La polémique sur les coûts du travail en Europe déferle sur la campagne électorale française

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Une étude d'Eurostat a révélé d'énormes différences en matière de coûts du travail entre les 27 Etats membres de l'UE. Cette étude, publiée hier (24 avril), a apporté de l'eau au moulin de la campagne électorale française, alors que les deux candidats avancent leurs arguments pour ou contre une TVA sociale qui viserait à protéger les producteurs français contre le dumping social.
 

En 2011, les coûts horaires de la main-d'œuvre étaient compris entre 3,5 euros en Bulgarie et 39,3 euros en Belgique, le niveau le plus élevé en Europe, juste devant la Suède (39,1 euros), a révélé une étude d'Eurostat.

Le coût horaire moyen de la main-d'œuvre au sein de la zone euro est de 27,6 euros, bien au-dessus de la moyenne de l'UE des Vingt-Sept (23,1 euros).

Les pays de l'Union où les coûts de la main-d'œuvre sont moins élevés sont la Roumanie (4,2 euros), la Lituanie (5,9 euros), la Pologne (7,1 euros), la Hongrie (7,6 euros), l'Estonie (8,1 euros), la Slovaquie (8,4 euros) et la République tchèque (10,5 euros).

En Allemagne, le coût horaire de la main-d'œuvre est de 30,1 euros, bien en deçà des 34,2 euros de la France.

Cette différence a alimenté les tensions entre les deux plus grandes économies d'Europe qui dominent la zone euro. Les coûts du travail en Allemagne ont crû à un rythme plus lent que dans n'importe quel autre pays de l'UE l'an dernier, tandis qu'en France, ces coûts ont grimpé deux fois plus rapidement.

Le protectionnisme comme cheval de bataille

Les résultats de cette étude sont proches de données similaires collectées depuis 2008. Toutefois, en ces temps de crise dans la zone euro, ces nouvelles données pourraient pousser les décideurs politiques à miser sur le protectionnisme comme cheval de bataille.

Le président français, Nicolas Sarkozy, en pleine campagne électorale en amont du scrutin du 6 mai, propose d'introduire une « TVA sociale » pour taxer le dumping social. Le mois dernier, à l'initiative du parti UMP de centre-droit de M. Sarkozy, le parlement a adopté une mesure « anti-délocalisation » visant à taxer la consommation plutôt que le travail.

Les socialistes, qui ont la majorité au Sénat, l'avaient rejetée, mais elle a finalement été approuvée par l'Assemblée nationale.

Cette mesure vise à reporter certains des coûts de protection sociale sur le consommateur, afin de réduire les charges patronales et donc rendre les produits français plus compétitifs à l'exportation.

Le candidat socialiste, François Hollande, a quant à lui promis d'abandonner cette loi sur la TVA sociale s'il est élu. Selon lui, pour renforcer la compétitivité française, mieux vaut miser sur la qualité et l'innovation plutôt que sur les prix.

Ni l'UE, ni les règles du commerce international n'interdisent l'introduction d'une TVA sociale. Deux autres pays européens ont déjà introduit ce type de taxes : le Danemark à la fin des années 1980 et l'Allemagne en 2007.

Cette TVA ne devrait pas améliorer la compétitivité de la France de manière significative face à des pays émergents comme la Chine et l'Inde, car les écarts de coûts de la main-d'œuvre sont bien trop importants.

Eric Heyer, un économiste de l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), a déclaré que cette TVA sociale permettrait d'accroître la compétitivité de la France vis-à-vis des pays où les coûts de la main-d'œuvre sont comparables, notamment les autres Etats membres de l'UE.

« Les effets d'une telle mesure sont proches de ceux d'une dévaluation compétitive de la monnaie qui n'est plus possible avec l'euro. Elle fait baisser le coût du travail et crée de l'inflation », a précisé M. Heyer.

 

Le second tour des élections présidentielles françaises aura lieu le 6 mai prochain. Les sondages annoncent François Hollande gagnant.

 

Cette élection pourrait entraîner de grands changements au sein de l'Union européenne. Si la France passe à gauche, le quasi-monopole du Parti populaire européen de centre-droit en Europe sera brisé.

 

Si le président sortant, Nicolas Sarkozy, décroche un second mandat, l'Europe pourrait avancer rapidement vers une Union à deux vitesses et une révision de Schengen qui pourrait entraîner l'exclusion de la Grèce et bloquer les futurs élargissements.

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