Le coup de rabot sur le budget de l’UE préoccupe les eurodéputés

Corina Creţu, commissaire en charge de la politique régionale à droite, et Günther Oettinger, commissaire européen au budget [European Commission]

Moins de budget pour la PAC et les fonds de cohésion, priorité à la défense : la France défend un coup de rabot dans le budget européen plutôt que des ressources renforcées. Une position qui inquiète les élus européens.

Quel budget pour l’UE après le Brexit ? La question agite les chancelleries, et commence à inquiéter sérieusement les députés européens.

Face aux multiplications des priorités, avec l’ajout ces dernières années des dossiers de la sécurité,  de la défense et des migrations, le trou de 12 milliards d’euros de financement créé par le retrait du Royaume-Uni représente un problème majeur.

Dans une note produite par le Secrétariat général aux Affaires européennes (SGAE) sur le futur cadre financier pluriannuel, la France semble prendre position en faveur d’un budget revu à la baisse. « La France ne pourra pas financer à 27 ce qu’elle finançait à 28 », précise le document initialement publié par Contexte.

Une position qui va à l’encontre des discours très pro-européens d’Emmanuel Macron, dont le discours de la Sorbonne, durant lequel il avait largement plaidé pour des ressources propres et un budget européen autonome et renforcé.

Macron s'attaque bille en tête aux tabous de l'Europe

Changement de traité, de PAC, dette : le président français a brisé de nombreux tabous dans sa proposition de réforme de l’UE. Et décliné une dizaine de propositions concrètes devant les étudiants de la Sorbonne lors d’un propos passionné résonant comme un discours de campagne.

« Attention, l’intérêt des ressources propres, c’est de réduire la contribution des États parce que des compétences sont transférées. Mais pour le contribuable, qui doute du bien-fondé de l’Europe, il est crucial que la dépense publique globale n’augmente pas* », avance Jean Arthuis, eurodéputé centriste, proche des équipes de Macron et spécialiste des budgets.

Un budget plus souple, mais raboté

Selon lui, la discussion sur la position de la France est prématurée. Il plaide simplement pour un budget plus simple à gérer dans le futur. « Pour l’instant, on doit prévoir 5 ans à l’avance des dépenses potentielles, c’est ingérable ; certes il faut de la prévisibilité comme pour la PAC et les fonds de cohésion, mais pour les politiques supranationales, il faut surtout un budget annuel et non pluriannuel » soutient cet ancien ministre du Budget.

Du côté de la délégation socialiste, la position française qui se dessine, et qui semble donner la priorité à la défense et aux migrations devant la PAC est une source d’inquiétude pour le futur de l’agriculture.

« Bien sûr, les paiements directs sont une aberration lorsqu’on les donne aux céréaliers. Mais nous allons au-devant d’une période de transition, ce n’est pas le moment de couper dans les budgets », assure l’élu Guillaume Balas. La délégation s’est fendue d’une lettre à Emmanuel Macron, qui s’étonne de l’ « ambition de rigueur » portée par le gouvernement français, et d’un « abîme entre le discours et les actes ».

Un rapport d’initiative sur le cadre financier pluriannuel doit être discuté le mois prochain en commission Budget du Parlement européen, et le Conseil européen doit également se positionner sur le sujet lors de son conclave du 22 et 23 février.

Précision

*Le texte initialement publié précisait « il est crucial que le budget européen n’augmente pas» , et a été amendé le 19/01 à la demande de Jean Arthuis. «Sur les ressources propres, je partage le principe du rapport Monti, qui précise que toute hausse d’un impôt européen doit être équilibré par un recul des budgets nationaux» ajoute l’élu.

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