L’avenir du déficit français suspendu au second tour

Emmanuel Macron promet de respecter les engagements du pacte budgétaire européen, quand Marine Le Pen mentionne à peine cette question, qui doit pourtant revenir sur la table de Bruxelles dans la foulée du second tour.

Le déficit public français, un des derniers à se situer au-dessus du seuil de 3%, devrait enfin revenir dans les clous du pacte budgétaire en 2017. Une première depuis … 2007.

Mais le satisfecit que Paris devrait enfin obtenir de la part de Bruxelles devrait intervenir juste après le second tour des élections présidentielles, le 8 mai, où Emmanuel Macron et Marine Le Pen se retrouveront face-à-face.

De son côté, la Commission européenne a prévu de faire ses annonces économiques dans la foulée de cette élection attendue. En effet,  Bruxelles présentera ses prévisions économiques de printemps le 11 mai, soit trois jours seulement après le dernier tour de scrutin.

Dans ces prévisions économiques présentées deux fois par an – au printemps et à l’automne – la Commission dresse les perspectives de croissance des pays, de l’évolution de leur déficit public, etc.

En automne, la Commission avait déjà attendu les résultats de l’élection américaine pour présenter ses perspectives d’automne.

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Le 16 mai, le collège des commissaires se penchera sur les recommandations par pays et devrait présenter ses recommandations dans la foulée. Ces prévisions sont basées sur les données économiques enregistrées jusqu’à fin avril, et n’anticipent en rien les futurs choix budgétaires du prochain président français, indique-t-on du côté de la Commission.

Les règles d’un déficit public en dessous des 3 % du PIB, instaurées par le traité de Maastricht en 1992, n’ont pas été respectées depuis longtemps par Paris, qui a enchainé les négociations avec Bruxelles afin d’obtenir davantage de temps. Nicolas Sarkozy a obtenu un délai de deux ans supplémentaires, François Hollande en a fait de même lors de son arrivée à L’Élysée.

Mais la latitude laissée à la France, qui a fait grincer des dents du côté européen, semble arrivée à son terme avec le quinquennat de François Hollande. Dans une interview à Euractiv, le commissaire français aux affaires économiques, Pierre Moscovici, a d’ailleurs mis en garde les candidats sur la  « crédibilité budgétaire de la France », et l’importance de ne pas se dérober « sous prétexte qu’on change de quinquennat ».

>>Lire : Moscovici exhorte les candidats à la présidentielle à « ne pas jouer avec les 3% » de déficit

Selon les estimations de la Commission européenne, le déficit français devrait s’établir à 2,9 % en 2017. La France devrait pouvoir ainsi sortir de la procédure de déficit excessif, et restaurer son image auprès de ses partenaires européens.

Une optique qu’Emmanuel Macron, favori pour le second tour du scrutin, a détaillée dans son  programme économique. Ce dernier table sur 60 milliards d’euros d’économies sur les dépenses courantes de l’État, dont 40 seraient affectés à la réduction du déficit. Une trajectoire qui doit permettre de passer sous la barre des 3 % en  2017 et d’atteindre 1% de déficit en  2022.

Le programme souligne que ces engagements permettront « le rétablissement de la confiance avec nos partenaires européens. […] C’est la condition d’une discussion constructive sur nos priorités pour l’Europe »

Dans le même temps, Emmanuel Macron prévoit 50 milliards d’investissement public sur toute la durée du quinquennat, afin de stimuler les investissements en faveur de la transition écologique et de la formation notamment.

Au-delà de ce plan, certaines mesures prévues par le programme d’Emmanuel Marcon, telles que  l’inclusion dans l’assurance-chômage des indépendants et des démissionnaires ou l’exonération de la taxe d’habitation pour 80% des Français pourrait faire grimper la facture de l’État. Des ambitions qui ont été décrites  par certains analystes, comme ceux de l’institut COE-Rexecode,  comme incompatibles avec la règle des 3%.

Pas de solution, pas de problème

La candidate du Front national rejette elle purement et simplement le pacte budgétaire européen. La question du déficit public n’est simplement pas mentionnée dans son programme. Seul engagement de la candidate, celui de « remettre de l’ordre » dans les finances publiques françaises, en supprimant certaines dépenses : « notamment celles liées à l’immigration et à l’Union européenne ». Problème, le coût net de l’UE pour la France, légèrement inférieur à 5 milliards par an, n’est qu’une goutte d’eau par rapport aux mesures de dépenses de la candidate, qui devraient dépasser les 100 milliards d’euros par an.

Les autres sources d’économie mentionnées par Marine Le Pen sont la lutte contre la fraude sociale et fiscale, un dossier largement illusoire puisque les fonds sont par définition en dehors de la France pour la fraude fiscale ; la fraude sociale représente quant à elle de montants très faibles par rapport au budget de l’Etat. Enfin et surtout, le FN veut autoriser « le financement direct du Trésor par la Banque de France », ce qui suppose sortie de l’euro, dévaluation massive donc hausse du coût de la dette et du déficit extérieur, et perte de pouvoir d’achat pour tout le monde.

>>Lire :Le chaos d’un Frexit jugé pire que la chute de Lehman Brothers

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