La crise sanitaire provoque une chute spectaculaire des versements aux actionnaires

Huit sociétés françaises sur dix ont réduit ou annulé leurs dividendes au deuxième trimestre. [EPA/IAN LANGSDON]

Année noire en vue pour les dividendes: sous l’effet de la crise sanitaire et des pressions des régulateurs, les versements aux actionnaires ont connu une baisse sans précédent depuis 2009, une situation qui pourrait perdurer dans les secteurs les plus touchés.

Au deuxième trimestre 2020, les dividendes ont baissé de plus de 100 milliards de dollars pour les plus grandes entreprises mondiales, soit un recul de 22% par rapport à la même période en 2019, selon le cabinet Janus Henderson.

Cette chute est inédite depuis que le gestionnaire d’actifs mène ce rapport de référence, en 2009, après le plus fort de la crise des « subprimes ».

« Il existe une forte dispersion entre les secteurs, qui ont été touchés différemment par la crise », nuance Pascal Quiry, professeur à HEC Paris, dans une interview à l’AFP.

Les banques interdites de dividendes

En Europe, les banques représentent la moitié de la baisse selon le rapport, qui pointe les effets des « interdictions réglementaires sur les dividendes » existant également au Royaume-Uni. En Australie aussi, le secteur financier a subi « des pressions réglementaires ».

Par exemple, la banque française BNP Paribas, qui figurait parmi les dix principaux payeurs de dividendes au monde sur ce même trimestre depuis 2016, a suspendu son versement cette fois-ci.

« L’objectif des régulateurs est d’éviter des fragilisations au moment où il y a une crise économique importante après la crise sanitaire », rappelle M. Quiry.

Dans les autres secteurs les plus touchés par les effets de l’arrêt de l’activité économique, les pouvoirs politiques ont pu faire pression sur les grands groupes qui ont bénéficié des mesures d’aide, comme le chômage partiel.

« En France, on voit l’effet des règles autour des prêts garantis d’Etat et des appels à la modération » lancés pendant le confinement et réitérés par Emmanuel Macron le 14 juillet, déclare à l’AFP Quentin Parrinello, porte-parole d’Oxfam France et auteur du rapport de l’ONG sur les profits des entreprises du CAC 40.

Huit sociétés françaises sur dix ont ainsi réduit ou annulé leurs dividendes au deuxième trimestre.

« Court-termiste »

Au-delà des incitations politiques, pas forcément suivies d’effet puisque Oxfam a recensé sept entreprises françaises ayant versé des dividendes tout en ayant bénéficié des mesures de chômage partiel, les entreprises en difficulté ont économiquement plus de mal à verser des dividendes.

D’un point de vue économique, « on ne peut pas dire à la fois +j’ai besoin de l’aide de l’État et de liquidités+ et en même temps verser des dividendes, ce qui signifie une perte de liquidité pour l’entreprise et qui est une dépense non-obligatoire », pointe de son côté M. Quiry.

Baisser ces dividendes n’a rien d’anodin. « Il y a une convention comme quoi une entreprise, dans la mesure du possible, ne baisse pas ses dividendes », explique M. Quiry.

Aux Etats-Unis, les sociétés ont préféré suspendre leurs programmes de rachat d’actions pour maintenir les dividendes, qui sont établis une fois par an mais versés en quatre fois, pointe l’étude de Janus Henderson. L’impact devrait donc être plus important au cours du quatrième trimestre, lorsque les distributions pour 2021 seront établies.

Sur l’année, Janus Henderson mise sur un repli des dividendes compris entre 17 et 23%. Cette baisse pourrait perdurer quelques années, les dividendes étant normalement basés sur les résultats de l’entreprise lors de l’année précédente.

« Tout l’enjeu, c’est de déterminer maintenant le comportement à adopter en période de croissance », estime M. Parrinello, pour que les entreprises se constituent plus de « bas de laine » pour faire face aux crises ou consacrent davantage à « l’investissement ».

De 1992 à 2008, la part des dividendes versée dans le bénéfice des entreprises de l’Union européenne est passée de 1% à 4%, soulignait un rapport publié par la Commission européenne en juillet. Les auteurs voient dans cette évolution « court-termiste » un danger pour « les intérêts à long terme de l’entreprise. »

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