Le déclin industriel effraie autant les syndicats que les entreprises, selon le directeur général de BusinessEurope

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Les syndicats se rallient de plus en plus à nous pour réclamer des politiques visant à améliorer les conditions des entreprises en Europe, a déclaré Markus Beyrer (à droite), directeur général de BusinessEurope, à Euractiv. [PA-EFE/OLIVIER HOSLET]

Le déclin industriel de l’Europe inquiète autant les entreprises que les syndicats, qui réclament tous deux de meilleures conditions commerciales, a confié Markus Beyrer, directeur général l’association des fédérations d’entreprises BusinessEurope, à Euractiv mercredi (3 mars).

« Nous sommes véritablement confrontés à un problème », a affirmé Markus Beyrer, directeur général de BusinessEurope, une association qui coordonne les fédérations d’entreprises européennes.

« L’Europe, en tant que site économique et industriel, subit de réelles pressions pour plusieurs raisons », a-t-il complété, citant les coûts énergétiques élevés et un « tsunami règlementaire » dû à l’adoption de nombreuses nouvelles directives européennes ces dernières années.

Selon les données du Fonds monétaire international (FMI), ces dernières années, l’Europe a connu une croissance beaucoup plus lente que ses principaux concurrents, tels que les États-Unis, qui ont enregistré des taux d’investissement plus élevés dans de nouvelles usines. En outre, en 2023, le PIB de l’UE n’a augmenté que de 0,5 %, tandis que l’économie américaine a fait un bond de 2,5 %.

« L’essentiel est que notre croissance a été beaucoup plus lente que celle des États-Unis, et ce, pendant sept ans des dix dernières années. Il ne s’agit donc pas d’une simple situation momentanée », a noté M. Beyrer.

C’est également la raison pour laquelle la Confédération européenne des syndicats (CES) « se rallie de plus en plus à nous » en soulignant l’urgence de renforcer l’environnement industriel et commercial de l’Europe, « simplement parce que nous constatons également des pertes d’emplois dans le secteur industriel ou manufacturier ».

D’après une analyse de la CES basée sur les données d’Eurostat, entre 2019 et 2023, l’Europe a enregistré 850 000 suppressions d’emplois manufacturiers, principalement en Pologne, en Roumanie et en Allemagne.

Toutefois, le chômage reste à des niveaux historiquement bas dans l’UE, tandis que les graves pénuries de main-d’œuvre qualifiée restent un casse-tête pour les entreprises.

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Un « tsunami » règlementaire

Par ailleurs, M. Beyrer a critiqué les exigences en matière de rapports qui ont considérablement augmenté pour les entreprises au cours des dernières années, malgré les promesses de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, de réduire la bureaucratie.

« Il faudra prendre des mesures très crédibles pour réduire le fardeau règlementaire », a déclaré M. Beyrer, mentionnant les engagements de Mme von der Leyen de réduire de 25 % les obligations de déclaration des entreprises européennes.

La promesse, initialement évoquée au Parlement en mars 2023, a été réitérée dans le discours de la présidente sur l’état de l’Union en septembre et suivie par des engagements plus détaillés dans le programme de travail de la Commission pour 2024.

L’administration européenne a annoncé qu’elle proposait des mesures destinées à simplifier les procédures administratives et « les obligations de déclaration peu utiles, par exemple, en regroupant les obligations redondantes, en diminuant le nombre d’entreprises concernées, et en renforçant la numérisation ».

Parmi les dossiers législatifs qui bénéficieraient de révisions et de reports de délais, la Commission a cité la directive sur la publication d’informations en matière de durabilité par les entreprises, la directive comptable et le règlement sur les indices de référence.

Néanmoins, M. Beyrer a critiqué la directive récemment adoptée par l’UE sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de développement durable, qui impose aux grandes entreprises de veiller au respect des normes sociales et environnementales tout au long de leur chaîne de valeur, fustigeant notamment l’introduction de nouvelles obligations en matière de rapports qu’il juge « impossibles à mettre en œuvre ».

« Il semble que tout le monde n’ait pas pleinement compris la gravité de la situation », a-t-il averti.

Ce constat fait écho aux inquiétudes exprimées par d’autres groupes d’entreprises, tels que la Chambre allemande de l’industrie et du commerce (DIHK).

Ils se sont plaints que la directive se traduirait par une sélection plus restreinte « de clients et de fournisseurs », ce qui compromettrait l’objectif de diversification des marchés et de sécurisation des matières premières pour la transition énergétique.

Les entreprises européennes seront de plus en plus contraintes de faire la leçon à leurs fournisseurs ou clients externes concernant les règles européennes, en leur demandant de remplir des questionnaires bien qu’elles aient « depuis longtemps choisi un client ou un fournisseur complètement différent qui, en cas d’incertitude, ne vient pas d’Europe », a déclaré le directeur de la DIHK, Martin Wansleben, lors d’un évènement organisé à Berlin en mars.

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Rapports à venir

Entre-temps, M. Beyrer a également placé ses espoirs dans les prochains rapports sur le marché unique et la compétitivité de l’UE rédigés par les anciens Premiers ministres italiens Enrico Letta et Mario Draghi.

« Il faut un mélange d’histoire politique, où les choses sont vraiment audacieuses, et ensuite, espérons-le, [cela] servira aussi de tremplin pour le travail technique difficile, qui pour l’instant n’intéresse que les spécialistes, mais pour lequel nous faisons beaucoup de propositions », a déclaré M. Beyrer.

M. Letta présentera son rapport sur l’amélioration du marché unique de l’UE lors d’une réunion spéciale des dirigeants européens les 17 et 18 avril. Celui de M. Draghi sur la compétitivité européenne devrait quant à lui être publié après les élections européennes de juin.

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[Édité par Anne-Sophie Gayet]

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