La Commission européenne s’inquiète d’une dérive des déficits en France et en Italie

La Commission européenne a dressé au début du mois un tableau alarmant de la situation économique de la zone euro, profondément affectée par la pandémie, excluant tout retour rapide à la normale. [EPA-EFE/OLIVIER HOSLET]

La Commission européenne s’est inquiétée mercredi (18 novembre) de l’impact des mesures de relance sur les finances publiques dans quatre pays de la zone euro, dont la France et l’Italie, craignant une dérive de leurs déficits au-delà de la crise sanitaire.

« Certaines mesures présentées par la France, l’Italie, la Lituanie et la Slovaquie semblent ne pas être temporaires ni compensées par d’autres mesures budgétaires« , a regretté la Commission dans un rapport, appelant à surveiller la dette à moyen terme.

Compte tenu du contexte de crise exceptionnelle liée à la pandémie de Covid-19, l’Union européenne (UE) avait annoncé en mars une suspension de ses règles de discipline budgétaire, invitant les différents pays à laisser filer temporairement leurs déficits publics.

Cette stratégie a été soutenue par une politique monétaire très accommodante de la Banque centrale européenne (BCE) qui permet aux Etats de s’endetter à taux réduits, voire négatifs, sur les marchés financiers.

La Commission est toujours sur cette ligne. Elle a appelé mercredi les 19 pays de la zone euro « à faire en sorte que leur politique fiscale continue de soutenir l’activité en 2021« .

« Globalement en ligne »

Bruxelles estime d’ailleurs que tous les Etats membres sont « globalement en ligne » avec ses recommandations pour l’an prochain, y compris les quatre pays épinglés.

Mais elle leur demande de se tenir prêts à « réorienter ces politiques fiscales (…) quand les conditions épidémiologiques et économiques le permettront« .

D’où l’inquiétude pour la France, l’Italie, la Lituanie et la Slovaquie dont plusieurs mesures budgétaires prises durant la crise s’étendent au-delà du court terme.

En France, la Commission vise notamment les hausses de salaires dans les hôpitaux et la baisse des impôts de production des entreprises.

En Italie, une extension des crédits d’impôts pour les particuliers et une réduction des charges sociales dans les régions les plus défavorisées auront « un impact budgétaire au moins jusqu’en 2023« , a pointé l’exécutif européen.

Bruxelles leur demande de veiller à ce que ces mesures ne conduisent pas à une dérive durable de leur niveau de dette et de déficit, en recommandant par exemple de compenser les dépenses supplémentaires par de nouvelles recettes.

Malgré l’urgence, « nous devons regarder au-delà du court terme« , a estimé le vice-président de la Commission, Valdis Dombrovskis, lors d’une conférence de presse. « Les Etats membres doivent prendre des mesures de soutien ciblées, temporaires et ne pas alourdir de façon permanente les finances publiques« , a-t-il ajouté.

« On a toujours cet objectif de maîtrise des finances publiques, une fois la crise passée« , a expliqué un porte-parole du ministère français des Finances, interrogé par l’AFP. A moyen terme, « cette dette publique supplémentaire sera remboursée par la croissance, par une meilleure maîtrise des dépenses publiques et d’autres réformes structurelles« .

Clémence provisoire de Bruxelles

La France et l’Italie prévoient un déficit public atteignant respectivement 10,2 % et 10,5 % du PIB cette année, largement au-dessus de la moyenne de la zone euro (8,6 %).

Les deux pays tablent sur 6,7% et 7% en 2021, contre 5,9% pour la zone euro.

Paris et Rome avaient déjà été épinglés l’an dernier, parmi huit Etats membres, pour un effort de leurs finances publiques jugé « inférieur » à ce qui était recommandé. Ces pays « n’ont pas assez profité des périodes économiques favorables« , avait jugé à l’époque M. Dombrovskis. Ils sont donc entrés dans la crise en position de faiblesse.

La Commission européenne a dressé au début du mois un tableau alarmant de la situation économique de la zone euro, profondément affectée par la pandémie, excluant tout retour rapide à la normale.

Elle prévoit une chute de 7,8% du Produit intérieur brut (PIB) dans la région en 2020. Du jamais vu depuis la création de la monnaie unique en 1999.

Un rebond de 4,2% est espéré l’an prochain mais il s’avère plus faible qu’anticipé, en raison de la violence de la deuxième vague de contamination.

Ce contexte justifie la clémence de Bruxelles envers les pays en difficulté.

Ainsi, la Commission ferme provisoirement les yeux sur les dérapages constatés en Roumanie alors que ce pays a fait l’objet d’une procédure pour déficit public excessif après avoir dépassé l’an dernier le seuil de 3% du PIB fixé par les traités. Sa situation budgétaire sera réexaminée au printemps prochain.

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