pour le lancement de la grande coalition en faveur des compétences et des emplois dans le secteur du numérique

Commission européenne

Fédérations industrielles

Normes professionnelles européennes

  • Conseil Européen des Associations de Professionnels des Technologies de l'Information (CEPIS): pages on competence
  • European Computer Driving Licence (ECDL): Web site

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