L’UE demande un sommet financier international avant la fin de l’année [FR]

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A l’instar du Premier ministre britannique Gordon Brown, qui appelait hier à un « nouveau Bretton Woods », le président français Nicolas Sarkozy, actuellement à la tête de l’UE, a lancé un appel résolu pour la tenue d’un sommet international avant la fin de l’année pour réformer le système financier mondial.

En conclusion du sommet, qui s’est tenu pendant deux jours à Bruxelles, M. Sarkozy a lancé un appel passionné aux dirigeants mondiaux afin qu’ils soutiennent la réforme audacieuse du système financier international qui a pour but de trouver une solution à la crise au plus vite. 

« L’Europe veut le sommet avant la fin de l’année. L’Europe le veut, l’Europe le demande et l’Europe l’obtiendra », a déclaré M. Sarkozy avec beaucoup d’optimisme

Le président français a rejeté fermement la proposition selon laquelle l’UE devrait attendre l’entrée en fonction de la nouvelle administration américaine, avertissant que l’UE pourrait être entre-temps freinée dans son élan. 

Samedi 18 octobre, M. Sarkozy et le président de la Commission M. José Manuel Barroso se rendront aux Etats-Unis pour rencontrer le président américain M. Bush. 

M. Sarkozy a indiqué qu’il avait parlé plusieurs fois au président américain. Rien n’empêcherait George Bush de se faire accompagner au sommet par l’équipe économique du nouveau président élu, a déclaré le président français. Cela apporterait selon lui plus de valeur aux discussions sans pour autant désavantager l’Europe. 

Toutefois, M. Sarkozy a admis qu’il faut encore se mettre d’accord sur l’agenda exact des discussions. 

Les Européens ont un certain nombre d’idées. Tout d’abord, nous trouvons inacceptable que le sommet ait lieu sans les Russes et sans les économies émergentes, a affirmé le président français. « L’Europe se battra pour que ce sommet se traduise par des décisions concrètes et pas simplement par des principes », a-t-il déclaré aux nombreux médias présents, ajoutant que ce combat vaut le déplacement.

Une entente formidable

M. Sarkozy a également fait part de son intention de lutter contre les paradis fiscaux et les hedge funds. Il compte également lancer une réforme du FMI et introduire un mécanisme à l’échelle mondiale qui permettra de superviser les institutions financières internationales. Ses propositions coïncident avec celles exprimées par le Premier ministre britannique Gordon Brown dans un document  qui a été distribué hier aux participants (EURACTIV 15/10/08). 

Lors d’une conférence de presse distincte, M. Brown a salué le président français Nicolas Sarkozy, qui a selon lui brillamment mené les négociations du sommet.
Cependant, toutes les parties ne semblent pas s’accorder sur chaque question. Par exemple, M. Sarkozy a indiqué que la présidence française prendrait des mesures au cours des prochains mois pour construire une gouvernance économique plus robuste en Europe suite aux décisions exceptionnelles prises dimanche par les 15 pays de l’Eurogroupe et par le Royaume-Uni face à la crise financière. L’émergence d’une gouvernance économique de l’Europe ne devrait être interrompue maintenant, a-t-il signalé.

Il est même allé jusqu’à suggérer que la crise offrait peut-être « une opportunité pour réconcilier les Européens avec l’Europe ». 

« Je suis prêt à prendre un pari, c’est que de la crise l’image de l’Europe peut sortir renforcée », a déclaré le président français, ajoutant que l’opinion publique pourrait pencher en faveur du projet européen si les dirigeants de l’UE montraient qu’ils agissaient pour la protection des citoyens. 

Le gouvernement économique européen prend-il forme ?

M. Sarkozy a profité de l’occasion pour appuyer une gouvernance économique européenne plus forte en vue de fournir à la Banque centrale européenne des conseils politiques tout comme le gouvernement américain a la possibilité d’influencer la Réserve fédérale. 

Si l’ensemble de la classe politique française – de gauche comme de droite – soutient l’idée, l’Allemagne y est opposée. Méfiante à l’égard de l’interventionnisme français, elle défend en effet plutôt une BCE complètement indépendante. 

« Les pays qui se sont dotés de la même banque centrale, de la même monnaie doivent essayer de coordonner leur politique économique », a indiqué M. Sarkozy. « Si on a pu apporter une réponse coordonnée à la crise financière en Europe, ne faudrait-il pas apporter une réponse coordonnée à la crise économique en Europe ? », a-t-il demandé. 

Toutefois, le président français a admis que l’idée était encore loin de faire l’unanimité. 

« Faut-il la même coordination pour la politique économique que pour la crise financière ? Du point de vue de la présidence française, la réponse est oui, oui, oui. Est-ce que c’est pour l’instant l’unanimité ? Non, non, non », a-t-il affirmé, au milieu des rires de l’assemblée.

M. Sarkozy a rappelé le sommet de crise du 12 octobre – qui avait réuni au Palais de l’Elysée le président de la BCE Jean-Claude Trichet, les dirigeants de la zone euro et le président de la Commission Barroso –, pour illustrer sa vision d’une gouvernance politique plus importante de la zone euro. 

Il s’est dit soulagé de voir enfin le président de la BCE discuter avec les chefs d’Etat et de gouvernement de la zone euro sans que personne n’ait le sentiment d’une menace à l’égard son indépendance. 

M. Sarkozy a salué le travail remarquable de M. Trichet tout en reconnaissant qu’il n’a pas toujours été d’accord sur tout avec le président de la BCE. Il a toutefois estimé qu’il s’agit désormais de coopérer : la dernière chose dont nous avons besoin, c’est la désunion, a-t-il affirmé. Le gouvernement économique européen que nous désirons tant est en train de prendre forme, et il ne faut pas s’arrêter maintenant, a-t-il déclaré, ajoutant que la présidence française prendrait d’autres mesures à cet égard. 

Un accord sur le traité d’ici décembre ?

Le président français a en outre déclaré qu’il espérait que tous les pays, à l’exception de l’Irlande, auraient ratifié le traité de Lisbonne d’ici la fin décembre. M. Sarkozy a d’ailleurs indiqué qu’il s’apprêtait à se rendre en Pologne le 6 décembre pour appuyer une ratification rapide du pays.

Une feuille de route serait ensuite proposée. Elle pourrait être approuvée par un sommet extraordinaire de l’UE qui devrait se dérouler avant la réunion déjà prévue les 11 et 12 décembre, a-t-il ajouté. 

La Slovénie obtient une fonction de « sage »

Les dirigeants européens se sont également mis d’accord sur la composition d’un groupe de réflexion, dirigé par l’ancien Premier ministre espagnol Felipe González, qui devrait réfléchir à l’avenir de l’Europe à long terme, jusqu’en 2030. 
Le sommet a approuvé une liste de douze personnalités (EURACTIV 14/10/08) cédant à une requête de la Slovénie, qui demandait la nomination d’un Slovène au poste de secrétaire général du groupe. 

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