La politique allemande risque de faire trébucher la réforme de la zone euro

Le Bundestag, en bord de Spree à Berlin

France et Allemagne se retrouvent le 19 juin à Berlin pour un sommet préparatoire au Conseil européen de la fin du mois. Les deux pays conservent des positions divergentes sur l’économie.

Le sommet de tous les espoirs pour les europhiles a du plomb dans l’aile. Les 28 et 29 juin prochain, les pays européens devaient enfin s’entendre pour une feuille de route ambitieuse sur la réforme de la zone euro, mais aussi la défense et les migrations, les trois sujets cruciaux du moment. Angela Merkel et Emmanuel Macron se retrouvent certes toujours le 19 juin pour le préparer. Mais l’heure n’est plus aux grands espoirs.

Une crise politique inédite en Allemagne semble remettre en cause toute réforme ambitieuse pour l’heure. « C’est la fin de la méthode Merkel, qui fait tout trop peu, trop tard, dans la crainte des prochaines élections. Cette fois ça ne fonctionne plus » assure une députée allemande.

Le 14 octobre prochain, des élections auront lieu en Bavière, siège du parti CSU, allié historique de la CDU. Et pour s’assurer la victoire, les membres du CSU ne cessent de tenter des coups de force notamment sur le sujet migratoire, quitte à menacer de quitter le groupe parlementaire ce qui ferait de facto éclater le gouvernement en place.

« Des frondeurs » qui risquent d’entrainer une réponse minimaliste de Berlin

La marge de manœuvre d’Angela Merkel est donc extrêmement réduite. Et à l’heure où la France tend la main pour construire un budget de la zone euro, un sujet qui constituait fin mai encore une ligne rouge pour le ministre des Finances, Bruno Le Maire, la réponse allemande risque d’être minimaliste.

La vision « trop politique » du semestre européen, ce processus de contrôle des budgets nationaux géré par la Commission, n’a pas plu à Berlin. Depuis 2014, la commission Juncker et le commissaire français Pierre Moscovici ont de fait adopté une ligne moins dure que la Commission précédente envers les pays les plus dépensiers, dans un souci de conserver l’adhésion des Européens au projet. Mais pour Berlin, leur analyse « manque d’objectivité » assure un conseil de la chancelière, qui envisage de confier ce rôle de contrôle au Mécanisme de Stabilité européen, en échange d’un renforcement de ses moyens.

Une réponse a minima face à l’ambition française de s’attaquer aux déséquilibres macroéconomiques de la zone euro, en favorisant les transferts d’investissements vers les pays qui en manquent le plus, notamment dans le Sud.

« Le mécanisme européen de stabilité n’a plus de fonction aujourd’hui puisqu’il ne reste qu’un seul pays, la Grèce, en difficulté, donc c’est logique de lui confier une nouvelle mission », assure-t-on à Berlin, où Klaus Regling, le directeur général allemand de l’ESM, rassure plus que l’exécutif européen.

Budget propre ou fin de la zone euro : l'ultimatum de la France à l'Allemagne

La zone euro ne survivra pas à l’absence de réforme assure le ministre de l’Economie français, faisant monter la pression sur l’Allemagne à quelques semaines d’un Conseil européen crucial.

Autre décalage, l’Allemagne semble prête à accélérer la cadence pour boucler la réforme du cadre financier pluriannuel, le budget européen 2021-2027, d’ici la fin de l’année. Et ce quitte à ajouter des fonds : la Commission propose d’investir 1,1% du PIB de chaque pays, ce qui supposerait d’augmenter les contributions des contributeurs nets, comme la France et l’Allemagne. Côté français, le gouvernement ne voit aucune urgence à accélérer le tempo, notamment en raison d’un désaccord sur la politique agricole commune.

Faute de budget de la zone euro, le ministre allemand des Finances, Olaf Schulz, a évoqué récemment l’idée d’une assurance-chômage européenne. Au niveau macroéconomique, une telle hypothèse présente un attrait comparable à celui d’un budget commun, en autorisant un minimum de redistribution et en atténuant ainsi les chocs asymétriques. Mais les chances d’aboutir d’une telle proposition sont nulles pour cause de timing : difficile de boucler un tel projet en un mois. En revanche, le même ministre SPD a torpillé l’idée de la taxe numérique chère à la France, qui permettrait de récupérer une partie de l’impôt que l’Europe n’arrive pas à lever sur les GAFA.

Sur les enjeux économiques, l’heure reste donc à la divergence. Les Européens attendent toutefois principalement l’UE sur les enjeux de sécurité et de migration.

« La vraie urgence, c’est d’arriver à faire une Europe qui protège, et ça concerne la sécurité et la défense, pas les questions économiques », nuance Joachim Bitterlich, diplomate et ancien conseiller de Helmut Kohl, qui souligne que le pas en avant sur la défense commune qui devrait être présenté fin juin par « représente un pas énorme pour l’Allemagne ».

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