Le député européen Pierre Larrouturou en grève de la faim pour la santé, le climat et l’emploi

L'eurodéputé Pierre Larrouturou au Parlement européen. [Pierre Larrouturou]

Dans une démarche inédite, l’eurodéputé français, rapporteur général du budget pour le Parlement européen, entame ce lundi 9 novembre son 13eme jour de grève de la faim. Son objectif : parvenir à plus de moyens pour la santé, le climat et l’emploi en taxant les transactions financières.

« Il est obscène d’entendre qu’il n’y a pas d’argent pour les hôpitaux ou l’isolation des bâtiments qui peut créer des milliers d’emplois, alors qu’une petite taxe sur les transactions financières pourrait mobiliser 50 milliards d’euros par an », explique le député européen, fondateur du parti Nouvelle Donne et membre du groupe des socialistes et démocrates, dans un entretien avec Euractiv France.

Ce lundi s’ouvre une « semaine cruciale » pour le budget européen, souligne Pierre Larrouturou. « On peut s’attendre aujourd’hui à la fin de la négociation sur le cadre financier pluriannuel. La taxe sur les transactions financières en 2024 fera-t-elle partie du deal ? », s’interroge-t-il.

Rappelons que c’est ce cadre financier pluriannuel (CFP) qui avait mobilisé les dirigeants européens pendant quatre longues journées de négociations ardues en juillet dernier pour aboutir finalement à un difficile compromis prévoyant un budget de 1074 milliards d’euros et un fonds de relance de 750 milliards.

C’est ici qu’intervient la démarche de Pierre Larrouturou : braquer les projecteurs sur le bras de fer entre les États membres et le Parlement européen qui demande 39 milliards de plus ainsi qu’une décision sur les ressources propres, c’est-à-dire sur les sources de financement directs du budget que pourrait dégager l’UE.

Parmi ces ressources propres figurent la taxe sur les plastiques qui rentrera en vigueur en 2021 (avec des recettes estimées autour de 6 milliards d’euros par an), la taxe numérique (autour de 5 milliards), la taxe carbone aux frontières (autour de 3 milliards) – et la taxe sur les transactions financières (TTF) que défend l’eurodéputé.

« Cette taxe rapporterait 50 milliards d’euros, soit plus que les autres taxes réunies », explique-il, précisant qu’elle apparaît dans le rapport sur le financement du Pacte vert pour l’Europe soumis aux votes ce mercredi (11 novembre).

Pour l’économiste, elle est donc un instrument plus efficace pour rembourser le plan de relance tout en finançant la santé, le climat et l’emploi. Mais pas seulement. Elle présente aussi l’avantage d’être « prête techniquement » au contraire de la taxe carbone aux frontières par exemple, dont les contours restent encore flous.

Le budget de la santé subit les coupes claires des États membres de l'UE

Le corps médical européen appelle Bruxelles à étoffer la part de son plan de relance destinée à la santé. Selon lui, un budget réduit en la matière engendrait des lacunes sur le plan de la sécurité sanitaire.

Nouvel objectif climat 2030 en ligne de mire

L’idée de la TTF n’est pas nouvelle. De fait, Pierre Larrouturou se base sur un projet présenté par la Commission européenne en septembre 2011 – et qui ne fait pas l’unanimité parmi les États membres.

Si Paris et Berlin proposent bien une TTF européenne, son champ d’action est moindre que celle proposée par l’exécutif. Bruxelles prévoit en effet que tous les instruments financiers soient taxés (actions, obligations et produits dérivés), contrairement à la proposition franco-allemande qui ne s’attache qu’à la taxation des actions.

D’après un avis émis par le ministre autrichien des Finances, Gernot Blümel, cela signifierait qu’ « environ 99 % des transactions échapperaient à la taxation », une position inacceptable pour l’Autriche, a-t-il fait savoir.

La présidence allemande du Conseil de l’UE changera-t-elle la donne ?

Les 10 et 11 décembre, les dirigeants européens doivent adopter le nouvel objectif climat 2030 de l’UE, un rehaussement de l’ambition climatique attendu par les Nations Unies en amont des prochaines négociations internationales sur le climat organisées en novembre de l’année prochaine à Glasgow (Écosse).

« Angela Merkel veut absolument arriver à un accord sur l’ambition climatique de l’UE pour 2030 », souligne M. Larrouturou. « Or, il n’y aura pas d’accord s’il y n’y a pas d’accord sur le budget. Et sans une taxe sur la spéculation, sans argent pour financer la transition, les chances sont maigres pour adopter un objectif climat plus ambitieux ».

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