La Commission a présenté un nouveau programme visant à promouvoir l’innovation mais dont la mise en oeuvre revient, comme toujours, aux Etats membres.
La communication intitulée « Innovation : mettre la connaissance en pratique » met l’accent sur l’évolution culturelle nécessaire à l’Europe pour devenir une société qui encourage l’innovation du côté de l’offre comme de la demande. Elle définit les dix actions prioritaires suivantes :
Etablissement de systèmes éducatifs favorisant l’innovation : l’Europe a besoin de citoyens mieux formés pour éviter que des secteurs entiers de l’économie, comme les technologies de l’information et de la communication, doivent faire venir des travailleurs d’autres régions du monde pour répondre à leurs besoins. « C’est pourquoi nous appelons les Etats membres à réformer d’urgence leurs systèmes éducatifs afin de mieux former leurs citoyens pour l’avenir, » a déclaré le commissaire Verheugen. Les solutions pourraient consister entre autres à mettre davantage l’accent sur les questions technologiques et scientifiques et à faciliter la mobilité et l’échange d’idées entre les Etats membres.
Attirer les chercheurs grâce à l’établissement d’un Institut européen de technologie : selon le commissaire Verheugen, la création d’un tel ‘centre d’excellence’, capable d’attirer des étudiants et des chercheurs hautement qualifiés, est indispensable pour réduire les chiffres ‘effrayants’ de la fuite des cerveaux en Europe. « Nous avons absolument besoin d’un programme de ‘rapatriement’ des chercheurs et scientifiques européens, mais pour les faire revenir, nous devons créer les instituts appropriés, » a-t-il souligné. L’objectif est de créer l’Institut d’ici 2009 bien que tous les Etats membres ne soient pas convaincus de l’utilité de cette proposition et que de nombreux scientifiques y restent opposés.
Mise au point d’une stratégie pour des « marchés porteurs » favorables à l’innovation : La Commission envisage de développer des « marchés porteurs » destinés à faciliter la création et la vente de produits et services novateurs. L’idée est d’identifier de nouveaux domaines prometteurs où les autorités publiques peuvent faciliter l’innovation menée par l’industrie en supprimant certaines barrières, en fixant des normes, en améliorant les règles des marchés publics ou en soutenant la recherche. L’accent serait mis avant tout sur des domaines qui répondent à des demandes de la société, comme les transports, la santé, la sécurité intérieure ou l’éco-innovation.
Incitation à l’innovation par le biais des marchés publics : les autorités contractantes peuvent jouer un rôle important pour encourager l’innovation grâce à des systèmes de marchés publics ‘intelligents’, tournés vers l’innovation et fondés sur la performance.
Mutation des structures : le commissaire Verheugen a souligné que les Etats membres devraient forcément mener de lourdes réformes structurelles afin de transformer ces idées en action. Selon lui, les systèmes de retraite, de santé et d’entreprise doivent devenir « plus innovants et plus durables ».
Réactions
Günter Verheugen, vice-président de la Commission en charge des entreprises et de l'industrie, a déclaré : "Nous ne sommes pas en train de dire que nous pouvons résoudre ce problème par une série de législations. Nous voulons une véritable culture d'innovation en Europe. Nous voulons qu'il soit reconnu dans tous les secteurs que l'innovation va s'avérer décisive pour l'avenir. La nouvelle communication souligne la nécessité de cette évolution culturelle en Europe."
Concernant les investissements dans la recherche des Etats membres, il poursuit : "L'élite politique doit enfin cesser de donner l'impression que tout peut rester en l'état." Faisant référence au Sommet UE-Chine du 12 septembre 2006, auquel il a assisté, il ajoute : "Il est assez clair que la concurrence à laquelle nous serons confrontés dans les cinq à dix prochaines années dans des domaines sectoriels où nous étions en position de force sera terrible [...] C'est pourquoi nous devons réagir dès maintenant."
Arnaldo Abruzzini, secrétaire général d'EUROCHAMBRES, admet que de simples investissements dans la recherche ne mènent pas automatiquement à l'innovation : "Nous devons également continuer de veiller à exploiter pleinement les résultats de recherche. A cet égard, il faut davantage soutenir la demande en produits et services novateurs. Les Etats-Unis ont bien compris l'importance de soutenir la demande d'innovation par des politiques de marchés publics, ce qui leur a permis d'avoir une innovation très productive. L'Europe doit également se tourner du côté de la demande pour soutenir l'innovation."
EUROCHAMBRES souligne également la nécessité de traiter de la question des brevets communautaires, indiquant que "l'Europe a besoin d'un cadre efficace en termes de coûts pour protéger et exploiter ses idées. La présidence allemande doit jouer un rôle déterminant à ce sujet."
Concernant la recommandation de la Commission de développer des "marchés porteurs", Gerhard Huemer, responsable de la politique économique et fiscale pour l'UEAPME, souligne le fait que "toutes les entreprises européennes, et pas seulement les 'champions nationaux', doivent pouvoir accéder au marché de l'innovation et en profiter." Selon l'UEAPME, "de tels marchés ne doivent pas devenir des cercles réservés à un seul champion, ou à quelques-uns d'entre eux, mais doivent permettre d'améliorer progressivement l'ensemble du segment de marché concerné. Les obstacles à l'accès et aux opportunités de marché pour les PME doivent être analysés en profondeur au cours du projet pilote proposé pour les "marchés porteurs" en 2007."
L'UEAPME insiste également sur l'importance d'un nouveau cadre pour les aides d'état dans les domaines de la recherche, du développement et de l'innovation, afin de traiter des défaillances du marché concernant l'accès aux technologies et aux services novateurs.
Contexte
La Commission a adopté un programme en dix points destiné à promouvoir l'innovation, en réponse à un appel des chefs d'état et de gouvernement européens lors du Sommet de printemps de mars 2006.
Ce programme est défini comme "une stratégie ambitieuse en matière d'innovation, qui permette aux investissements dans la connaissance de se concrétiser dans des produits et des services."
Il ne s'agit pas du premier programme adopté pour stimuler l'innovation. En effet, à la fin des années 1990, l'Europe a commencé à réaliser qu'elle ne parviendrait pas à être compétitive dans le nouvel ordre économique globalisé sans moderniser son économie, devenir plus inventive, mieux répondre aux besoins et préférences des consommateurs et promouvoir l'innovation.
En 2000, la Commission a adopté l'agenda de Lisbonne, qui a été révisé et relancé grâce à un nouveau partenariat pour la croissance et l'emploi en 2005. L'objectif de cet agenda était de renforcer la compétitivité de l'Europe en définissant un cadre juridique et économique plus favorable à l'innovation et en augmentant les investissements dans la formation, la recherche et le développement.
En octobre 2005, la Commission a également présenté une communication intitulée "Davantage de recherche et d'innovation", comprenant 19 mesures destinées à placer la recherche et l'innovation au coeur des politiques et des fonds européens et à en faire un des principaux objectifs des entreprises.
Cependant, la Commission estime qu'il faut davantage de mesures pour que l'Europe devienne une société vraiment fondée sur la connaissance et favorable à l’innovation.
Prochaines étapes
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25 septembre 2006 : le conseil Compétitivité examinera la nouvelle communication;
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20 octobre 2006 : les dirigeants européens débattront de cette proposition lors du sommet européen informel de Lahti, en Finlande.
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