Le gouvernement reporte plusieurs réformes fiscales pour contenir le déficit

Edouard Philippe et Emmanuel Macron

Des coupes budgétaires et des reports de réformes fiscales : le Premier ministre Édouard Philippe a dévoilé mardi ses pistes pour maintenir le déficit sous la barre des 3 % du PIB, promettant de lutter contre l’« addiction française à la dépense publique ».

« Nous dansons sur un volcan qui gronde de plus en plus fort », a déclaré le chef du gouvernement lors de son discours de politique générale devant les députés, justifiant le serrage de vis budgétaire à venir par la nécessité de réduire la dette française.

« Il y a une addiction à la dépense publique. Comme toute addiction, elle ne règle rien du problème qu’elle est censée soulager. Et comme toute addiction, elle nécessitera de la volonté et du courage pour s’en désintoxiquer », a-t-il insisté.

Le Premier ministre, qui s’exprimait cinq jours après la publication d’un audit alarmiste de la Cour des comptes, a répété vouloir ramener le déficit « sous la barre des 3 % dès 2017 », pour que le pays ne soit plus « à la merci des marchés financiers ».

La France, sous le précédent gouvernement, s’était engagée à ramener son déficit à 2,8 % du PIB en 2017, après 3,4 % en 2016, afin de repasser sous la barre des 3 % exigée par les traités européens, pour la première fois depuis 10 ans.

L’avenir du déficit français suspendu au second tour

Emmanuel Macron promet de respecter les engagements du pacte budgétaire européen, quand Marine Le Pen mentionne à peine cette question, qui doit pourtant revenir sur la table de Bruxelles dans la foulée du second tour.

Mais d’après les projections de la Cour des comptes, le déficit – en l’absence de mesures correctrices – devrait atteindre 3,2 % cette année. Soit un dérapage de 8 milliards d’euros par rapport à l’objectif des 2,8 % et de 4 à 5 milliards par rapport au cap des 3 %.

Pour trouver l’argent manquant, Édouard Philippe a promis de « stopper l’inflation de la masse salariale du secteur public », qui représente le quart des dépenses publiques de l’Hexagone, et évoqué, sans précisions, des coupes dans le secteur du logement.

« Aucun ministère, aucun opérateur, aucune niche fiscale ne sera sanctuarisé. Partout, nous chasserons la dépense inefficace et le saupoudrage de crédits », a-t-il averti, assurant que l’État ne dépenserait « pas plus en 2018 qu’en 2017 ».

« Plus tard »

Le Premier ministre a par ailleurs confirmé le report de plusieurs réformes fiscales prévues pour 2018, année au cours de laquelle le gouvernement devra faire face à une hausse des dépenses liées à plusieurs mesures votées sous le quinquennat Hollande.

Parmi ces reports : celui de la réforme de l’impôt sur la fortune (ISF), dont Emmanuel Macron avait laissé entendre qu’elle serait mise en œuvre dès l’an prochain. La mesure « sera votée dès cette année » mais « entrera en vigueur en 2019 », a précisé, M. Philippe.

Cette réforme prévoit de recentrer l’ISF sur le seul patrimoine immobilier, afin de pousser les contribuables aisés à investir davantage dans l’économie. Selon l’entourage d’Emmanuel Macron, elle pourrait entraîner un manque à gagner de deux milliards d’euros pour l’État.

Autre réforme phare renvoyée à 2019 : la transformation du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en allègement de charges, réclamée de longue date par le patronat, mais compliquée à mettre en œuvre, en raison de la facture astronomique qui résultera de l’année de transition.

Paris réaffirme ses engagements sur la réduction des déficits

Le nouveau ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a confirmé que la France respectera ses « engagements » européens en matière de réduction des déficits.

L’État, cette année-là, devra supporter à la fois la baisse de cotisations pour l’exercice en cours et le remboursement du CICE pour les précédents, les créances pouvant être remboursées jusqu’à quatre ans après le versement des salaires. Soit un coût de plus de 40 milliards d’euros.

Le gouvernement pourrait enfin revoir le calendrier de sa réforme de la taxe d’habitation, dont 80 % de la population doit être exonéré. Initialement prévue pour s’étaler entre 2018 et 2020, elle sera mise en œuvre « d’ici la fin du quinquennat », a indiqué M. Philippe, entretenant le flou sur la réforme.