Philippe Lamberts, co-président du groupe parlementaire européen des Verts/ALE, a réfuté les récentes mises en garde du gouverneur de la Banque nationale de Belgique, qui a déclaré que la transition écologique appauvrira l’Europe. Pour l’homme politique écologiste, tous ceux qui ne considèrent pas la transition comme une question de survie devraient céder leur place à des « personnes plus sérieuses ».
Mardi (13 février), lors de la plénière du Parlement européen, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Pierre Wunsch, a déclaré que les décideurs politiques de l’UE devaient être « plus honnêtes » sur le fait que la transition climatique est « un choc d’offre négative qui réduira le potentiel de croissance [de l’Europe] ».
S’adressant à Euractiv mardi (13 février), M. Lamberts a contesté ces remarques. « Si nous commençons à dire que nous ne pouvons pas nous permettre d’investir pour [notre propre] survie, alors je pense que nous devons avoir une discussion avec des personnes plus sérieuses », a-t-il affirmé.
« [Le fait que] l’Europe doive s’engager pleinement dans la transition écologique ne peut être remis en question à mes yeux. C’est une question de survie environnementale et économique. »
L’eurodéputé écologiste réfute l’idée de M. Wunsch selon laquelle la transition énergétique ne rendrait pas les Européens « collectivement plus riches », déclarant que l’incapacité de l’Europe à faire face au changement climatique relèverait du « suicide collectif ».
Jean-Marc Nollet, co-président du parti écologiste belge Ecolo, a fait écho aux avertissements de M. Lambert.
« C’est l’absence de transition [écologique] qui appauvrira l’Europe et ses citoyens », a expliqué M. Nollet à Euractiv. « Une société qui n’investit pas dans la transition est une société qui condamne ses entreprises. À l’inverse, investir, c’est être pionnier, relocaliser et capter les emplois de demain. »
Le prix de l’inaction
Jean-Marc Nollet a ajouté que Pierre Wunsch « devrait savoir ce que les scientifiques nous disent », c’est-à-dire que « le coût de l’inaction est cinq fois plus élevé que le coût de l’action ».
Antoine Oger, directeur de recherche à l’Institut pour une politique européenne de l’environnement (IPPE), a déclaré que des prévisions encore plus alarmantes devraient découler d’un rapport de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE) montrant que les coûts cumulés de l’inaction pourraient s’avérer beaucoup plus importants, jusqu’à « cent fois plus élevés que le coût de mesures d’atténuation ».
« Il est désormais clairement moins coûteux de sauver la planète que de la détruire. »
Tim McPhie, porte-parole de la Commission européenne pour l’action climatique et l’énergie, a refusé de réagir spécifiquement aux remarques de M. Wunsch, mais a également averti que le prix de l’inaction était « très important à garder à l’esprit », a-t-il déclaré à Euractiv.
Il a fait référence à un communiqué de la Commission publié la semaine dernière dans lequel l’exécutif estime que le coût de l’incapacité à promouvoir la transition écologique pourrait faire chuter le PIB de l’UE de 7 % d’ici la fin du siècle.
Déclin industriel
Cependant, les remarques de M. Wunsch ont fait ressurgir des inquiétudes largement répandues quant aux effets de la transition sur différents secteurs.
En ce qui concerne l’industrie, il a suggéré que les prix élevés de l’énergie pourraient avoir rendu les entreprises industrielles européennes définitivement non compétitives par rapport à celles de la Chine et de l’Amérique.
« Avant la guerre en Ukraine, le prix du gaz naturel européen était d’environ 20 euros [par MWh]. La nouvelle moyenne se situe entre 30 et 50 euros [par MWh], et si vous ajoutez à cela le captage du carbone ou le coût de l’hydrogène bleu, vous devez encore ajouter 20 à 30 euros [par MWh]. »
À titre de comparaison, le gaz naturel américain coûte 10 euros par MWh, ce qui rendrait l’énergie européenne « environ cinq à huit fois plus chère qu’aux États-Unis ». La question se pose donc de savoir s’il y a un avenir dans l’UE pour les entreprises à forte consommation d’énergie.
Selon les données d’Eurostat, l’office statistique officiel de l’UE, la production industrielle européenne a baissé pour le troisième mois consécutif en novembre de l’année dernière, dernier mois pour lequel il existe des données officielles. La production industrielle totale a également diminué de 5,8 % par rapport au même mois en 2022.
Philipp Lausberg, analyste au Centre de politique européenne, a récemment fait remarquer qu’il n’y avait pas de « solution rapide » pour protéger l’industrie européenne contre des prix de l’énergie trop élevés, à moins que les États membres ne soient prêts à « subventionner massivement » les coûts de l’énergie des entreprises.
Cependant, M. Lausberg, ainsi qu’une série d’autres experts, a également récemment confié à Euractiv que les nouvelles règles budgétaires convenues entre le Parlement et le Conseil au cours du week-end pourraient empêcher l’UE de réaliser les investissements publics nécessaires pour renverser la tendance au marasme industriel observé dans l’Union.
M. Lamberts a également critiqué les nouvelles règles fiscales. Dans un message posté sur X samedi (10 février), M. Lamberts a dénoncé les réformes en les qualifiant de « suicide économique », ajoutant qu’elles limiteraient à la fois la capacité de l’Union à protéger son industrie et à investir dans la transition écologique.
« Le résultat net est que nous nous coupons les bras et les jambes dans un 21e siècle plein de défis pour l’Union européenne », a-t-il conclu.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]




