La droite allemande torpille l’idée d’un fond monétaire européen

Ralph Brinhkaus Photo DPA

Prompte à soutenir l’intervention de la France en Syrie, la droite allemande tente en revanche de torpiller le projet de Fond monétaire européen, censé remplacer à terme le Mécanisme européen de stabilité.

Dans une missive envoyée le 13 avril à son groupe, et publiée par le député européen vert Sven Giegold, le vice-président de la droite allemande au Bundestag, Ralph Brinkhaus, appelle à voter une proposition qui risque de torpiller l’idée même d’un Fond monétaire européen. Un vote qui se tiendrait de plus  le 17 avril, jour de l’intervention du président Emmanuel Macron au Parlement européen.

La Commission européenne doit de son côté présenter, à la fin du mois, sa propre proposition de réforme du mécanisme de stabilité.

« Fin de la lune de miel France-Allemagne », résume sur Twitter Henrik Enderlein, directeur de l’Institut Jacques Delors à Berlin.

Coup de frais sur la relation entre Paris et Berlin

Ni Berlin ni Paris ne sont prêts à reconnaître officiellement le rafraîchissement de leur relation. Mais l’absence totale de concession du nouveau gouvernement allemand crispe clairement côté français.

Suggéré par la Commission européenne, l’idée de ce fonds est une prolongation, plus ambitieuse, du mécanisme européen de stabilité. Il consiste à mettre en place une nouvelle institution européenne, abondée par les Etats, qui puisse agir rapidement en cas de crise, y compris en achetant des dettes d’Etat. Ce qui suppose une capacité budgétaire et fiscale, mais aussi un changement de traité pour officialiser la création de ce fonds.

Or, la proposition allemande propose au contraire que le fonds soit une structure intergouvernementale, et non pas institutionnalisée, ce qui éjecterait de facto la Commission comme le Parlement européen de leur rôle de contrôle.

« Ce mode de décision manque de légitimité et n’est donc pas adapté », assure Udo Bullmann, président du groupe des socialistes et démocrates européens au Parlement européen, tout en rappelant que la réforme de la zone euro est un priorité clé dans l’accord de coalition du gouvernement allemand.

La CDU/CDU rejette aussi l’idée une capacité budgétaire et fiscale autonome.

« Les propositions Brinkhaus contredisent cet esprit, et en comparaison elles font paraître comme progressif le dogmatisme de l’époque Schäuble » s’étonne l’homme politique allemand.

Pour Pervenche Berès, eurodéputée socialiste et coordinatrice S&D de la commission affaires économiques, ce projet de résolution est un affront pour la France, puisqu’il semble remettre en cause toute idée de réforme de la zone euro. « On a l’impression d’une CDU provincialisée, dont l’agenda est déterminé par l’AfD ! L’ambiance n’est vraiment pas très bonne : on voit que toutes les questions de solidarité sont en train de sortir de la liste des priorités », regrette Pervenche Berès.

« Le dialogue est constant sur ces sujets » assure-t-on côté français, où l’on reconnait toutefois que « la discussion  n’est pas facile » entre la France et l’Allemagne sur la réforme de la zone euro. Face aux interrogations sur l’état des relations, l’Elysée préfère mettre en avant les répétitions des réunions de travail entre les chefs d’Etat. Emmanuel Macron se rend ainsi le 19 avril à Berlin pour « une longue session de travail » avec la chancelière.

L’intervention en Syrie de la France, largement soutenue par la droite allemande, donne paradoxalement des billes au côté français. Comme la Paris le répète de longue date, l’Hexagone ne peut éternellement jouer au gendarme de l’Europe, comme elle l’a déjà fait au Mali ou en Centrafrique, sans soutien financier ou militaire significatif. « Il faut poser les questions clairement : on a besoin d’une capacité budgétaire, et on sait qu’elle sera acceptée dans le cadre d’un paquet global, en mettant d’autres sujets dans la balance, comme la défense » avance Pervenche Berès.

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