La baisse de l’inflation dans la zone euro défie les prévisions, alimentant les espoirs d’une baisse des taux

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La banque centrale a maintenu les taux d'intérêt à 4 % lors de ses quatre réunions précédentes, alors que l'inflation se rapprochait du taux cible de 2 % de la BCE après avoir atteint un pic de 10,6 % en octobre 2022. [EFE/CHRISTOPHER NEUNDORF]

L’inflation dans la zone euro a dépassé les attentes des analystes mercredi (3 avril), avec des prix affichés qui sont retombés à leur niveau le plus bas depuis trois ans et l’inflation sous-jacente qui était au plus bas depuis deux ans en mars, renforçant les espoirs de réduction des taux avant la réunion de la Banque centrale européenne (BCE) la semaine prochaine.

Dans une estimation rapide publiée mercredi (3 avril), l’office statistique de l’UE, Eurostat, a indiqué que le taux d’inflation de la zone euro était passé de 2,6 % en février à 2,4 % en mars, soit le taux le plus bas enregistré depuis juillet 2021, à l’exception du taux de novembre 2023, qui s’élevait également à 2,4 %.

La semaine dernière, les économistes interrogés par Reuters s’attendaient à ce que l’inflation reste à 2,6 %.

L’inflation sous-jacente, qui fournit une meilleure estimation des pressions sous-jacentes sur les prix en excluant les prix volatils de l’alimentation et de l’énergie, a diminué de 0,2 % pour atteindre 2,9 %, soit la huitième baisse mensuelle consécutive et le taux sous-jacent le plus bas enregistré depuis février 2022.

Ces données interviennent alors que les quatre plus grandes économies de l’UE – l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Espagne – ont enregistré des taux d’inflation inférieurs aux prévisions pour le mois de mars au cours de la semaine écoulée.

Carsten Brzeski, économiste en chef de la zone euro chez ING, a suggéré que les données pourraient être interprétées comme « une victoire très tardive pour l’équipe temporaire » – une référence aux économistes qui considèrent l’inflation élevée de la zone euro comme un phénomène temporaire, plutôt que permanent.

« Je pense que c’est une bonne chose pour la BCE », a déclaré M. Brzeski à Euractiv. « Il semble que l’inflation soit en train de s’estomper ».

La BCE a relevé ses taux à dix reprises consécutives entre juillet 2022 et septembre 2023 après la flambée des prix qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie, faisant passer son taux directeur d’un niveau négatif de 0,5 % à un niveau record de 4 %.

La Banque centrale a maintenu les taux d’intérêt à 4 % lors de ses quatre réunions précédentes, alors que l’inflation se rapprochait du taux cible de 2 % de la BCE après avoir atteint un pic de 10,6 % en octobre 2022.

Réduire ou ne pas réduire les taux ?

Malgré la forte baisse des pressions inflationnistes, les analystes s’attendent généralement à ce que la BCE maintienne ses taux à leur niveau record actuel lors de sa réunion de jeudi (11 avril).

En effet, les 77 économistes interrogés par Reuters la semaine dernière ont tous prédit que la BCE maintiendrait ses taux la semaine prochaine. Toutefois, 88 % des personnes interrogées s’attendent à ce que la BCE réduise ses taux en juin.

Ces projections ont été corroborées à plusieurs reprises ces derniers mois par les responsables de la BCE, qui soutiennent que la banque devrait attendre que les données sur les négociations salariales soient publiées en mai avant d’abaisser les taux.

L’inflation de la zone euro au niveau le plus bas depuis 2 ans

En février, le taux d’inflation sous-jacente de la zone euro est tombé à son niveau le plus bas depuis près de deux ans, renforçant l’espoir que la crise de l’inflation en Europe se soit définitivement apaisée et que la Banque centrale européenne réduise enfin ses taux d’intérêt dans le courant de l’année.

« Il serait surprenant que la BCE réduise ses taux dès le mois d’avril », a confié à Euractiv Sander Tordoir, analyste principal au Centre for European Reform (CER).

« Le Conseil des gouverneurs [l’organe de la BCE qui fixe les taux] a clairement indiqué qu’il voulait attendre les données sur les salaires du mois de mai », a-t-il souligné.

Selon l’analyste, « le souci de se prémunir contre une ré-accélération de l’inflation dominera probablement toute publication de données indiquant une accélération de la désinflation ».

M. Brzeski a fait remarquer que la BCE pourrait envisager de « d’annoncer à l’avance » une baisse des taux, comme elle l’avait fait en juin 2022, lorsqu’elle avait déclaré qu’elle commencerait à relever ses taux le mois suivant.

« Je pense qu’aujourd’hui, avec les données qui arrivent, la BCE sera sous pression », a-t-il déclaré. « Donc [annoncer à l’avance] pourrait être un bon moyen de s’en sortir ».

Deux mois « ne feront pas la différence »

La politique monétaire restrictive de la BCE a fait l’objet de critiques croissantes au cours des derniers mois, de nombreux experts estimant que l’incapacité de la banque à réduire ses taux exacerbe les performances économiques médiocres de la zone euro.

Lors de sa réunion du mois dernier, la BCE a ramené de 0,8 % à 0,6 % ses prévisions de croissance de la zone euro pour 2024.

Cinq des principaux instituts de recherche économique allemands ont également revu à la baisse les prévisions de croissance du pays pour 2024, les ramenant de 1,3 % à seulement 0,1 %, décrivant l’économie allemande – la plus importante de la zone euro – comme étant « malade ».

Lors d’un événement organisé par le CER à Bruxelles la semaine dernière, Jeromin Zettelmeyer, directeur du think tank Bruegel, a souligné que la BCE disposait déjà de données montrant que la croissance des salaires dans la zone euro avait chuté au cours du dernier trimestre de l’année dernière.

Il a également noté que la décision de la BCE d’attendre « un deuxième point de données » sur les salaires au premier trimestre de cette année reflète un « biais conservateur » qui engendre des risques de « stagnation séculaire » – ou une faible croissance permanente – dans la zone euro.

Carsten Brzeski, d’ING, a toutefois émis des réserves quant à l’analyse de M. Zettelmeyer.

« Je pense qu’une bonne politique monétaire ne repose pas sur une seule observation de données », a déclaré M. Brzeski. « Tirer toute une tendance d’une seule observation est un peu tiré par les cheveux ».

Que les taux soient réduits en avril ou en juin ne fera pas la « différence entre une croissance vigoureuse et une stagnation », a-t-il ajouté.

« La BCE ne peut pas se permettre de se tromper », a souligné M. Brzeski. « Elle n’a qu’une seule mission, celle de faire baisser l’inflation ».

La politique actuelle de la BCE engendre des risques de « stagnation séculaire », selon un think tank

En hésitant à réduire ses taux avant que de nouveaux signes de ralentissement de la croissance des salaires ne se manifestent, la BCE affiche un « biais conservateur » qui pourrait faire perdurer la faible croissance économique de la zone euro, selon le directeur de Bruegel.

[Édité par Anna Martino]

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