Le déficit d’investissement encore marqué en Europe

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Le sous-investissement dans l’Union européenne a concerné une très grande majorité de pays pendant la période 2007-2017, selon les derniers résultats de la Commission européenne. Un article de notre partenaire La Tribune

La crise a lourdement pesé sur les investissements en Europe. Selon les derniers chiffres diffusés par Eurostat ce lundi 14 mai, les investissements (formation brute de capital fixe, FCBF) ont reculé dans 24 pays sur 28 sur la période 2007/2017. Les politiques d’austérité menées dans le contexte de la crise économique ont ainsi eu des conséquences sur la croissance du Vieux continent.

Face à ce constat, le Fonds monétaire international (FMI) a exhorté lundi Berlin à stimuler de manière « plus énergique » la dépense publique dans un pays économiquement très performant, mais qui reste sourd aux critiques récurrentes concernant son sous-investissement. « Plus de volonté politique est nécessaire pour améliorer de manière décisive l’investissement intérieur, ce qui pourrait aussi aider à rééquilibrer la balance extérieure », formule l’institution dans son rapport annuel sur l’Allemagne.

La Grèce en net recul

Les investissements ont décliné en moyenne à l’échelle de l’UE de 2,3 points et de 2,7 points dans la zone euro. Ils représentaient 20,1 % du PIB européen en 2017 contre 22,4 % il y a 10 ans. Ces chiffres masquent évidemment des divergences sensibles entre les différents pays. Sur la dernière décennie, les plus grandes baisses ont été enregistrées en Lettonie (19,9 % en 2017 contre 36,4 % en 2007 ou 16,5 points), Grèce (13,4 points), Estonie (12,9 points), Roumanie (12,5 points) ou l’Espagne (10,4 points).

La Grèce risque de rester longtemps sous surveillance

La Grèce est en train de sortir du programme de sauvetage, et bénéficiera probablement un allègement de sa dette. Ce qui ne l’empêchera pas de rester sous surveillance, et pour longtemps, selon Thomas Wieser, président sortant du groupe de travail Eurogroupe.

À l’inverse, des variations à la hausse ont été recensées dans seulement trois pays. Il s’agit de la Suède (de 23,9 % du PIB en 2007 à 24,9 %), de l’Autriche (+0,6 point) et de l’Allemagne (+0,2 point). En Belgique, les investissements ont été relativement stables (0,1 point). Quant à la France, elle a connu une baisse de 0,7 point sur cette période.

Ces résultats dessinent une Europe à plusieurs vitesses où seulement quelques pays ont réussi à investir durant ces années tandis que la très grande majorité continuaient de s’enfoncer dans la crise économique qui a frappé l’ensemble des pays européens avec des niveaux d’intensité disparates. Les pays du sud et de l’est de l’Europe, plus vulnérables, ont clairement connu des baisses importantes de leurs dépenses d’investissement dans les années qui ont suivi la crise.

3.100 milliards d’euros

L’année dernière, l’ensemble des pays de l’UE (en prenant en compte l’investissement public et l’investissement privé) ont investi près de 3.100 milliards d’euros. Le secteur de la construction représente près de la moitié des investissements selon le bureau de statistiques européen. Les machines, l’équipement et les systèmes d’armement comptent pour 31 % des sommes investies. Enfin, les actifs liés à la propriété intellectuelle représentent 19 % des investissements.

Parmi les pays membres de l’Union européenne, la République tchèque est l’État qui consacre le plus de dépenses à l’investissement (25 % du PIB), suivi de la Suède (24,9 %), de l’Estonie (23,7 %). À l’inverse, la Grèce (12,6 %) est le pays qui connaît le plus faible taux d’investissement, suivi du Portugal (16,2 %) et du Royaume-Uni (16,9 %). La France est au-dessus de la moyenne de l’UE avec 22,4 %.

Le paradoxe de la France

Les entreprises françaises ont continué d’investir comme en témoignent les récentes données de l’Insee. En 2016, le taux d’investissement des sociétés non financières a atteint 23,3 % de la valeur ajoutée en 2016, soit un niveau similaire à 2008. Malgré ces niveaux relativement élevés, la compétitivité notamment hors prix des entreprises françaises a continué de se dégrader pesant ainsi les performances commerciales de la France à l’étranger.

Lors d’un séminaire organisé dans les locaux de France Stratégie en février dernier, plusieurs pistes d’explication ont été avancées. L’institut COE-Rexecode avait par exemple pointé un rapport qualité/prix insuffisant des produits français (pour les biens intermédiaires, les biens d’équipement mécaniques et les biens d’équipement électronique), avec « pour points faibles le design et l’innovation ». Si la France est légèrement au-dessus de la moyenne de l’Union européenne en termes de dépenses en recherche et développement (2,22 % du PIB selon des données pour 2015 contre 2,03 % pour l’Europe), l’économie tricolore reste encore loin de l’objectif européen qui est d’atteindre 3 % du PIB à l’horizon 2020.

Un plan d’investissement pour rien ? 

Pour tenter de combler ce déficit européen, la Commission Juncker a mis en place un fonds européen pour les investissements stratégiques. Selon le site de la Banque européenne d’investissement, « il vise à mobiliser des investissements privés en faveur de projets qui revêtent une importance stratégique pour l’UE ». Pour l’instant, le montant des investissements s’est élevé à 284 milliards d’euros pour un objectif de 500 milliards pour 2020. Malgré le succès du fonds revendiqué par la présidence Juncker, des réserves sont régulièrement exprimées sur l’efficacité et l’usage de ces sommes.

Le plan Juncker atteint 284 milliards d’euros

Le plan d’investissement mis en place après la crise financière a mobilisé 284 milliards d’euros, principalement des capitaux privés, soit plus de la moitié de son objectif pour 2020.

 

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