La croissance se tasse dans la zone euro

Au cours du troisième trimestre 2018, le PIB corrigé des variations saisonnières a augmenté de 0,2% dans la zone euro (ZE19) et de 0,3 % dans l’UE28 par rapport au trimestre précédent. Au cours du deuxième trimestre 2018, le PIB avait progressé de 0,4 % dans la zone euro et de 0,5% dans l’UE28 souligne Eurostat. [Mike Dotta/Shutterstock]

La zone euro a enregistré sa plus faible croissance depuis plus de deux ans selon le dernier indice Markit. Les mauvaises performances de l’économie italienne expliquent, en partie, ce net ralentissement, selon notre partenaire, La Tribune.

Les mauvais signaux se multiplient sur la zone euro. Selon le dernier communiqué de presse de Markit publié mardi 6 novembre, la zone monétaire a enregistré sa plus faible croissance depuis plus de deux ans au mois d’octobre. L’indice composite qui mesure l’activité globale est passé de 54,1 en septembre à 53,1, son plus bas niveau depuis septembre 2016. Pour Chris Williamson, chef économiste chez Markit, « les données PMI d’octobre mettent en évidence un début de quatrième trimestre décevant pour le secteur privé de la zone euro […] La confiance des entreprises chutant à son plus bas niveau depuis la fin de l’année 2014 ».

Ces derniers résultats corroborent ainsi ceux de la Commission européenne publiés récemment. Eurostat indiquait, dans son dernier communiqué publié le 30 octobre, que le produit intérieur brut avait connu un net ralentissement au cours du troisième trimestre à 0,2 % contre 0,4 % lors des deux premiers trimestres.

Pour les pays de la zone euro, les perspectives économiques s’assombrissent à quelques mois des élections européennes. L’incapacité de l’union à réduire les déséquilibres macroéconomiques entre les pays pourrait encore menacer l’avenir politique et économique du Vieux Continent déjà affaibli par la montée des populismes et des divisions toujours plus visibles. Lors de la réunion de l’Eurogroupe qui s’est tenue à Bruxelles le 5 novembre, les ministres des finances de la zone euro ont demandé à l’Italie de modifier son projet de budget en 2019 alors que Rome a campé sur ses positions.

L’industrie en difficulté

Après l’embellie de 2017, l’activité tourne au ralenti dans tous les secteurs. Le coup de frein est particulièrement visible dans l’industrie manufacturière. Selon les enquêtes menées par le cabinet, le secteur manufacturier affiche ses plus faibles performances depuis près de quatre ans. Et ces difficultés pourraient s’amplifier durant le dernier trimestre 2018.

« Au vu des dernières données de l’enquête, le secteur manufacturier pourrait glisser en zone de contraction d’ici la fin de l’année, à moins d’un regain de croissance au cours des prochains mois. La tendance est toutefois fermement orientée à la baisse pour la fin du trimestre, le volume du travail en cours diminuant pour le deuxième mois consécutif et les perspectives d’activité se repliant à un plus bas de près de six ans », expliquait Chris Williamson le 2 novembre.

Du côté des services, les chiffres ne sont guère rassurants. Les résultats dévoilés dans le communiqué signalent que l’indice composite, qui mesure l’activité des services, est en repli par rapport à son niveau de septembre (53,7 contre 54,7 au mois dernier). En France, le secteur des services connaît une situation plus favorable. Markit souligne que cette tendance est fréquemment attribuée à la solidité de la demande. En revanche, les entrepreneurs du secteur semblent moins confiants sur leurs perspectives d’activité.

La BCE abaisse (un peu) les prévisions de croissance de la zone euro

La BCE table désormais sur 2% de croissance du PIB cette année et 1,8% l’an prochain. Elle prévoit toujours un taux d’inflation annuel de 1,7% d’ici à 2020. Sa politique monétaire accommodante va être graduellement arrêtée, explique La Tribune.

L’économie italienne marque le pas

Les tensions sur l’économie italienne se multiplient ces derniers mois. La péninsule traverse une situation politique particulièrement instable. Depuis leur arrivée à la tête du pouvoir, Luigi Di Maio et Matteo Salvini n’ont cessé de faire des déclarations provocantes à l’égard des règles budgétaires européennes.

L’annonce d’un dérapage budgétaire « a attisé la nervosité des marchés financiers et déclenché une nouvelle hausse des taux obligataires », rappelait récemment l’Observatoire des conjonctures économiques (OFCE).

En annonçant des mesures de relance et des baisses d’impôt importantes dans leur programme économique, la coalition eurosceptique a réveillé les craintes chez les investisseurs. Ainsi, les économistes chez Markit notent que « l’économie italienne enregistre un affaiblissement particulièrement marqué, se repliant en zone de contraction en octobre ». Parmi les autres baisses marquantes figure celle de l’Allemagne qui affiche sa plus faible expansion depuis cinq mois.

Hausse des prix de l’énergie

Pour expliquer ce coup de mou de l’économie européenne, les experts de Markit avancent plusieurs facteurs. Les coûts pour les entreprises ont augmenté en raison notamment d’une hausse des prix de l’énergie. La montée des prix du pétrole accentue encore la pression notamment sur les coûts de production particulièrement sensibles à la volatilité des prix de l’énergie. L’autre facteur formulé est un renchérissement du coût du travail, en particulier en Allemagne.

Pour faire face à cet accroissement, les entreprises ont relevé leurs tarifs au cours du mois. « Si le taux d’inflation global est élevé au regard des critères historiques de l’enquête, l’ampleur de ces hausses varie d’un pays à l’autre : tandis que les prix facturés augmentent fortement en Allemagne, l’inflation n’est que modérée en France et en Espagne, et quasi-nulle en Italie », souligne Markit.

Repli de la confiance

Les tensions géopolitiques et commerciales affectent la confiance des investisseurs et des entrepreneurs. La multiplication des barrières tarifaires à l’échelle de la planète, en particulier entre la Chine et les États-Unis, et la remise en question du multilatéralisme au niveau des relations internationales bousculent l’ordre économique mondial.

« Le ralentissement économique qui accompagne la baisse des exportations, elle-même liée à la montée des tensions commerciales et à l’imposition de tarifs douaniers, s’est intensifié sous l’effet des incertitudes politiques grandissantes, de l’aversion croissante au risque et d’un durcissement des conditions financières », souligne Markit.

«La croissance du PIB ne change rien au bonheur des Français»

Alors que le débat sur le projet de loi de finances pour 2019 démarre, la discussion se focalise autour de la croissance. Le gouvernement a de nouveau omis de publier dans les temps son évaluation des nouveaux indicateurs de richesse.

Une croissance au ralenti à prévoir

Les dernières perspectives de la Banque centrale européenne n’annoncent pas d’éclaircies à l’horizon 2020. L’institution prévoit en effet un ralentissement du PIB en volume passant de 2% en 2018, à 1,8% en 2019 et 1,7 % en 2020. Cette décélération s’expliquerait en grande partie « par une atténuation progressive de l’effet de relance procuré par le commerce international et par l’aggravation des pénuries de main-d’œuvre. »

Selon les dernières prévisions de l’Organisation mondiale du commerce, « le commerce continuera à croître, mais à un rythme plus modéré que ce qui était prévu antérieurement. L’OMC table sur une croissance de 3,9 % du volume du commerce des marchandises en 2018, qui ralentira à 3,7 % en 2019. »

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe