La précarité des salariés français et belges s’accentue

Il aura fallut 27 mois de négociation pour que l'UE arrive à un accord sur le sujet sensible des travailleurs détachés. [Pressmaker/Shutterstock]

La multiplication des contrats à durée déterminée et le recours au travail indépendant ont rendu vulnérables les travailleurs français et belges, révèle une étude du CEET. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Les transformations récentes de l’économie, la récession de 2008 et le chômage de masse ont entraîné une vulnérabilité accrue des travailleurs sur le marché du travail.

Si l’exposition des actifs aux conditions de travail dégradées est restée stable entre 1995 et 2015 dans 15 pays de l’Union européenne, cette moyenne masque des évolutions contrastées selon les pays selon une récente enquête du centre d’études de l’emploi et du travail (CEET).

Par ailleurs, cette précarité au travail est loin d’être un phénomène limité. Selon une récente enquête de la Commission européenne, un salarié sur six dans l’Union européenne est un travailleur à bas salaire. Cette situation concerne particulièrement les femmes et les plus jeunes.

La France mal placée

Pour appréhender la vulnérabilité des actifs, les chercheurs se sont appuyés sur cinq dimensions* « relatives à l’environnement physique du travail, à son organisation ou à son contenu » pour construire un indicateur synthétique. Et à partir de cet outil, les experts ont formé plusieurs groupes de pays. Ils observent que sur l’ensemble des pays retenus, seulement trois pays ont connu une amélioration. Il s’agit de l’Irlande, du Royaume-Uni et de l’Autriche.

À l’opposé, l’Allemagne, le Danemark et l’Italie ont connu une détérioration qui culmine en 2005. Du côté de la France comme aux Pays-Bas, peu de changement ont été observés entre 1995 et 2015. « Par contre en 2010, on constate des évolutions opposées et de même ampleur dans ces deux pays, défavorable pour la France, favorable pour les Pays-Bas, qui sont résorbées en 2015 ».

* Les cinq dimensions prises en compte dans l’étude « sont les pénibilités physiques, la perception d’être victime de discriminations, le fait d’être assujetti à des horaires atypiques et celui d’être soumis à une intensité du travail élevée. À celles-ci s’ajoute le constat d’une faible complexité du travail impliquant peu d’autonomie et une mobilisation réduite des compétences qui limitent les possibilités d’ajustement aux contraintes ainsi que les perspectives d’évolution dans le travail ».

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Les femmes sont plus confrontées à la vulnérabilité

Afin de déterminer le profil des travailleurs vulnérables, les chercheurs ont pris en compte le sexe et l’âge. Et d’après les résultats obtenus, les femmes sont plus vulnérables que les hommes en moyenne dans l’UE à 15 pays. Mais là encore, il existe des disparités entre les pays. « La vulnérabilité des hommes est ainsi plus importante en Grèce, en Espagne, en France, en Belgique & Luxembourg, en Irlande et au Royaume-Uni ».

Des différences apparaissent également en fonction de l’âge. L’enquête indique que la vulnérabilité s’est renforcée à partir de 2000 pour les personnes âgées de plus de 55 ans. Les plus jeunes (moins de 25 ans) sont également très exposés aux conditions de travail dégradées entraînant une vulnérabilité plus prononcée face à ces risques. Par ailleurs, une récente enquête du ministère du Travail rappelait que cette tranche d’âge était particulièrement touchée par le chômage malgré une conjoncture économique plus favorable. À l’opposé, la catégorie des 25-35 ans apparaît comme les moins vulnérables.

La taille de l’entreprise compte

Sans surprise, l’enquête signale que les actifs ayant un contrat de travail permanent sont moins vulnérables que les personnes ayant signé un contrat à durée déterminée. La multiplication des embauches en CDD très courts et la forte hausse du recours à l’intérim ont ainsi contribué à favoriser la précarité sur le marché du travail comme le soulignent les dernières données du baromètre Prism’Emploi.

La taille de l’entreprise peut également être un facteur déterminant.

« Ainsi, les petites entreprises (1 employé et 2 à 9 employés) sont plus représentées dans le groupe vulnérable (13 % et 33 % respectivement) que dans le groupe non vulnérable (7 % et 24 % respectivement). À l’inverse, les moyennes et grandes entreprises sont davantage présentes dans le groupe non vulnérable. Cela indique une évolution incertaine des conditions de travail dans les petites entreprises, avec une probabilité plus élevée pour leurs salariés de faire face à une exposition accrue aux risques du travail. »

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