La politique de cohésion doit être repensée « pour assurer la survie de l’UE », selon un rapport

Selon l’étude, 60 millions de citoyens européens vivent actuellement dans des régions où le PIB par habitant est inférieur à ce qu’il était en 2000, tandis que 75 autres millions résident dans des endroits où la croissance annuelle du PIB par habitant n’a été que légèrement supérieure à 0 % depuis le début du siècle. [EPA-EFE/HANNIBAL HANSCHKE]

La politique de cohésion de l’UE doit être repensée de toute urgence afin d’endiguer la montée des partis eurosceptiques qui menacent la « survie » du projet européen, selon une étude indépendante commandée par la Commission européenne.

Le rapport publié mardi (20 février), qui porte sur les milliards d’euros investis par l’Union européenne dans le but de réduire les inégalités régionales, appelle à une approche de la politique de cohésion davantage « axée sur la performance » et à une simplification de la bureaucratie.

« Nous devons agir, et nous devons agir maintenant », a déclaré Andrés Rodríguez-Pose, professeur à la London School of Economics (LSE) et président du groupe de spécialistes derrière l’étude, avant d’ajouter : « Ce qui est en jeu, c’est quelque chose qui n’a pas été en jeu depuis très longtemps, à savoir la survie de l’Union européenne elle-même ».

Selon l’étude, 60 millions de citoyens européens vivent actuellement dans des régions où le PIB par habitant est inférieur à ce qu’il était en 2000, tandis que 75 autres millions résident dans des endroits où la croissance annuelle du PIB par habitant n’a été que légèrement supérieure à 0 % depuis le début du siècle.

L’étude montre que ces « pièges de développement » se situent principalement dans les zones rurales ou désindustrialisées, là même où le sentiment anti-européen est « particulièrement prononcé ».

« Reconnaître et réduire les inégalités économiques et relever les défis développementaux, sociaux et politiques auxquels sont confrontées les différentes régions est essentiel pour contrer la montée de l’euroscepticisme et redonner foi dans le projet européen », note le rapport.

Élargissement de l’Union européenne : oui, mais à quel prix ?

Les États membres les plus riches de l’Union européenne craignent qu’un élargissement à des pays comme la Moldavie ou l’Ukraine n’entraîne une réduction des fonds de cohésion. La Commission européenne, elle, ne veut pas parler argent.

Renforcer l’intégration

Parmi les principales recommandations du rapport figurent l’amélioration de la « qualité institutionnelle » des régions les moins développées, une politique de cohésion davantage « axée sur la performance », un appui technique accru et une réduction de la charge bureaucratique pour les candidats au Fonds de cohésion.

Le rapport appelle également à une intégration plus étroite de la politique de cohésion avec d’autres initiatives européennes, notamment la Politique agricole commune (PAC), afin de « garantir que toutes les politiques atteignent leurs objectifs ».

Philipp Lausberg, analyste pour le groupe de réflexion European Policy Centre, reconnaît que la politique de cohésion pourrait être utilisée comme un instrument « stratégique » pour contrer la montée de l’euroscepticisme.

« La politique de cohésion peut être un outil lorsqu’il s’agit de zones défavorisées ou désindustrialisées en Europe [pour] s’assurer que les citoyens ne soient pas laissés pour compte et qu’ils ne cherchent pas des réponses faciles auprès des partis populistes d’extrême droite », a-t-il déclaré.

M. Lausberg a également salué la proposition d’intégrer plus étroitement la politique de cohésion avec d’autres initiatives de l’UE, mais a souligné la nécessité d’un cadre d’investissement européen « global » pour réaliser les principales ambitions stratégiques de l’Union, y compris les transitions numérique et écologique.

Depuis le lancement de la politique de cohésion de l’UE en 1989, 1040 milliards d’euros de fonds de cohésion ont été investis. Ce montant comprend 392 milliards d’euros du cadre financier pluriannuel (CFP) de l’Union pour la période 2021-2027, soit environ un tiers du budget actuel de l’UE.

Le fonds de cohésion accentue les inégalités au sein des régions de l’UE, selon une étude

Selon une étude récente, la politique de cohésion de l’UE profite davantage aux ménages riches et hautement qualifiés qu’aux ménages à faible revenu et exacerbe les inégalités intrarégionales.

[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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