La tension monte avant le vote pour la répartition des agences européennes

Les pays de l'Est militent pour que Bratislava obtienne l'agence du médicament

27 candidatures pour seulement deux agences : le scrutin à trois tours qui aura lieu le 20 novembre sera tendu. L’Allemagne a demandé un laps de temps d’une heure entre les deux votes.

Les 28 Etats-membres doivent se décider, lundi 20 novembre, sur les deux agences européennes installées à Londres : l’Agence européenne du médicament, et l’Autorité bancaire, qui doivent être rapatriées sur le continent pour cause de Brexit. C’est le Conseil affaires générales, qui doit trancher lors de discussions qui promettent d’être animées.

Scrutin à trois tours pour la relocalisation des agences londoniennes

Les 27 ont décidé des critères à respecter pour le choix de la ville qui accueillera à l’avenir l’Agence européenne des médicaments et l’Autorité bancaire européenne, actuellement situées à Londres.

Selon nos informations, l’Allemagne a réclamé auprès du Conseil de l’UE qui organise la rencontre qu’une heure de battement sépare les deux négociations : l’agence du médicament sera discutée en premier, puis l’autorité bancaire. Comme la France, l’Allemagne est candidate pour les deux agences, et souhaite donc pouvoir reprendre les négociations diplomatiques en fonction du résultat de la première attribution.

Un temps tentée par l’autorité bancaire qui donnerait un signal fort aux institutions financières à la recherche d’un nouveau pays après le Brexit, la France espère surtout récupérer la très courtisée agence du médicament.

L’enjeu de l’agence dédiée aux activités pharmaceutiques est économiquement nettement plus important : les 900 salariés de la prestigieuse agence, qui est une des plus crédibles de l’UE, sont souvent des chercheurs de bon niveau. Et l’activité générée par cette agence est intense : on estime à 3000 les emplois indirects crées.

Pas moins de 19 villes se sont portées candidates pour l’accueillir. Les pays de l’Est font un fort lobbying, arguant de l’absence quasi totale d’agence sur leur territoire. La candidature de Bratislava a donc un certain écho, mais les salariés de l’agence du médicament montrent peu d’enthousiasme à cette idée, d’autant qu’une part de leur rémunération est indexée au niveau de vie du pays dans lequel ils s’installent. La ville de Milan leur plairait visiblement plus, tout comme Barcelone, dont la candidature a néanmoins perdu toute crédibilité après le référendum catalan.

La ville de Lille, qui est candidate, s’est fendu d’un fort lobbying, notamment par le biais de ses chefs d’entreprises, de sa maire, Martine Aubry et a in fine obtenu le soutien du président de la République qui a assuré un peu tard selon les lillois, « mettre tout son poids » dans la négociation.

Pour la Commission européenne, arbitre des élégances de ce jeu de chaise musicale délicat, la France n’est clairement pas prioritaire. Politiquement, il serait pertinent de donner un gage à l’Est. La Commission, qui ne décide pas du résultat final, a pu l’orienter avec son abondante littérature. L’exécutif européen a notamment calculé le nombre d’agences européennes par habitant, en excluant les autres institutions, un calcul un peu étonnant qui présente la Belgique comme peu dotée en matière de fonctionnaires européens.

Eviter d’orienter les banques à Francfort

Selon une source française, le plus important de cette négociation sera surtout d’éviter que l’Allemagne hérite de l’autorité bancaire à Francfort, ce qui inciterait les banques à choisir l’Allemagne plutôt que la France pour leur relocalisation. Avec des conséquences économiques majeures.

L’influence de l’autorité bancaire est relativement modeste, puisque son rôle d’arbitre entre les actifs bancaires zone euro et hors zone euro est clairement en perte de vitesse. Avec le Brexit, 93 % des actifs bancaires seront désormais au sein-même de la zone euro, ce qui réduira significativement le rôle de l’agence, que Paris verrait finalement bien à Dublin.

L’accessibilité est clé dans la relocalisation de l’agence des médicaments

Les pays qui veulent accueillir l’Agence européenne des médicaments devront être facilement accessibles et augmenter l’enveloppe de leur agence nationale, selon Adrian van den Hoven.

Contexte

Tout savoir sur les offres reçues pour accueillir respectivement l'Autorité bancaire européenne (ABE) et l'Agence européenne des médicaments (EMA)