La vie privée, prochaine victime de la pandémie ?

[EPA-EFE/ALEX PLAVEVSKI]

Alors que les gouvernements à travers le monde prennent des mesures drastiques contre l’épidémie de coronavirus, des ONG s’inquiètent des conséquences de cette lutte pour la vie privée — en particulier, la géolocalisation des smartphones. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Surveiller les citoyens à travers leurs smartphones peut aider à contenir la pandémie de coronavirus, mais aussi coûter cher en libertés publiques et respect de la vie privée.

Les ONG s’inquiètent

De la Chine à Israël, des gouvernements contrôlent les déplacements des personnes grâce à des moyens électroniques. En Europe et aux États-Unis, des firmes technologiques ont commencé à partager des données rendues « anonymes » pour mieux surveiller la propagation du virus.

Ces pratiques interrogent les ONG de défense des droits humains. « Les gouvernements exigent de nouveaux pouvoirs de surveillance extraordinaires pour contenir le COVID-19 », constate l’une d’elles, l’Electronic Frontier Foundation, dans un communiqué.

Ces pouvoirs pourraient « envahir notre vie privée, réduire la liberté d’expression et peser lourdement sur les groupes vulnérables », continue-t-elle. « Les autorités doivent prouver que de telles mesures sont efficaces, scientifiques, nécessaires et proportionnées ».

Hong Kong demande aux personnes arrivant de l’étranger de porter des bracelets de suivi, et Singapour dispose d’une équipe de détectives numériques pour surveiller ceux qui sont en quarantaine.

En Israël, le service de sécurité intérieure (Shin Bet) a commencé à utiliser des technologies sophistiquées et des données télécoms pour pister les civils.

La Chine va jusqu’à attribuer des codes couleur aux smartphones (vert, jaune, rouge), qui déterminent où un citoyen peut aller ou pas.

Thierry Breton veut exploiter les données mobiles européennes pour suivre la pandémie

Le commissaire européen au marché intérieur plaide pour que les entreprises de télécommunications de l’UE partagent les données mobiles de leurs utilisateurs pendant la pandémie pour mieux examiner « l’impact des mesures de confinement prises par les États membres ».

Normalisation de la surveillance

Selon l’ONG Freedom House, Pékin en profite aussi pour renforcer la censure, en bloquant certains sites web ou accès à internet.

« Nous observons des choses inquiétantes, montrant que les régimes autoritaires utilisent le coronavirus comme prétexte […] pour restreindre les libertés fondamentales, en allant plus loin que les besoins de santé publique ne l’exigent », a déclaré Michael Abramowitz, le président de cette organisation.

Certains militants font le rapprochement avec les attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis, qui avaient ouvert la porte à une surveillance renforcée au nom de la sécurité nationale.

« Il y a un risque que le recours à ces outils se normalise et continue même quand la pandémie ralentira », note Darrell West, qui dirige le Centre pour l’innovation technologique de la Brookings Institution.

« Le problème de la surveillance en temps d’urgence, c’est que les gens vont s’habituer », abonde Ryan Calo, chercheur à l’université de Washington et affilié au Centre pour internet et la société de Stanford.

Il admet cependant la nécessité de trouver un compromis difficile entre les impératifs sanitaires et la sensation d’être traqué en permanence.

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