Le FMI s’inquiète de la dette des pays aidés par la Chine

EPA-EFE

Discours de la directrice du Fonds monétaire international Christine Lagarde lors d'un événement à l'université de Hong Kong, le 11 avril 2018.

À l’heure où la Chine multiplie les projets d’infrastructures à l’étranger, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde a mis en garde jeudi contre les risques de dérapage financier et le piège de l’endettement pour les pays concernés.

Christine Lagarde s’exprimait dans la capitale chinoise à l’occasion d’un forum sur les « Nouvelles routes de la Soie », le colossal plan lancé par le président chinois Xi Jinping en 2013 pour déployer routes, ports, voies ferrées et parcs industriels à travers l’Asie, aux portes de l’Europe et jusqu’en Afrique.

Si l’initiative réunit désormais 70 pays, censés investir de concert, beaucoup des chantiers sont en réalité largement financés par des prêts d’institutions chinoises, et certains pays occidentaux y voient volontiers une stratégie de Pékin pour cimenter son influence.

Certes, les « Routes de la Soie » peuvent répondre au « besoin pressant d’infrastructures » à travers le monde et apporter des financements dont les pays receveurs « ont le plus grand besoin », a reconnu Christine Lagarde devant un parterre de responsables chinois et étrangers.

Mais ces partenariats « peuvent également conduire à un accroissement problématique de l’endettement (des pays concernés), limitant leurs autres dépenses à mesure que les frais liés à la dette augmentent », s’est-elle alarmée.

« Dans les pays où la dette publique est déjà élevée, une gestion attentive des termes financiers est cruciale », a-t-elle encore martelé.

De fait, les banques publiques de développement chinoises et autres institutions du géant asiatique accordent de colossaux prêts pour les chantiers lancés dans les pays des « Routes de la Soie », quitte à mettre ceux-ci dans une situation financière intenable.

Macron plaide pour une alliance France-Europe-Chine

Emmanuel Macron a appelé le 8 janvier  à la création d’une vaste alliance entre France, Europe et Chine, notamment sur le climat et le projet de Pékin de « Nouvelles routes de la soie », s’engageant à revenir en Chine « au moins une fois par an ».

Ainsi, le Sri Lanka, qui avait contracté de lourds emprunts auprès de la Chine pour aménager un port en eaux profondes, s’est vu contraint, sous le poids d’une « spirale d’endettement », de finalement céder le contrôle de l’infrastructure… à Pékin.

Il ne faut pas que les pays acceptant d’accueillir des chantiers des Routes de la Soie aient le sentiment que « c’est un repas gratuit », a observé Christine Lagarde, plaidant pour des investissements plus collectifs.

« En pleine lumière » 

La directrice du Fonds a également appelé à une transparence accrue : « Il faut s’assurer que les Routes de la Soie ne conduisent que là où c’est nécessaire », a-t-elle insisté, dans une possible évocation de chantiers superflus ou à motivation davantage politique qu’économique.

« Dans les projets à grande échelle, il y a parfois la tentation de tirer profit des appels d’offres (…) Il existe toujours le risque de projets qui échouent ou de détournement des fonds. Dans certains cas, cela s’appelle même de la corruption », a précisé Christine Lagarde.

L’Europe centrale et orientale toujours plus proche de la Chine

16 pays d’Europe centrale et orientale se sont rassemblé en Hongrie autour de Viktor Orbán pour un forum commercial avec la Chine. Le pays étend doucement son emprise, y compris sur les pays des Balkans qui ne font pas partie de l’UE.

 

Le président Xi Jinping avait cependant balayé lui-même mardi les critiques adressées aux « Routes de la Soie », devant le Forum de Boao pour l’Asie, le « Davos chinois » organisé dans le sud de pays.

« Il ne s’agit ni d’un Plan Marshall, ni d’un complot chinois. Il s’agit d’une initiative suivant son cours en pleine lumière », a-t-il assuré, selon l’agence étatique Chine nouvelle.

Lors du forum de Pékin jeudi, le gouverneur de la banque centrale chinoise (PBOC), Yi Gang, a lui admis « l’importance d’une croissance durable et du contrôle des risques financiers », tout en défendant les banques de développement chinoises impliquées sur les « Routes de la Soie ».

Elles ont « fondamentalement de très faibles marges de profit », et, sans dépendre des subsides gouvernementaux, elles n’accordent pas « des prêts purement commerciaux » et se préoccupent de « la soutenabilité de leurs financements à long terme », a-t-il plaidé.

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