La blockchain pourrait bien être l’avenir de l’identité numérique

La blockchain permet de stocker et transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle. [NicoElNino/Shutterstock]

La Commission européenne a proposé, avant l’été, la mise en place d’un cadre européen pour permettre à tous les citoyens de l’UE de disposer d’un portefeuille d’identité numérique. Si Bruxelles n’exhorte pas les États membres à passer par la blockchain, cette technologie pourrait bien trouver sa place.

« Il y a une opportunité pour déployer en Europe un système basé sur ce concept d’identité auto-souveraine et de profiter de cette réglementation formidable pour remettre de la confiance numérique au centre des échanges », se réjouit Hervé Bonazzi, à la tête du consortium fondé par le groupe Caisse des Dépôts, La Poste, EDF et Engie, et spécialisé dans l’identité numérique.

Au-delà de l’identité « pivot » (nom, prénom, date et lieu de naissance, sexe ou nationalité), ce nouveau « e-wallet » devrait permettre aux Européens de pouvoir s’identifier en ligne, mais aussi de stocker, à terme, une batterie de documents administratifs en tout genre, reconnu et utilisable à travers le bloc pour des démarches.

« L’identité numérique européenne nous permettra d’agir dans n’importe quel État membre comme nous le ferions chez nous, sans frais supplémentaires et plus facilement, que ce soit pour louer un appartement ou pour ouvrir un compte bancaire en dehors de notre pays d’origine », avait indiqué Margrethe Vestager, vice-présidente exécutive pour une Europe adaptée à l’ère du numérique.

L’objectif affiché de la proposition, qui vient réviser le règlement eIDAS, adopté en 2014 mais jugé pas suffisamment adapté aux « nouvelles demandes du marché », est de permettre à au moins « 80 % des citoyens d’utiliser une solution d’identification numérique pour accéder à des services publics essentiels d’ici à 2030 ».

À ce jour, seuls 14 États membres ont notifié à Bruxelles un schéma d’identification électronique, couvrant ainsi 59 % des résidents de l’UE.

Bruxelles veut mettre en place une identité numérique européenne

Bruxelles a proposé jeudi (4 juin) un plan pour établir un système d’identification numérique sécurisé utilisable dans toute l’Europe à partir de son téléphone afin d’accéder à des services en ligne ou partager des documents.

Blockchain

La proposition de réforme laisse une certaine marge de manœuvre aux États afin de mettre en place, techniquement, ces solutions — même si elle compte sur des normes communes afin de garantir leur pleine interopérabilité. Néanmoins, sa rédaction laisse la porte ouverte à un système décentralisé.

La blockchain pourrait ainsi être utilisée. Cette technologie permet de stocker et transmettre des informations de manière transparente, sécurisée et sans organe central de contrôle. « La blockchain n’est qu’un moyen qui force l’approche de “privacy” par design et qui crée un réseau de confiance entre acteurs », explique M. Bonazzi à EURACTIV, notant au passage que « si on adopte des systèmes de ce type, on va fortement réduire les risques de faille de données », les données n’étant plus hébergées par une entité unique.

Il souligne également que l’utilisation de la blockchain permettrait, par définition, de « renforcer la capacité à bien appliquer le RGPD », dont la proposition de la Commission se veut évidemment complémentaire.

Dans sa stratégie pour la blockchain, Bruxelles précise que cette technologie « doit respecter et améliorer le cadre européen de l’identité numérique, en pleine évolution » et souhaite que « le secteur public européen joue un rôle de pionnier ».

Un porte-parole de la Commission a toutefois précisé à EURACTIV que « les nouvelles règles n’exigent pas l’utilisation de la technologie blockchain pour son concept technique. La proposition décrit les exigences fonctionnelles du portefeuille d’identité numérique européen, mais reste technologiquement neutre sur la manière dont elles seront mises en œuvre ». Et d’ajouter : « La technologie spécifique la plus appropriée pour les portefeuilles d’identité numérique européens sera convenue lors de discussions techniques avec les États membres. »

En France aussi, on s’intéresse de près aux bénéfices de la blockchain. En mai dernier, le ministère de l’Intérieur écrivait que cette technologie « pourrait être l’instrument de la réconciliation entre la sécurité (intégrité, authentification, confiance) et le respect de la vie privée ».

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