La France et l’Estonie renforcent leur coopération dans le numérique

«Pour certaines personnes confrontées à la perte d'emploi, au départ à la retraite ou à d'autres événements de la vie, le numérique peut avoir un effet de rattrapage, d'amortisseur et de reconnexion, permettant de rétablir ou de maintenir des liens. » [Reuters/La Tribune]

Paris et Tallinn ont signé un accord visant à échanger des bonnes pratiques en matière d’e-gouvernement, de lutte contre les cyberattaques et de développement de l’économie numérique. Un article de notre partenaire La Tribune

La France va s’inspirer du modèle estonien. Mounir Mahjoubi, secrétaire d’État chargé du numérique, et Urve Palo, ministre de l’entrepreneuriat et du numérique de l’Estonie, ont signé ce lundi un accord pour renforcer la coopération dans le numérique entre les deux pays. Ce texte, qui consiste en une simple déclaration d’intention, vise à instaurer des échanges réguliers sur les retours d’expériences des deux pays.

Trois thèmes sont au menu : la gouvernance numérique (ou e-gouvernement), l’économie numérique et la cybersécurité. L’accord évoque la possibilité de « partager les solutions techniques existantes », « d’organiser des événements » communs, monter des « projets pilotes » ou encore multiplier les « visites d’experts ». Chaque pays devra nommer un interlocuteur de référence d’ici la fin du mois de mars.

L’Estonie et la France souhaitent également développer des « collaborations » entre les startups des deux pays, alors que la ministre estonienne visitait cet après-midi Station F, le nouvel incubateur géant du milliardaire Xavier Niel à Paris. Enfin, Paris et Tallinn affirment vouloir « se coordonner » sur les sujets européens liés au digital.

L’Estonie était à la tête de la présidence tournante du Conseil de l’Union européenne entre juillet et décembre dernier. Ses dirigeants ont notamment ajouté à l’agenda européen un débat sur la taxation des géants américains du Net (Google, Amazon, Facebook et Apple) et une feuille de route pour le déploiement de la future 5G.

L’OCDE tente un travail de sape sur la taxe numérique de Bruxelles

Un rapport de l’OCDE critique la proposition de taxe numérique que la Commission  dévoilera cette semaine, estimant que celle-ci pourrait fausser l’économie du secteur et faire augmenter les coûts des entreprises.

En Estonie, 99 % des démarches administratives se font en ligne

Interrogée par La Tribune, Urve Palo, la ministre estonienne de l’entrepreneuriat et du numérique estime que « la France et l’Estonie ont beaucoup à apprendre » de ces échanges à venir. Elle évoque notamment ce que son pays peut apporter à l’Hexagone concernant la mise en place d’une vraie « e-administration ».

« En Estonie, à l’exception des mariages, des divorces et des achats immobiliers, toutes les démarches administratives se font en ligne, explique-t-elle. Tout est plus rapide, et on ne perd plus de temps à réunir des papiers, puis à se déplacer. Grâce à cela, nous économisons l’équivalent de 2 % de PIB par an. »

Selon la ministre, la France s’intéresse notamment à la plateforme mise en place par Tallinn qui permet aux institutions, administrations et services publics de stocker et d’échanger des informations entre eux. Cela leur permet de gagner en efficacité, tout en évitant aux particuliers et aux entreprises d’avoir à fournir plusieurs fois un même document pour des besoins différents.

« Tout notre système repose sur la confiance »

En matière de cybersécurité, Urve Palo estime que la France et l’Estonie ont tout intérêt à unir leurs forces. « Tout notre système repose sur la confiance ; c’est fondamental, insiste-t-elle. Si demain les citoyens devaient avoir peur que leurs informations et données personnelles tombent entre de mauvaises mains, ils cesseront d’utiliser les services digitaux. » La ministre sait de quoi elle parle : en 2007, en pleine crise avec Moscou, Tallinn a essuyé des cyberattaques massives qui ont bloqué plusieurs sites et services gouvernementaux.

Un nouveau réseau européen pour le cryptage et la cybersécurité

Les ministres des Affaires européennes souhaitent lancer des recherches sur les méthodes de cryptage. Une série de mesures devrait être décidée en ce sens lundi 20 novembre.

L’Estonie a pris le virage du numérique dès 1991, lors de son indépendance vis-à-vis de la Russie. Dès le début, les dirigeants de ce petit état de 1,3 million d’habitants, aux moyens limités, ont perçu le numérique comme un moyen de se doter de services publics performants.

Aujourd’hui, les Estoniens font la quasi-totalité de leurs démarches administratives en ligne. Ils n’ont plus à se soucier de leurs ordonnances médicales, qui sont directement envoyées en pharmacie après consultations. 95 % de la population déclare ses impôts en ligne — alors que la généralisation du paiement dématérialisé en France doit voir le jour en 2019. Dès 2001, le pays a développé une carte d’identité numérique, aujourd’hui adoptée par 98 % des habitants.

Dernière avancée en date : la création d’un statut de « e-résident » en 2014. Accessible à tous les étrangers, il permet notamment de faciliter l’émergence d’entreprises dans le pays — celles-ci pouvant être entièrement créées en ligne. Autant de pratiques qui ont fait de l’Estonie une référence mondiale en matière d’adoption des outils digitaux.

 

 

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.