La solidarité entre femmes, outil de lutte contre la précarité en Europe

Panel "Femmes, précarité, solidarité" [crédit photo : François Silvestre De Sacy]

De nombreuses femmes en Europe vivent encore dans des situations de précarité. Pour y faire face, la solidarité entre femmes est un outil indispensable, selon les participants à la conférence « Elles font bouger l’Europe ».

L’exploitation de femmes par des femmes est une des raisons qui alimentent leur précarité. Une situation dont il est pourtant possible de sortir, ont constaté les participantes au panel « Femmes, précarité, solidarité ».

La discussion s’est déroulée le 8 juillet lors de la conférence « Elles font bouger l’Europe » organisée par  EuropaNova, Citizens For Europe en partenariat avec Euractiv France. Si l’Europe apparait comme le continent le plus avancé en matière d’égalité hommes-femmes, nombre d’inégalités demeurent pourtant bien présentes au niveau légal, mais aussi dans les mœurs. Ainsi « 36% de la population européenne pense toujours que les enfants souffriront si les femmes travaillent hors de la maison », rappelle Estelle Loiseau, spécialiste de la question à l’OCDE.

« Les femmes sont extrêmement nombreuses dans la catégorie des travailleurs pauvres ou en temps très partiel. Couplé à des situations monoparentales, le reste à vivre est très faible. Résultat, les femmes représentent 70% des travailleurs pauvres », constate Jessica Chamba, vice-présidente du Mouvement européen  France (ME-F) et présidente de Cekoïa Conseil.

Autre difficulté, la précarité psychique. « Je pense qu’il y a une précarité psychique des femmes du fait des codes imposés par les hommes dans la société.  Le nœud du problème est celui de la violence : physique ou psychique, et les micro-traumatismes que nous recevons toutes, tous les jours », détaille Fatma Bouvet de la Maisonneuve, psychiatre et essayiste spécialisée dans les troubles psychiques des femmes.

Face à ces inégalités persistantes sur le continent le plus avancé en matière d’égalité entre les femmes et les hommes, un des leviers d’action les plus efficaces demeure la solidarité entre femmes, notamment dans les situations d’emploi à domicile.

L’emploi à domicile génère des situations de précarité accrue dans un domaine où les femmes sont largement majoritaires. « La réalité d’aujourd’hui, c’est que pour répondre aux besoins d’externalisation du travail domestique, on fait appel à des femmes de classes sociales plus précaires ou issue de l’immigration pour s’occuper de ses enfants ou de ses parents vieillissants », explique Marie Béatrice Levaux, présidente de la Fédération des Particuliers Employeurs de France (FEPEM) et de la Fédération européenne des Emplois de la Famille (EFFE).

« Dans l’emploi à domicile, nous sommes aussi responsables, car des femmes emploient des femmes » rappelle Marie Béatrice Levaux. « Mais en Europe, si 8 millions de travailleurs domestiques sont déclarés, il reste encore 50 à 70% de travailleurs au noir soit environ 8 à 10 millions de travailleurs ne bénéficiant pas de droits sociaux principalement des femmes ».

L’emploi à domicile, 18 millions d'emplois potentiels

Les emplois à domicile représentent aujourd’hui 8 millions d’emploi en Europe. Mais le vide juridique qui entoure ces professions menace l’Europe sociale.

 

Une situation qui place les travailleuses à domicile en situation de précarité. « Est-ce que nous nous préoccupons de la manière dont les enfants des gens qui gardent mes enfants sont gardés ? Cet enjeu-là est crucial, de se battre pour les autres femmes, et de faire entrer des hommes dans ces métiers toujours très – trop – féminins » poursuit Marie Béatrice Levaux.

« Cette notion d’être employeur à domicile est très importante, car souvent nous n’avons pas forcément l’impression d’être employeur, mais en réalité on l’est ! » rappelle Jessica Chamba.

Des solutions de solidarité

La solidarité des femmes pour endiguer les situations de précarité peuvent aussi se manifester dans des projets entrepreneuriaux. « Ledby HER a été créé pour rendre l’entreprenariat accessible à celles qui en sont le plus éloignées. Les projets qui sont menés par des femmes bénévoles témoignent de l’existence de la solidarité », explique Chiara Condi, fondatrice de Led by HER, qui a remporté le  prix d’innovation politique.

L’idée de donner une chance de reconversion aux femmes issues de l’immigration est aussi un terrain d’action qui a fait ses preuves. « La formation et la validation des acquis sert à valoriser les compétences acquises dans les pays d’origine ! » affirme  Elena Thomas, directrice de l’Institut européen pour la reconversion professionnelle des femmes.

Tournant européen ?

« Pendant des siècles, le travail à domicile a été un travail à titre gratuit dans le cadre de la société », rappelle Marie Béatrice Levaux. Les mentalités sont donc longues à changer. « En Europe, il n’y a que deux pays qui ont une convention collective sur le secteur du travail à domicile » poursuit-elle.

La question de la reconnaissance plus large du travail à domicile et des aidants pourrait avancer à la faveur de la nomination d’une femme à la tête de l’exécutif européen.  « Je suis assez optimiste sur le fait que les femmes qui arrivent au pouvoir en Europe seront plus à l’écoute », espère Marie Béatrice Levaux.

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