L’European Business Summit pointe le manque d’égalité hommes-femmes

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Cet article fait partie de l'édition spéciale European Business Summit.

Le groupe de pression le plus influent en Europe nommera sa première femme dirigeante qui entrera en fonction en juillet. Les hommes occuperont cependant le devant de la scène du sommet annuel de BusinessEurope pendant les deux prochains jours.

 

Parmi les 104 orateurs prévus à l'European Business Summit à Bruxelles, 87 sont des hommes. Des personnalités constituées presque exclusivement d'hommes seront présentes lors de la cérémonie d'ouverture mercredi (15 mai), dont le prince héritier et le ministre des affaires étrangères de Belgique ainsi que le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce.

Environ 17 femmes, soit 16 % des orateurs, s’exprimeront lors du sommet. Cet évènement se déroule dans le musée du XIXe siècle qui expose des voitures de collection, Autoworld.

La proportion de 16 % correspond au nombre de femmes présentes au sein des conseils d'administration dans l'UE. Selon des défenseurs des femmes, ce nombre révèle que les entreprises sont éloignées de la société et qu'elles ont besoin d'une législation qui incite à la diversité.

« Elles [les sociétés] enregistrent de mauvais résultats […] dans le sens qu'elles n'incluent pas les femmes, qu'elles ne se rendent pas compte de leur aveuglement, même si elles devraient être mieux placées pour savoir que les femmes sont aussi qualifiées [que les hommes] », a déclaré Serap Altinisik, responsable de politiques pour le Lobby européen des femmes, à propos de la liste des orateurs du sommet.

BusinessEurope appelle depuis longtemps à une plus grande représentation des femmes aux postes de direction et dans l'économie en général. Le mois dernier, Emma Marcegaglia, la première femme à la tête de la fédération italienne d'entreprises Confindustria, a été nommée au poste de président de la fédération de 41 membres pour succéder à Jürgen R. Thumann.

Cependant, la fédération d'entreprises lutte avec acharnement contre les mesures de la Commission européenne visant à améliorer l'équilibre hommes-femmes dans les conseils d'administration, dont une proposition d'atteindre une proportion de 60-40 d'ici 2020.

Dans un document de synthèse publié l'année dernière, BusinessEurope s'est opposé à des « quotas universels qui ignorent les conditions très variées dans les différentes branches/entreprises et qui ne prennent pas en compte la manière dont les conseils d'administration fonctionnent et sont renouvelés. »

Viviane Reding plaide en faveur de la diversité

La vice-présidente de la Commission en charge de la justice et des droits fondamentaux, Viviane Reding, a réitéré sa demande d'amélioration de la représentation des femmes au sein des entreprises.

« L'égalité hommes-femmes au travail n'est pas un problème de femmes, mais un impératif commercial et économique », a-t-elle déclaré lors d'une réunion avec le directeur général de l'entreprise de consultants Accenture afin de discuter des possibilités pour les femmes.

« Aujourd'hui, les femmes représentent toujours seulement 16 % des membres des conseils d’administration en Europe, une perte choquante de talents quand vous savez que 60 % des diplômés universitaires sont des femmes », a-t-elle ajouté.

Toutefois, les mesures en vue d'augmenter la diversité entre les sexes dans la législation de l'UE se sont généralement heurtées à l'opposition des entreprises et des dirigeants nationaux.

La proposition de Viviane Reding a été affaiblie et ne s'applique qu'aux grandes entreprises cotées en Bourse. La semaine dernière, l’impulsion de la commission des affaires économiques et monétaires du Parlement européen visant à inciter le secteur des services financiers à promouvoir les femmes a été atténuée par des amendements qui remplacent les objectifs contraignants par des mesures volontaires.

Le Parlement doit adopter cette résolution en séance plénière avant qu'elle ne soit envoyée à la Commission pour un examen législatif.

La présidente de la commission, l'eurodéputée britannique Sharon Bowles (Alliance des démocrates et des libéraux pour l'Europe), est déçue par les résultats et défend des objectifs d'égalité hommes-femmes dans un secteur au cœur de certains troubles économiques actuels en Europe.

« Alors que ce problème est présent partout, c'est dans le secteur financier […] que vous pourriez dire qu'il est presque plus important étant donné que nous pensons que la crise financière a été provoquée par un déséquilibre », a déclaré Sharon Bowles à la suite du vote de la commission le 8 mai.

« Les femmes adoptent une attitude différente par rapport aux risques et cela aurait pu modifier légèrement les réactions s'il y avait plus de femmes », a-t-elle déclaré EURACTIV.

Les sociétés ne sont pas seules

Même si les directoires des sociétés ressemblent plus à des clubs pour garçons qu'à des endroits propices à la diversité, l'UE pourrait examiner ses propres proportions hommes-femmes.

À la Banque centrale européenne, tous les membres du Conseil des gouverneurs (17) et du directoire (6) sont des hommes.

« Les régulateurs eux-mêmes, si vous regardez les banques centrales, ne semblent pas du tout parvenir à placer des femmes aux postes supérieurs », a ajouté Mme Bowles. « Voici en réalité l'origine du problème. Le directoire engage les personnes expérimentées de la banque centrale nationale, et devinez quoi ? Ce sont quand même des hommes. »

Deux femmes font partie d'une autre institution financière puissante, le groupe des ministres qui représente les 17 pays de la zone euro : l'Autrichienne Maria Fekter et la Finlandaise Jutta Urpilainen.

La diversité est bénéfique pour le commerce

Un porte-parole de BusinessEurope a déclaré qu'Emma Marcegaglia n'était pas disponible pour des entretiens avant son entrée en fonction le 1er juillet. Les organisateurs de l'European Business Summit n'ont pas répondu aux demandes d'entretien sur le programme des orateurs.

Selon Sharon Bowles, inscrite sur la liste des orateurs, la fédération d'entreprises semblait avoir accompli des efforts pour obtenir des femmes dans les panels. Serap Altinisik du Lobby européen des femmes a, pour sa part, remercié BusinessEurope d'avoir inclus une femme dans ses premiers rangs.

« Je pense qu'ils ne peuvent pas ignorer tous les faits et la preuve que la diversité apporte des avantages à leurs propres entreprises, et cela montre qu'il est nécessaire de changer de politiques », a conclu Mme Altinisik.

Les femmes entre 20 et 64 ans restent à la traîne sur le marché de l'emploi dans l'UE, selon des nouvelles données de la Commission européenne et d'Eurostat.

Entre 1997 et 2012, la proportion de femmes au travail est passée de 55 % à 62,4 % en 2012. Le taux record a atteint 62,8 % en 2008. Au cours de la même période, le taux d'emploi chez les hommes a diminué de 75,3 % à 74,6 % alors qu'il était de 77,9 % au début de la crise économique et financière en 2008.

De grandes différences subsistent encore entre les États membres de l'UE. Le taux d'emploi chez les femmes est inférieur à 60 % en Espagne, en Grèce, en Hongrie, en Irlande, en Italie, en Pologne, en Roumanie et en Slovaquie. Au moins 70 % des femmes travaillent cependant au Danemark, en Finlande et en Suède, selon des données de la Commission.

  • 15-16 mai :  European Business Summit

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