Le Kremlin tente de protéger Chypre sur fond d’« argent sale »

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Le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, rencontrera le président de la Commission, José Manuel Barroso aujourd’hui (21 mars) à Moscou. Il a critiqué l’UE, car elle se comporte comme un « éléphant dans un magasin de porcelaine » dans le cadre de la proposition de renflouement de Chypre. Dans le même temps, un chef de file de l’opposition russe a déclaré que le Kremlin tentait de sauver son « argent sale » à Chypre.

 

Une délégation de commissaires européens devrait rencontrer les autorités russes à Moscou aujourd'hui (21 mars) en amont d'une discussion en séance plénière prévue demain avec des ministres russes et Dmitri Medvedev.

 

Une réunion entre José Manuel Barroso et le président Vladimir Poutine est également à l'ordre du jour.

 

Le ministre chypriote des finances, Michael Sarris, se trouve aussi à Moscou. Des fonctionnaires russes ont indiqué que M. Sarris avait demandé 5 milliards d'euros en plus d'une extension de cinq ans et d'un taux d'intérêt moins élevé sur le prêt de 2,5 milliards d'euros accordé par la Russie.

 

Formes de pression

 

M. Medvedev devrait faire pression sur ses invités européens et soulever la question d'une révision éventuelle des actions en euros que Moscou détient dans les réserves de sa banque centrale.

 

« J'aimerais répondre de façon optimiste, mais je dois dire qu'il s'agit d'une raison de reconsidérer la question », a répondu M. Medvedev, cité par Reuters, lorsqu'on lui a demandé si la situation à Chypre justifiait une réduction de la part des réserves russes en euros.

 

Lors d'un vote mardi, le Parlement chypriote a rejeté une proposition de taxe sur les dépôts bancaires en échange d'un renflouement de 10 milliards d'euros de l'UE.

 

La Banque centrale européenne a maintenu la pression et a prévenu qu'elle couperait les vivres de Chypre à moins que le pays, l'un des plus petits des 17 membres de la zone euro, n'accepte rapidement un renflouement. Les banques chypriotes resteront fermées jusqu'au 26 mars.

 

Le ministre chypriote de l'énergie, George Lakkotrypis, était également sur place, officiellement pour une exposition touristique. Certains estiment que l'accès à des réserves inexploitées de gaz en mer pourrait être mis sur la table dans le cadre d'un accord d'aide avec la Russie.

 

Michael Sarris a déclaré que les pourparlers avec son homologue russe, Anton Siluanov, se poursuivraient, mais aucune offre n'a été présentée jusqu'à présent, « rien de concret ».

 

Vladimir Ryjkov, le codirigeant du Parti républicain de Russie – Parti de la liberté populaire (RPR-PARNAS), dans l’opposition, a déclaré à EURACTIV dans un entretien qu'une aide russe de plusieurs milliards d'euros avait été proposée à Chypre au détriment des contribuables russes.

 

 

M. Ryjkov, l'une des personnalités les plus éminentes de l'opposition russe, a rencontré des représentants des plus grands groupes politiques du Parlement européen et s'est entretenu avec la Commission.

 

Achat des banques ?

 

« Aujourd'hui, Vladimir Poutine déclare "Nous sommes prêts à acheter vos banques". Une opération est en cours afin de sauver l'argent issu de la corruption », a déclaré M. Ryjkov.

 

Selon la presse, une banque russe pourrait acheter l'établissement chypriote le plus en difficulté, Popular Bank, dans le cadre d'un accord qui réduirait le renflouement de 10 milliards d'euros demandés par Chypre.

 

M. Ryjkov a ajouté que 700 milliards d'euros provenant de Russie avaient été acheminés dans l'UE ces 20 dernières années. Il a expliqué que les Jeux olympiques d'hiver à Sotchi (Russie) en 2014 avaient coûté 50 milliards de dollars (38,7 milliards d'euros) jusqu'à présent. Il a affirmé que 20 milliards de dollars (15,5 milliards d'euros) avaient été « volés » et se trouvaient « déjà dans des banques de l'UE ».

 

« Je voudrais savoir pourquoi la Russie offre cette aide et quels bénéfices elle obtiendrait en échange », a déclaré M. Ryjkov.

 

« Aucune explication n'est fournie aujourd'hui, ce qui confirme les soupçons selon lesquels de l'argent réel de personnes réelles est sauvé. La Russie peut peut-être apporter son aide, mais la transparence et des arguments sont nécessaires. Pourquoi aidez-vous ces personnes et pas d'autres ? Aucune réponse n'a été fournie et cela confirme les soupçons d'un nouveau plan de correction et de défense d'intérêts privés, non des intérêts de la Russie. »

 

L’« argent sale » russe influence l'Union européenne et corrompt son élite, a souligné M. Ryjkov.

 

« Il n'existe aucun mécanisme de contrôle, de communication des données, de transparence, d'arrestation des coupables, de retour de l'argent vers le pays d'origine », a-t-il déclaré.

 

Une « loi Magnitski » européenne ?

 

Selon M. Ryjkov, l'UE devrait adopter une loi semblable à celle de Magnitski aux États-Unis, signé par le président Barack Obama le 14 décembre 2012. Cette loi vise à sanctionner les fonctionnaires russes qui seraient impliqués dans la mort de Sergueï Magnitski, un avocat russe qui travaillait pour une société britannique, accusé de fraude et d'évasion fiscales.

 

Il est décédé en garde à vue en 2009 dans des circonstances suspectes, mais l'enquête russe a conclu qu'il s'était suicidé.

 

M. Ryjkov a souligné que l'UE avait besoin d'un instrument capable de punir les personnes responsables de violations des droits de l'Homme. Il a précisé que les droits de l'Homme figuraient constamment à l'ordre du jour de tous les sommets et réunions entre l'UE et la Russie.

 

Toute l'île de Chypre fait officiellement partie du territoire de l'UE, mais le pays est divisé. La Turquie, un candidat à l'adhésion à l'UE, ne reconnaît pas la République de Chypre et occupe la partie nord de l'île depuis 1974.

 

Chypre est très exposée à la crise grecque et doit sauver son système bancaire, qui est devenu récemment un refuge pour les Russes aisés.

 

Huit mois de négociations infructueuses sur un plan de sauvetage ont transformé Chypre en un casse-tête pour la zone euro, qui craint que l'effondrement financier relance la crise de la dette de l'Union.

 

Nicos Anastasiades, le grand vainqueur des élections en février, a promis de « restaurer la crédibilité de Chypre ». 

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