Le gouvernement polonais est accusé d’avoir acheté illégalement le logiciel Pegasus

Le logiciel Pegasus a été payé avec les ressources du Fonds de la justice, qui regroupe l'argent des amendes des tribunaux et est destiné à aider les victimes de crimes et à prévenir d'autres crimes. [mundissima/Shutterstock]

L’utilisation par le gouvernement de 5,4 millions d’euros de fonds judiciaires pour acheter le logiciel israélien Pegasus afin d’enquêter sur une personne soupçonnée d’activités criminelles était illégale, affirme le grand quotidien Gazeta Wyborcza.

Ces révélations jettent une nouvelle lumière sur les récentes informations selon lesquelles le Bureau central anticorruption (CBA) a utilisé Pegasus pour espionner certains membres de l’opposition.

Le logiciel Pegasus a été payé avec les ressources du Fonds de la justice, qui regroupe l’argent des amendes des tribunaux et est destiné à aider les victimes de crimes et à prévenir d’autres crimes. Le CBA ne peut être financé que par le budget de l’État, ce qui rend illégal l’achat de Pegasus à partir de ce fonds.

Le ministère de la Justice a toutefois démenti ces affirmations devant les médias et a déclaré que le fonds pouvait être utilisé pour lutter contre la criminalité. Cela s’est produit après que le vice-ministre de la Justice, Michal Woś, a tweeté une photo d’un jeu vidéo des années 90 appelé Pegasus et a qualifié les allégations concernant l’achat du logiciel de « côtelette réchauffée ». Il avait auparavant nié toute connaissance du système.

Ces nouvelles informations font suite aux révélations d’avant Noël selon lesquelles le gouvernement a utilisé Pegasus pour surveiller des personnalités de l’opposition, notamment le sénateur Krzysztof Brejza (Coalition civique) et l’avocat Roman Giertych, mais aussi la juge Ewa Wrzosek. Les ministres nient avoir utilisé le logiciel pour pirater l’opposition. En outre, le bureau du procureur a refusé de poursuivre l’affaire.

L’achat aurait été rendu possible après les changements apportés au plan financier du Fonds de la justice, approuvé en 2017 par la commission parlementaire des finances publiques, rapporte Gazeta Wyborcza.

En présentant les changements proposés, M. Woś n’a pas mentionné qu’il serait désormais possible que l’argent subventionne des agences liées au gouvernement.

Par conséquent, il semble que le gouvernement ait manipulé les députés pour faire passer les changements qui ont ouvert la voie à l’utilisation du Fonds de la justice pour les besoins du camp au pouvoir, affirme Gazeta Wyborcz.

L’agent principal chargé de la discipline des finances publiques, qui enquête sur la plainte de l’Office suprême de vérification des comptes concernant ce refus, a jugé que l’achat de Pegasus a été camouflé de manière à ce que ni les députés ni les fonctionnaires de rang inférieur ne soient au courant des plans du gouvernement.

La décision d’Israël de vendre à la Pologne la licence Pegasus a été prise quelques mois plus tôt, après la rencontre entre les Premiers ministres de l’époque, Beata Szydło et Benjamin Netanyahu, au sommet du groupe de Visegrad, précise le quotidien.

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