Alors que les organisations d’employeurs se montrent dans l’ensemble satisfaites par les propositions de la Commission concernant l’adaptation des codes du travail (flexicurité), certains syndicats émettent des doutes quant à la promesse de maintenir les niveaux de protection sociale.
Réactions
Le président de l'association des employeurs BusinessEurope, Ernest-Antoine Seillière, n'est pas entré dans les détails sur la question et a simplement indiqué : "La flexicurité fournit le cadre adéquat pour corriger les faiblesses structurelles sur les marchés du travail en Europe. Les Etats membres ne doivent pas manquer cette opportunité de créer davantage d'emplois et de garantir davantage de sécurité".
La Confédération européenne des syndicats (CES) a souligné qu'elle est était disposée à "discuter sur une approche moderne de la réforme, investissant dans l'apprentissage tout au long de la vie, l'égalité des genres, le dialogue social, les négociations collectives et les emplois de bonne qualité". Elle regrette cependant "l'orientation adoptée par la communication, opposée à la protection et la stabilité des emplois qui est un droit essentiel des travailleurs et le fondement d'entreprises productives", ajoutant : "Les réformes doivent compléter et non remplacer les systèmes de protection du travail et être associées à des mesures encourageant le passage à des emplois gratifiants".
La CES poursuit en soulignant que "la flexicurité doit intégrer la sécurité et la flexibilité, soutenues par une forte protection sociale. Il est essentiel de renforcer le rôle des partenaires sociaux et d'y associer la négociation collective aux plans européen et national".
Le secrétaire général de la CES John Monks a souligné : "Nous sommes préoccupés par l'augmentation actuelle du travail précaire en Europe. Donner aux entreprises davantage de liberté de licencier, ce qui semble être l’idée maîtresse de la communication, ne fera qu’aggraver les choses. De meilleurs emplois, de meilleure qualité, telle est la vraie solution à la segmentation du marché du travail et à l’exclusion sociale, et non des emplois précaires pour tous".
Le secrétaire général de l'association des petites entreprises UEAPME, Hans-Werner Müller, a indiqué : "Nous sommes convaincus qu'il est essentiel d'adopter une approche intégrée, bien adaptée et globale afin d' améliorer la compétitivité et créer plus d'emplois et de meilleure qualité au sein de l'UE. L'implication des partenaires sociaux à tous les niveaux est une condition préalable à la réussite de cette politique". Il a également ajouté : "La Communauté européenne a apporté un certains nombre de points intéressants au débat relatif à la modernisation des relations sur le marché du travail tout en assurant un bon niveau de protection sociale. La balle est aujourd'hui dans le camp des Etats membres, étant donné qu'ils assument, en dernier ressort, la responsabilité de réformer leurs marchés du travail pour améliorer leur performance. Nous comptons sur eux pour appliquer une série de principes communs utiles au niveau du Conseil".
Selon Rainer Plassmann, secrétaire général du CEEP, fédération d'employeurs publics et de prestataires de services d'intérêt général : "L'une des conclusions les importantes de la partie analytique à laquelle sont parvenus les partenaires sociaux est la reconnaissance du rôle de services publics de haute qualité dans le développement de marchés du travail efficaces et d'économies compétitives. Nous appelons la Commission et le Conseil à prendre pleinement en compte le rôle central et proactif des services publics pour que les stratégies de flexicurité soient efficaces dans le cadre établi par la communication, avec des lignes directrices concrètes pour la mise en oeuvre".
L'ancien premier ministre danois et président du Parti des socialistes européens, Poul Nyrup Rasmussen, a quant à lui indiqué : "Le fait que la Commission européenne encourage un débat sur la flexicurité est une bonne chose, et je félicite Vladimír Špidla pour son initiative. L'Europe a besoin de ce débat. Il est en effet important d'aborder sur le même plan la flexibilité du travail et la sécurité du travailleur, et non l'une ou l'autre séparément".
Il a également ajouté : "La flexicurité est une innovation démocratique sociale visant à rendre nous économies plus compétitives tout en assurant des niveaux élevés de protection sociale. Soyons clairs sur un point essentiel : La flexicurité est une combinaison entre la flexibilité et la sécurité. Si vous souhaitez qu'un travailleur soit plus flexible, vous devez lui offrir de nouvelles formes de sécurité. Tout gouvernement de droite qui pense que la flexicurité les autorise à contraindre les travailleurs à devenir plus flexibles sans contribuer à l'amélioration de leur protection sociale n'a vraiment rien compris".
Eurochambres, l'association des chambres de commerce européennes, a qualifié la flexicurité d'"étape dans la bonne direction", mais a souligné qu'un certain nombre de questions restaient sans réponse :
- Eurochambres s'inquiète du fait que les contrats à durée indéterminée devraient être la norme de référence générale. Les contrats qui ne remplissent pas cette norme ne devraient pas être considérés comme anormaux par définition car ils offrent de réelles opportunités et la possibilité de ramener les "exclus" sur le marché du travail.
