La Commission européenne veut faire de l’euro un outil stratégique

Et si l’euro, qui fête ses 20 ans, assumait son statut de seconde monnaie mondiale ? C’est l’idée révolutionnaire qui doit être discutée au Conseil européen la semaine prochaine.

En plongeant dans les statistiques, les économistes de l’exécutif européen ont découvert que la monnaie unique était utilisé par 60 pays dans le monde, et était la deuxième monnaie mondiale à la fois en tant que monnaie de réserve et pour les paiements internationaux. Et toujours derrière le sacro-saint dollar.

Les créances douteuses restent un problème en zone euro

Le niveau des prêts au recouvrement improbable reste élevé en Europe par rapport aux banques américaines. Les pays les plus concernés sont appelés à plus d’efforts sur ce sujet qui préoccupe l’ensemble des autorités européennes, explique notre partenaire, La Tribune.

« Nous ne voulons pas remplacer le dollar, mais nous voulons qu’un choix existe entre les deux monnaies », assure une source à la Commission. Les arguments en faveur de l’euro relèvent aussi de sa stabilité : sur 20 ans, la monnaie s’est révélée plus stable que le dollar, dont l’économie est soumise à des aléas plus violents, à la hausse comme à la baisse.

Une idée stratégique largement soutenue par la France

C’est la première fois que l’UE envisage de penser sa monnaie comme un outil stratégique et non pas comme un simple instrument permettant de faciliter le fonctionnement de l’économie. Lors de son discours sur l’état de l’Union, le président Juncker avait souligné ce besoin d’assurer que la monnaie puisse jouer un vrai rôle sur la scène internationale.

La France est très favorable à cette hypothèse, et vu l’état déficitaire de sa balance commerciale, n’hésite pas à soutenir également l’idée d’une monnaie forte, qui permette de limiter les conséquences de ce déséquilibre. L’exécutif européen ne va pas jusque là, et se borne à réclamer la finalisation de l’Union économique et monétaire, qui permettrait de consolider la crédibilité de la monnaie, et de proposer des solutions pour inciter les acteurs économiques à utiliser l’euro.

L’énergie, un enjeu monétaire crucial

Notamment en tant que moyen de paiement. Suite à la crise financière, les échanges commerciaux internationaux en euro ont chuté. Le fait que les services de paiements par carte bleu non européens, comme Mastercard soient très répandus, pose aussi problème.

Concrètement, les outils à sa disposition sont limités. L’exécutif envisage de demander aux Etats d’envisager l’euro dans leurs accords intergouvernementaux concernant l’énergie, et de justifier s’ils ne l’utilisent pas.

Le secteur de l’énergie, qui importe 300 milliards d’euros de combustibles labellisés en dollar chaque année, est particulièrement exposé aux fluctuations du dollar, ce qui représente un facteur de risque. Mais comment convaincre le London Stock Exchange, en plein Brexit, de proposer des contrats en euro sur le Brent ou le WTI ? L’UE envisage de démarrer par une consultation des acteurs économiques sur le sujet.

Plus généralement, la crédibilité d’une monnaie s’appuie sur l’importance des liquidités qu’elle propose, et de l’importance de sa dette. Développer la dette libellée en euro est donc une hypothèse intéressante pour renforcer le poids d’une monnaie. La Commission n’envisage pas pour autant de renoncer aux critères de Maastricht, et insiste au contraire sur l’importance de la dette privée de qualité.

Les soupçons s’accumulent sur le cash au Luxembourg

Les billets de 500 euros ont proliféré depuis la création de l’euro, jusqu’à représenter un tiers du cash. Europol s’interroge sur les émissions nettes de billets du Luxembourg, qui représentent deux fois son PIB.

Cette initiative peu concrète n’a guère de chance d’aboutir à court terme, mais reflète les inquiétudes réelles liées à la toute-puissance du dollar, et du risque que cette situation fait peser sur l’UE. Toutes les banques européennes effectuant des opérations en dollar sont susceptibles de subir la foudre des autorités de régulation américaines. Le Parlement américain a ainsi fait sombrer la finance lettone l’hiver dernier en accusant une de ses banques de blanchiment à grande échelle, alors même que l’UE ne bougeait pas. Les Etats-Unis ont ensuite forcé tous les pays européens à interrompre toute activité commerciale avec l’Iran, en menaçant ses entreprises de poursuite pour collaboration avec une entreprise terroriste.

Un contexte dans lequel l’indépendance de la monnaie unique et de la politique économique ne semblent pas garantis face à la toute puissance du dollar.

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