La Commission européenne fixe des objectifs pour atteindre la souveraineté numérique d’ici à 2030

"Aujourd'hui, les données produites en Europe sont généralement stockées et traitées en dehors de l'Europe, et leur valeur est également extraite en dehors de l'Europe", indique la communication obtenue par EURACTIV. [Shutterstock]

La Commission européenne va tenter d’atténuer les risques liés à la possession de données de l’UE par des pays tiers en définissant une série d’objectifs pour 2030 qui aideront le bloc à se procurer des technologies de traitement des données de nouvelle génération, révèlent des documents obtenus par EURACTIV.

Les objectifs de la boussole numérique de l’exécutif européen pour 2030, qui doivent être présentés mardi (9 mars), mettent en évidence une série de critères à atteindre d’ici la fin de la décennie, afin d’aider le bloc à devenir « numériquement souverain » en renforçant « les capacités technologiques d’une manière qui permette aux personnes et aux entreprises de saisir le potentiel de la transformation numérique ».

Un domaine que la Commission a identifié comme étant en péril en ce qui concerne le degré d’autonomie de l’Europe dans ce domaine est l’économie des données du bloc, des documents montrant que 90% des données de l’UE sont gérées par des entreprises américaines.

« Aujourd’hui, les données produites en Europe sont généralement stockées et traitées en dehors de l’Europe, et leur valeur est également extraite en dehors de l’Europe », indique la communication obtenue par EURACTIV.

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« Si les entreprises qui génèrent et exploitent des données doivent conserver leur liberté de choix à cet égard, cela peut entraîner des risques en termes de cybersécurité, de vulnérabilité de l’offre, de possibilités de changement de fournisseur ainsi que d’accès illégal aux données par des pays tiers ».

Les objectifs de l’informatique de pointe

Dans cet esprit, si la Commission reconnaît que les fournisseurs de services cloud basés dans l’UE n’ont qu’une petite part du marché du nuage, à l’avenir, « une proportion croissante de données devrait être traitée à la périphérie, plus près des utilisateurs et là où les données sont générées ».

Le passage de modèles d’infrastructures centralisées basées sur le cloud à de nouvelles technologies de traitement des données englobant l’informatique de pointe exige donc une augmentation des investissements et du développement.

Dans cet esprit, la Commission souhaite que, d’ici 2030, 10 000 nœuds de périphérie hautement sécurisés et neutres sur le plan climatique soient déployés dans l’UE, « répartis de manière à garantir l’accès à des services de données à faible latence (quelques millisecondes), quel que soit le lieu d’implantation des entreprises ».

La distinction essentielle entre le cloud computing centralisé et l’informatique de pointe est que cette dernière comprend des technologies qui traitent les données plus près de la source, plutôt que de s’appuyer sur des centres de données distants souvent basés dans des juridictions étrangères pour traiter et stocker les données.

Les objectifs de la Commission dans le domaine de l’informatique de pointe à cet égard sont essentiels pour pouvoir traiter les données plus près du domicile, ce qui n’est pas le cas actuellement.

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Connectivité : 5G et microprocesseurs

Dans le cadre des nouveaux objectifs, la Commission note qu’il est essentiel de parvenir à une connectivité gigabit d’ici 2030 et, à cet égard, l’accent devrait être mis sur le déploiement des technologies fixes et mobiles, y compris les 5G et 6G.

Un objectif concret est que tous les ménages européens soient couverts par un réseau Gigabit, et que toutes les zones peuplées soient couvertes par la 5G d’ici 2030.

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La Commission note également qu’elle souhaite accroître l’engagement international sur ses objectifs de connectivité, en mettant en avant les initiatives avec l’Inde, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, l’Amérique latine et les Caraïbes, en particulier.

En termes d’objectifs de connectivité, les documents indiquent également que les « microprocesseurs » sont une technologie clé au début de la chaîne de valeur stratégique pour une série d’appareils de la prochaine génération.

Cependant, alors que l’Europe conçoit et fabrique des puces haut de gamme, la Commission affirme qu' »il existe des lacunes importantes, notamment dans les technologies de fabrication de pointe et dans la conception des puces, ce qui expose l’Europe à un certain nombre de vulnérabilités ».

Dans ce domaine, la Commission souhaite que d’ici 2030, la production de semi-conducteurs de pointe et durables en Europe, y compris les processeurs, représente « au moins 20 % de la production mondiale en valeur ».

En termes d’objectifs de connectivité, en particulier pour les technologies mobiles de la prochaine génération, l’UE a pris beaucoup de retard ces derniers mois. Dans le plan d’action 5G de l’UE pour 2016, les nations se sont engagées à atteindre un certain nombre d’objectifs, notamment le lancement de services 5G dans tous les États membres, dans au moins une grande ville, d’ici la fin de 2020.

En outre, les délais fixés dans le code des communications électroniques de 2018 obligent les États membres à garantir la disponibilité du spectre radioélectrique 5G avant la fin de 2020. Ces deux objectifs n’ont pas été atteints, en raison de la pandémie de coronavirus, des inquiétudes quant à la sécurité des réseaux de télécommunications de prochaine génération et d’une campagne très animée sur les risques sanitaires de la 5G.

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Compétences et services publics

Dans le domaine des compétences et de l’emploi, la Commission souhaite voir « 20 millions de spécialistes des TIC employés dans l’UE, avec une convergence entre les femmes et les hommes », en plus de la réalisation des objectifs du plan d’action du pilier européen des droits sociaux, qui vise à garantir qu’au moins 80 % de la population adulte de l’ensemble du bloc possède des compétences numériques de base d’ici la fin de la décennie.

Cela devrait s’accompagner d’une augmentation de la numérisation des entreprises dans l’UE, avec 7 % des entreprises de l’UE adoptant des services d’informatique en nuage, de données volumineuses et d’intelligence artificielle d’ici 2030, ainsi que d’un doublement du nombre de start-ups innovantes dans l’Union.

Dans le secteur public, tous les citoyens européens devraient avoir accès aux dossiers médicaux électroniques, et un taux de 100 % devrait être atteint pour la fourniture en ligne des principaux services publics disponibles pour les citoyens et les entreprises européens, en plus des 80 % de citoyens utilisant une solution d’identification électronique européenne.

Après la publication du texte final mardi, la Commission devrait entamer un vaste processus de consultation sur les objectifs, en plus de la mise en place d’un forum des parties prenantes sur les plans.

[édité par Zoran Radosavljevic et Mathieu Pollet]

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