- Ce système n'est pas bon marché : Le Danemark, le modèle de référence pour la flexicurité, dépense près de 4,4% de son PIB annuel dans le soutien et le recyclage des chômeurs. Il s'agit de la politique relative au marché du travail la plus chère au monde. Comment la stratégie de flexicurité être-elle financée dans les autres pays?
Concernant la formation de la main d'oeuvre et l'apprentissage tout au long de la vie, le secrétaire général d'Eurochambres Arnaldo Abruzzini a ajouté : "La formation pose des difficultés particulières pour les PME, le personnel constituant souvent pour elles la ressource la plus limitée et la plus précieuse. Pour permettre une véritable flexicurité, la formation, en particulier au sein des entreprises, devrait être soutenue par des politiques et des investissements publics, notamment par le biais d'incitations fiscales".
Fintan Farrell, président de Plateforme des ONG européennes du secteur social, Plateforme sociale, a indiqué : "La communication publiée aujourd'hui tente de prendre en compte tous les types de compromis sans donner une vision claire sur la manière dont il faut élaborer un modèle de flexicurité qui susciterait la confiance des citoyens". Il a ajouté que pour la Plateforme sociale, les principes de flexicurité que la Commission doit adopter en décembre 2007 devraient clarifier le cadre sur lequel les Etats membres reposeront : "Si nous comptons sérieusement appliquer une politique de flexicurité et instaurer un climat de confiance, cela doit se faire au service de la cohésion sociale".
La secrétaire général d'Eurodiaconia, Heidi Martinussen, a également déclaré : "Nous...regrettons que le rôle des ONG du secteur social soit presque pas traité dans la description de la démarche à suivre pour parvenir à la flexicurité", ajoutant : "Pour atteindre les objectifs fixés par la Commission et impliquer les individus afin qu'ils jouent un rôle actif dans la société et puissent s'adapter facilement à différents modes de vie et situations professionnelles, il est essentiel d'adopter une démarche intégrée impliquant activement à la fois les partenaires sociaux et la société civile".
La Confédération européenne des agences privées pour l'emploi (Eurociett) a favorablement accueilli la communication, "reconnaissant la contribution positive et inhérente des agences d'intérim dans la mise en oeuvre des politiques relatives à la flexicurité". L'association a également félicité "le débat à venir au niveau national et européen sur les moyens de mettre en oeuvre les approches de la politique sur la flexicurité en Europe", ajoutant que : "les Etats membres de l'UE devraient explicitement tirer avantage du concept de flexicurité dans les réformes du marché du travail et devraient reconnaître la contribution positive que peuvent apporter les agences privées de l'emploi dans les politiques de flexicurité".
Contexte
La communication sur la "flexicurité", adoptée le 27 juin 2007, marque une tentative de la part de la Commission d'élaborer les solutions possibles permettant aux Etats membres de fournir davantage d'emplois et de meilleure qualité tout en surmontant les défis du marché du travail du 21ème siècle.
En élaborant ce document, qui reste non contraignant, la Commission a cherché à éviter de donner l'impression qu'elle tentait d'imposer certaines mesures aux Etats membres. Au lieu de pointer du doigt les failles de chaque pays, elle a préféré définir des défis communs aux marchés du travail européens (EURACTIV 27/06/07).
Plus d'information
European Union
- [FR](27 June 2007)
- European Expert Group on Flexicurity: Report 'Flexicurity Pathways - Turning hurdles into stepping stones(June 2007)
- Commission (Press release):Flexicurity: getting more people into good jobs [FR] [FR] [DE]
- Employment and Social Affairs Commissioner Vladimír Špidla:La Flexicurité en Europe : modernisation du marché du travail européen au 21ème siècle(Speech, 26 June 2007)
- Commission:Green Paper" Modernising labour law to meet the challenges of the 21st century"[22 November 2006] [FR] [FR] [DE]
EU Actors positions
- Party of European Socialists:PES on Spidla flexicurity communication [FR]
Business & Industry
- ETUC:"Flexicurity" Communication: ETUC insists on smart labour market reforms(27 June 2007) [FR]
- Businesseurope:Flexicurity: a unique chance to modernise European labour markets(27 June 2007)
- UEAPME:Flexicurity communication a good starting point for Member States’ action(27 June 2007)
- Eurochambres:Flexicurity: a step in the right direction, but beware of definition of abnormality(27 June 2007)
NGOs and Think-Tanks
- Social Platform:Using flexicurity as a chance - Ten principles of Social NGOs for the Heads of State and Government(20 October 2006)

