La conjoncture économique positive peine à réconforter le moral des Français

Les grèves du printemps en France ont ralenti la croissance, qui devrait désormais accélérer.

La France a tendance à évoluer à contre-courant du reste de la zone euro, et les voyants économiques sont au vert. Mais le moral des Français raconte une toute autre histoire.

À l’approche des élections européennes, la situation économique dans la zone euro semble plus souriante qu’en 2014. La croissance est globalement de retour, et les dérapages budgétaires ne sont plus que des mauvais souvenirs. Pourtant, l’espoir suscité par l’élection de Macron en 2017 s’est essoufflé, ce qui se traduit aussi bien dans l’activité économique que dans la grogne des Français : selon un sondage BVA/La Tribune, 69 % des Français pensent que la politique économique de la majorité est mauvaise.

Décalage entre la France et le reste de la zone euro

Le tableau n’est pourtant pas des plus sombres. Certes, les 2 % de croissance promis par le gouvernement français pour 2018 ne sont pas là : la croissance devrait plafonner à 1,6 ou 1,7 %. L’essor de l’activité économique amorcé en 2017 a marqué le pas cette année, alors que la politique fiscale du gouvernement pesait sur la consommation, tout comme les grèves de la SNCF au printemps.

Au premier semestre, la France a donc signé une performance plus faible que ses voisins de la zone euro en moyenne, dont l’économie progressait de 2,2  %, contre 0,8 % pour la France.

« La temporalité des mesures fiscales joue beaucoup sur le tableau français : on a eu plus de charges sur le début de l’année, mais on aura des allègements d’impôts, comme la taxe foncière sur la seconde partie de l’année, ce qui devrait permettre de relancer la consommation » avance Charles-Henri Colombier, directeur de la conjoncture chez Rexecode.

Selon lui, les réformes de fond lancées par Macron, comme celle du marché du travail, de la fiscalité du capital, ou de l’éducation et de la formation, ne produiront pas d’effet avant la fin du quinquennat.

Sur la seconde partie de l’année, l’allègement de la taxe d’habitation et de la CSG vont redonner du pouvoir d’achat.

Moins d’impôt, plus de croissance : vers un inversement de tendance

Sur la seconde partie de l’année donc, et pour 2019, le tableau général s’inverse : de nombreux indicateurs passent au vert pour la France, qui pourrait mieux s’en sortir que les autres pays de la zone euro.

« Je prévois une forte hausse du pouvoir d’achat, soit 2 % en 2019, avec une inflation plus modérée. Logiquement, cela devrait relancer la croissance, si le moral des ménages repart à la hausse. C’est ce qu’il faut surveiller, sans hausse du moral des ménages la reprise de la consommation ne sera sans doute pas si forte !» avertit Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas.

Sur 2019, l’économiste estime que les Français paieront globalement moins d’impôts, ce qui est rare, et pourrait stimuler la hausse de la consommation. La décrue progressive du taux de chômage devrait aussi contribuer à rassurer les Français, qui ont tendance à plus épargner lorsqu’ils s’inquiètent pour leur emploi.

Des incertitudes demeurent toutefois en raison de la hausse des prix du pétrole qui ne semble pas vouloir se tasser, et des hausses d’impôts indirects sur le tabac et les carburants : des éléments qui risquent de grignoter le pouvoir d’achat, en garnissant certes les caisses de l’Etat, mais sans effet sur la consommation et la croissance globale.

Italie et commerce international, deux points d’interrogation pour 2019

A moyen terme, Hélène Baudchon s’interroge sur les objectifs de réduction de déficit de la France : le gouvernement a promis de réduire de 4 points la dépense publique d’ici 2022. Mais pour l’heure, le compte n’y est pas, ce qui laisse présager des années de disette sérieuses pour 2020, 2021, 2022.

Mais c’est surtout la situation internationale qui risque d’enrayer la dynamique française plutôt positive. D’autant que la France conserve un problème de fond majeur, qui est son déséquilibre commercial : le manque de compétitivité de ses exportations creuse tous les ans un peu plus la balance commerciale, alors que ses voisins européens constatent au contraire un gonflement de leurs excédents. Une situation qui s’explique par le coût du travail mais aussi la fiscalité sur le travail et la production. Le crédit d’impôt compétitivité emploi a tenté de répondre sans grand succès à cette situation.

« On surveille ce qui se passe en Italie surtout. Les élections européennes pourraient augmenter le nombre de populistes au Parlement européen notamment. Mais le vrai risque, c’est que des pays comme l’Italie bloquent l’avancée de la construction de l’Union européenne, et c’est déjà le cas, quelle que soit l’issue des élections » estime Charles-Henri Colombier.

Alors que les chefs d’Etat ont prévu de se pencher sur le toilettage de la zone euro en décembre prochain lors d’un sommet qui vise à finaliser l’union bancaire et revoir le mécanisme européen de stabilité, certains s’inquiètent de la résilience de la zone en cas de nouvelle crise financière. La fenêtre de tir sera courte, entre janvier et mars, pour adopter les derniers textes nécessaires pour consolider la stabilité du système, la campagne des élections européennes ouvrant ensuite une longue période de disette législative.

A moyen-terme, c’est plutôt une remontée des taux qui pourrait menacer d’une part la conjoncture française et la stabilité de l’UE : le moindre redressement des taux d’intérêt pèsera lourd sur le budget français, la dette représentant en effet 100 % du PIB. Et les conséquences pour l’Italie, dont la dette est encore plus élevée à 150 % de l’activité économique, risqueraient alors de plonger la zone euro dans une nouvelle crise « grecque ».

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