Le Maire et Moscovici, deux visions opposées de l’économie

Le ministre des Finances français, Bruno Le Maire. [EPA-EFE/PATRICK SEEGER]

Pour Bruno Le Maire, la réponse à « l’effondrement  économique de la France » est à trouver du côté de la réindustrialisation et  de l’innovation. Et non pas du côté de l’équité fiscale, sujet au cœur du débat public, qui a les faveurs du commissaire européen Pierre Moscovici.

Le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, et le commissaire européen Pierre Moscovici se sont retrouvés à Bercy le 15 mars à l’occasion d’un colloque sur l’économie française. Mais entre l’ancien secrétaire d’État aux Affaires européennes de Nicolas Sarkozy et l’ancien ministre de l’Économie et de Finances de François Hollande, les constats divergent.

« Il y a 20 ans, la richesse par habitant de la France était supérieure à celle de l’Allemagne, nos exportations étaient supérieures à celle de l’Allemagne, notre situation de dette était la même. Il y a eu un effondrement économique français » a affirmé d’emblée Bruno Le Maire.

Fustigeant les choix économiques de ces deux dernières décennies, le ministre a affirmé que la solution devait être trouvée du côté de l’innovation et de la réindustrialisation de l’économie hexagonale. « L’innovation va faire la différence au 21eme siècle entre les nations vaincues et vainqueurs » a-t-il mis en garde.  « Une véritable réponse à la crise des gilets jaune, c’est la réindustrialisation » a-t-il poursuivi.

Redistribution fiscale

La déclaration du ministre coïncide avec la fin du Grand débat national, qui s’est achevé le 15 mars après 2 mois de consultations voulues par le président Emmanuel Macron dans la foulée de la crise des gilets jaunes.

Entre le début de la mobilisation des « gilets jaunes » pour protester contre la hausse de la « taxe carbone », la suppression de l’impôt sur la fortune, l’échec européen sur la taxation des géants du numérique, le sujet de l’équité fiscale a occupé une large place dans les débats qui ont mobilisés entre 400 000 et  500 000 personnes depuis le 15 janvier.

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Parmi les idées qui ont émergé à plusieurs reprises lors du grand débat figurent d’ailleurs plusieurs recommandations fiscales telles que la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité, ou encore le rétablissement de l’ISF.

« Il y a déjà beaucoup de redistribution fiscale dans notre pays, le redressement français ne passe pas par plus de distribution, mais par plus de création de richesse, plus d’innovation, plus d’investissement » a affirmé Bruno Le Maire.

« Je vois bien les débats actuels, pendant la crise des gilets jaunes: j’ai parfois le sentiment qu’on trompe les Français en leur disant que la solution c’est plus de redistribution » a déclaré Bruno Le Maire.  « On peut certainement encore améliorer les choses, corriger des injustices ». Mais « ce n’est pas parce qu’on aura été prendre un peu plus d’argent aux riches qu’on aura amélioré la situation de ceux qui souffrent. C’est parce qu’on aura ouvert des usines, créé des emplois, développé des entreprises », a-t-il poursuivi.

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Un constat que le commissaire européen Pierre Moscovici ne partage qu’en partie. « Je pense que la réindustrialisation est une réponse, mais la justice fiscale et sociale est indispensable pour maintenir un consentement à l’impôt fort notamment chez les couches populaires et la classe moyenne » a-t-il expliqué.

Le sujet de l’harmonisation fiscale sera d’ailleurs un des sujets de la campagne pour les élections européennes de mai 2019. « Nous n’avons pas réussi à mettre en place la fiscalité juste qu’attendent nos concitoyens au cours de ce mandat » a regretté le commissaire européen, listant plusieurs projets ambitieux de la Commission comme la taxation des géants du numérique ou le projet ACCIS (Assiette commune consolidée pour l’impôt sur les sociétés).

« Si j’avais une proposition à faire au moment ou se lance la campagne pour les Européennes, c’est d’aller progressivement de l’unanimité à la majorité qualifiée en matière fiscale, c’est un sujet de démocratie » a rappelé le commissaire.

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