La France veut démocratiser l’accès au calcul quantique pour accélérer l’innovation

La plateforme sera installée au Très Grand Centre de Calcul implanté au Commissariat à l'Énergie Atomique (CEA). [Yurchanka Siarhei/Shutterstock]

Le gouvernement a lancé mardi (4 janvier) un nouveau programme consistant à coupler machines quantiques et supercalculateurs. Ces moyens doivent ensuite être mis à disposition des chercheurs et des entreprises afin de s’assurer que la France soit bien au rendez-vous des révolutions technologiques à venir.

Trois ministres étaient réunis pour l’occasion. La ministre des Armées, Florence Parly, la ministre de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal, et le secrétaire d’État au Numérique, Cédric O, ont annoncé la création d’une nouvelle plateforme de calcul quantique.

L’objectif est de rendre accessible cette technologie au plus grand nombre, dont la communauté scientifique et les start-ups françaises et européennes, afin de ne pas passer à côté des avancées majeures que le quantique est destiné à offrir dans les décennies à venir.

La plateforme sera installée au Très Grand Centre de Calcul implanté au Commissariat à l’Énergie Atomique (CEA). « D’ici mi-2022, nous ouvrirons une procédure […] pour l’achat de deux à trois “hardware” [machines] quantiques qui sont intégrés dans la plateforme », a précisé M. O, avant d’ajouter que « deux autres appels d’offres sont prévus au cours des trois prochaines années ».

Cette plateforme bénéficie d’une enveloppe totale de 170 millions d’euros et s’inscrit plus largement dans la stratégie nationale sur le quantique de 1,8 milliard d’euros, inaugurée par Emmanuel Macron le 21 janvier 2021 et qui fait de cette technologie un enjeu majeur de souveraineté, de supériorité et d’indépendance stratégiques de la France.

Si Paris ambitionne de devenir une des premières puissances mondiales dans le domaine, elle ne compte pour autant pas mettre ses voisins européens de côté – sans compter que l’objectif défendu par Bruxelles dans sa boussole numérique pour 2030 est de disposer de son premier ordinateur quantique d’ici à 2025.

En août, la France et les Pays-Bas ont ainsi signé un protocole d’accord visant à intensifier les synergies entre les deux pays et à développer « un écosystème européen […]e qui nous procure emplois, revenus et innovation », selon la secrétaire d’État néerlandaise de l’époque en charge des Affaires économiques et des Politiques climatiques, Mona Keijzer.

« Les Pays-Bas et la France sont en pointe depuis des années dans le domaine, et pour conserver cette longueur d’avance à l’échelle internationale, il est nécessaire de coopérer au niveau européen », déclarait-elle alors.

La France et les Pays-Bas s'associent dans la course aux technologies quantiques

La France et les Pays-Bas ont signé mardi 31 août un protocole d’accord visant à intensifier les synergies pour la recherche et le développement des technologies quantiques, réaffirmant leur place dans la course à la construction de superordinateurs.

Plus récemment, l’entreprise technologique finlandaise IQM, spécialisée dans le développement d’ordinateurs quantiques, a annoncé l’ouverture de son quatrième bureau européen en Île-de-France pour renforcer ses interactions avec l’écosystème français.

L’armée française très intéressée

La présence de la ministre des Armées lors du lancement n’est pas anecdotique et traduit la volonté française d’exploiter les atouts de la technologie quantique sur le plan militaire.

« Le calcul quantique est essentiel pour les combats de demain, essentiel pour traiter des milliards de données à des fins de renseignement, pour optimiser les trajectoires de véhicules en tenant compte de leurs dynamiques individuelles, pour concevoir une antenne », a détaillé Mme Parly.

Les capteurs quantiques, notamment, pourraient révolutionner la stratégie militaire en raison du niveau de précision de mesures du temps, de la gravité ou du champ magnétique, permettant d’améliorer la détection des armements et de la navigation.

Si la technologie quantique promet des révolutions majeures dans des secteurs variés, que ce soit dans le civil ou le militaire, de la santé à la lutte contre le réchauffement climatique, elle devrait aussi rapporter beaucoup d’argent.

Dans un rapport publié par le Boston Consulting Group en juillet, le cabinet de conseil estime que le calcul quantique pourrait générer entre 450 et 850 milliards de dollars dans les 15 à 30 prochaines années.

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