La Banque mondiale s’inquiète des risques sur la croissance

epa04559778 (FILE) A file photo dated 14 May 2013 showing a general view of the 'Mercamadrid' central whole sale food market in Madrid, Spain. The Spanish economy grew 1.4 per cent last year, Prime Minister Mariano Rajoy said on 14 January 2015, 0.1 per cent more than previous government figures. Spain returned to growth in 2014 for the first time in six years. The economy added 400,000 jobs last year, Rajoy said after meeting Greek Prime Minister Antonis Samaras in Athens. The government hopes the economy will grow more than 2 per cent this year. EPA/JAVIER LIZON

Malgré une conjoncture très favorable, la Banque mondiale reste réservée sur la pérennité de la reprise à moyen terme, en raison des tensions géopolitiques et de l’exacerbation des discours protectionnistes. Un article de notre partenaire La Tribune.

L’embellie se confirme pour 2018. Selon les dernières prévisions de la Banque mondiale, la croissance économique va s’accélérer à 3,1 % en 2018 après avoir atteint un niveau beaucoup plus élevé que prévu en 2017 (3 % contre 2,4 % en 2016). Malgré plusieurs signes encourageants pour l’économie mondiale, les experts demeurent réservés sur la solidité de cette croissance à plus long terme. Le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim a d’ailleurs souligné que « la reprise de la croissance mondiale est encourageante, mais l’heure n’est pas à l’autosatisfaction ».

Une économie à plein régime pour 2018

Les économistes de l’organisation mondiale se montrent très optimistes pour 2018 dans leur dernier rapport sur les perspectives économiques mondiales. « 2018 a de bonnes chances d’être la première année depuis la crise financière où l’économie mondiale tournera à plein régime ou presque »,rappelle le communiqué. L’activité est tirée, selon les experts, par les investissements, le secteur manufacturier et les échanges commerciaux.

L’embellie profite en outre à toutes les régions du monde, à commencer par les « trois grandes »: les États-Unis, la zone euro et le Japon, explique Ayhan Kose économiste à la Banque mondiale interrogé par l’AFP. Pour les économies développées, l’institution internationale prévoit une croissance du PIB de 2,2 % en 2018 en léger repli par rapport à 2017 (2,3 %). Pour les économies émergentes, la croissance du PIB est estimée à 4,5 % pour 2018 en hausse par rapport à 2017 (4,3 %).

Dans les économies avancées, les États-Unis devraient en effet voir leur croissance économique accélérer à 2,5 % en 2018 contre 2,2 % attendus en juin. Le PIB de la zone euro devrait croître de son côté de 2,1 % cette année. Quant au Japon, la croissance est anticipée à 1,3 %. Les récents pics d’investissement observés illustrent des conditions financières favorables, une hausse des profits et de la confiance des entrepreneurs.

Dans les économies émergentes, l’organisation internationale qui prévoyait un léger ralentissement de l’activité pour la Chine a finalement estimé que celle-ci avait accéléré de 0,1 point de pourcentage, à 6,8 %, et table sur une légère décélération cette année, à 6,4 %. L’autre géant, l’Inde, devrait voir sa croissance rebondir à 7,3 % en 2018 après 6,7 % l’an passé. Les deux grands pays émergents, le Brésil et la Russie, qui ont renoué en 2017 avec la croissance (+1,7 % et +1 %) après deux années de récession, devraient en outre poursuivre leur reprise avec des hausses respectives attendues de 1,7 % et 2 % en 2018.

Inquiétudes pour les années à venir

Malgré tous ces signaux d’optimiste, les économistes de l’organisation basée à Washington demeurent prudents.

« Il subsiste des risques de détérioration de la conjoncture mondiale. Un durcissement soudain des conditions de financement à l’échelle mondiale pourrait compromettre la croissance. De nouvelles restrictions au commerce et la montée des tensions géopolitiques pourraient saper la confiance et freiner l’activité économique. »

Ils pointent notamment les risques d’une reprise fragile. À moyen terme, le ralentissement de la croissance potentielle (*) pourrait ralentir « les progrès enregistrés dans l’amélioration des niveaux de vie et la réduction de la pauvreté à travers le monde ». Par ailleurs, la montée des discours protectionnistes notamment aux États-Unis et les tensions sur la scène internationale (Corée du Nord, Iran) pourraient éroder la confiance des investisseurs et la santé des marchés financiers.

Pour les auteurs du rapport, le ralentissement de la croissance potentielle s’explique par plusieurs facteurs tels que l’affaiblissement des gains de productivité, un manque d’investissements et le vieillissement de la main-d’œuvre mondiale. « Ce ralentissement est généralisé puisque les économies touchées représentent plus de 65 % du PIB mondial. »  Si rien n’est fait pour renforcer la croissance potentielle, ce fléchissement pourrait se poursuivre durant une bonne partie de la décennie au risque de voir la croissance ralentir d’un quart de point de pourcentage en moyenne dans le monde et d’un demi-point de pourcentage en moyenne dans les pays émergents et en développement pendant cette période.

Un appel à des réformes

La réduction de la pauvreté et des inégalités fait partie des grands objectifs de la Banque mondiale. Pour maintenir cette reprise, le patron de l’institution veut profiter de cette embellie économique pour se concentrer sur des sujets qui vont au-delà des traditionnels outils budgétaires et monétaires pour stimuler la croissance à court terme.

« C’est une excellente occasion d’investir dans le capital humain et physique. Si les responsables politiques à travers le monde privilégient ces investissements essentiels, ils pourront améliorer la productivité nationale, accroître le taux d’activité. »

La Banque mondiale encourage également les gouvernements à investir dans l’éducation et les services de santé et investir dans les infrastructures dans les pays émergents pour doper l’économie.

La Tribune

La Tribune [latribune.fr]