Le travail de l'agence de financement scientifique de l'Europe a été marqué par les tensions actuelles avec la Commission et des règles bureaucratiques "stupides", ont affirmé des représentants de l'agence aux eurodéputés.
Helga Nowotny, qui a été nommée présidente du Conseil européen de la recherche (CER) le mois dernier, souhaite que l'organisation naissante devienne une installation autonome et permanente dans le paysage scientifique complexe de l'UE. Elle a affirmé que le travail de l'agence avait été entravé par la bureaucratie bruxelloise.
S'adressant à la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie du Parlement cette semaine (7 avril), elle a affirmé que la structure du CER était défectueuse à la base.
Selon ses propos, cela a conduit à une relation compliquée entre les parties scientifique et administrative de l'agence et a créé des problèmes entre le CER et la Direction Générale recherche de la Commission européenne.
Je dois me montrer très franche et très honnête – le trajet ne s'est pas déroulé aussi bien que nous l'avions espéré. Mais au début, on peut s'attendre à des difficultés initiales, a dit Mme Nowotny.
Elle a décrit la transition du CER en tant qu'agence exécutive de plutôt douloureuse et a blâmé l'esprit bureaucratique de la Commission européenne.
Alors que nous avons besoin de contrôle et de responsabilité, il y a eu un choc des cultures, a-t-elle dit, préconisant un passage d'une culture du contrôle à une culture de la confiance.
Ce ménage à trois n'a pas toujours été une relation facile, a affirmé Mme Nowotny aux eurodéputés, ajoutant qu'elle s'était engagée à mettre en place une révision indépendante publiée l'an dernier. Ce rapport appelle le CER à fusionner les rôles de secrétaire général et de directeur en un poste unique et d'attribuer ce poste à un scientifique reconnu qui bénéficie d'une expérience administrative.
Nous essayons véritablement d'intégrer les cultures scientifique et administrative et nous en sommes désormais au processus de recrutement d'un directeur pour l'agence exécutive, a dit Mme Nowotny. La prochaine étape sera de redéfinir la relation entre l'agence exécutive, le conseil scientifique et la Commission, a-t-elle expliqué.
J'espère que le CER deviendra une institution permanente et nous souhaiterions bénéficier d'un budget considérablement plus élevé, a déclaré Mme Nowotny aux eurodéputés.
Elle a dit que le traité de Lisbonne donnait la possibilité de créer un statut unique au CER, ce qui l'aiderait à remplir sa mission c'est-à-dire dynamiser la recherche en Europe de façon significative.
Une "success story" malgré les obstacles
Mme Nowotny a qualifié le CER de success story, affirmant que la communauté scientifique avait été très réceptive.
Le travail de l'agence qui vise à offrir aux jeunes chercheurs davantage d'indépendance dès leurs débuts va combattre le problème de longue date des scientifiques européens qui partent pour les Etats-Unis, a-t-elle dit aux eurodéputés.
Nous voulons retenir le meilleur et faire de l'Europe un lieu attirant pour la recherche, a-t-elle affirmé.
La présidente du CER a défendu la priorité que donne l'agence aux sciences frontières que l'on qualifie souvent de sciences de base. L'histoire de la science est remplie d'exemples où enquêter sur l'inconnu a aboutit à des résultats inattendus, a-t-elle dit, mais il est indispensable que les bureaucrates fassent confiance aux scientifiques de haut niveau.
Une bureaucratie fondée sur la méfiance
Yves Mény, auteur du rapport de l'an dernier sur le CER, a dit qu'il était à la base sceptique par rapport aux structures sous-jacentes de l'agence, mais que malgré cela, l'agence s'était avéré être une grande réussite.
C'est certainement le diamant de la couronne dans le secteur de la recherche sponsorisé par l'Union européenne. Si des progrès sont réalisés, elle servira de modèle phare pour d'autres entités similaires dirigées par l'UE, a-t-il affirmé.
Cependant, il a mis l'accent sur les frustrations dues aux règles "stupides" de la bureaucratie imposées aux chercheurs et aux rédacteurs.
M. Mény a dit que le futur directeur de l'agence, qui devrait être nommé plus tard cette année, devrait avoir une forte personnalité car la bataille avec les institutions va être intense.
Il a expliqué qu'une grande partie de cette tension venait des règlements financiers, qui sont fondés sur la méfiance. Il y a une culture du contrôle et de l'audit, a-t-il affirmé, déclarant que les scientifiques refuseraient de se porter candidats pour des fonds en raison de l'absurdité du système.
Les efforts effectués pour que le CER entre en concurrence avec le National Science Foundation (NSF) américain vont échouer à moins que le problème de la bureaucratie ne soit combattu. Si l'agence exécutive a juste pour rôle de servir une bureaucratie encore plus large, ce n'est même plus la peine d'y penser – l'agence ne deviendra pas une organisation de recherche reconnue, a-t-il prévenu.
Le Conseil "compétitivité" des ministres de la recherche de l'UE ont convenu le mois dernier de procéder à nouvelle révision du CER en juillet 2001 afin de voir si les défauts structurels ont été solutionnés.

