Le plan de relance français ne permettrait pas d’atteindre les objectifs numériques européens

Dans son plan national de relance et de résilience, présenté à la Commission européenne fin avril, le gouvernement français s'engage à investir plus de 10 milliards d'euros dans la transition numérique. [EA09 Studio/Shutterstock]

Une nouvelle étude publiée par le cabinet d’audit Deloitte révèle que les investissements envisagés dans le cadre du plan de relance français ne devraient pas suffire à atteindre les ambitions fixées par la Commission européenne pour la transformation numérique d’ici à 2030.

En mars 2021, la Commission européenne avait présenté ses objectifs pour la transformation numérique de l’Europe à l’horizon 2030, dans sa vision de la « Décennie numérique », qu’elle avait réparti en quatre grands domaines : les compétences, les infrastructures, la transformation numérique des entreprises et la numérisation des services publics.

Pour y parvenir, Bruxelles avait d’ailleurs exigé qu’au moins 20 % de la facilité pour la reprise et la relance – dont chaque État membre bénéficiera pour financer son plan de relance – soient consacrés à la transition numérique. « La majorité des pays semble avoir positionné les dépenses numériques exactement au seuil minimum de 20 %, ou très proche de ce seuil », note néanmoins l’analyse du cabinet Deloitte, qu’EURACTIV a pu consulter.

Dans son plan national de relance et de résilience (PNRR), présenté à la Commission européenne fin avril, le gouvernement français s’engageait à y investir 10,3 milliards d’euros, soit une part de 25,1 %.

Après évaluation et adoption par la Commission, Bruxelles a estimé que le plan français contribuait aux enjeux numériques — établis pour bénéficier de la facilité pour la reprise et la résilience, et alignés sur ceux de la « Décennie numérique » — à hauteur de 8,4 milliards d’euros, soit 21,32 % du budget total finalement alloué de 39,4 milliards d’euros.

La France recevra 39,4 milliards d'euros de Bruxelles pour son plan de relance

La Commission européenne a annoncé aujourd’hui son approbation du plan national de relance et de résilience français, alors que sa présidente Ursula von der Leyen rencontrait Emmanuel Macron. 39,4 milliards d’euros seront accordés à la France, un peu en deçà des 40,9 prévus initialement dans le plan présenté en avril dernier.

Mais cette enveloppe ne devrait pas être suffisante pour que la France atteigne les objectifs numériques fixés par la Commission européenne pour l’année 2030, d’après une étude du cabinet Deloitte qui a analysé les PNRR de 20 États membres — en s’appuyant sur ceux proposés par les pays, et sans prendre en compte les éventuelles réformes nationales qui contribueraient à ces objectifs.

Des bons et des mauvais points

Sur les quatre domaines identifiés par Bruxelles pour la « Décennie numérique », seule la numérisation des services publics, incluant l’objectif de 100 % des démarches clés en ligne, sera atteint d’ici à 2030. 2 milliards d’euros seront par ailleurs consacrés au numérique pour la santé.

Le cabinet Deloitte fait part de ses doutes quant à l’objectif d’une connectivité très haut débit « pour tous » d’ici à la fin de la décennie. En dépit des 240 millions d’euros pour le plan « France Très Haut Débit » qui vise à couvrir l’intégralité du territoire français en fibre, notamment les zones rurales, l’étude révèle que ce défi pourrait être relevé autour de l’année 2030, mais souligne que « cette tendance ne tient pas compte des défis commerciaux et opérationnels supplémentaires qui se posent, notamment lors du déploiement de réseaux dans les derniers 10 à 20 % des foyers, qui peuvent ralentir le rythme d’augmentation de la couverture (par exemple, coût plus élevé par foyer) ».

Le plan de relance prévoit aussi 300 millions d’euros pour le développement de la 5G.

C’est au niveau des compétences et de la maturité numérique — degré d’avancement dans la transformation numérique des petites et moyennes entreprises (PME) — que Deloitte émet le plus de réserves.

En 2020, 57 % des Français âgés entre 16-74 ans disposaient de compétences numériques de base. En 2030, l’analyse de Deloitte prédit un taux un peu en dessous des 70 %, alors que la Commission européenne a fixé l’objectif à 80 % — malgré les investissements envisagés pour la formation au numérique des travailleurs, notamment des plus jeunes.

Le PNRR français prévoit également 385 millions pour aider les entreprises à franchir le pas de la numérisation, en plus des nombreux investissements dans l’innovation et la recherche – dans le cloud notamment – qui auront mécaniquement un impact, ainsi que les fonds alloués à la Banque publique d’investissement français (Bpifrance). La maturité numérique des PME français était de 57 % en 2019, bien loin que de l’objectif des 90 % de la « Décennie numérique ». L’étude souligne ainsi que cela demandera « une augmentation significative ».

L’Allemagne ne fait pas beaucoup mieux

L’Allemagne consacrera une grande partie des 25,6 milliards d’euros qu’elle reçoit au titre du fonds NextGenerationEU à la numérisation. Selon la Commission européenne, environ 52 % seront investis dans des projets visant à accélérer la numérisation dans divers secteurs.

L’Allemagne est ainsi « l’un des précurseurs en Europe », a déclaré Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, lors d’une conférence de presse avec Angela Merkel mardi (22 juin).

La majeure partie des investissements numériques sera allouée à l’expansion du haut débit, aux services publics en ligne et à la numérisation de l’économie.

L’expansion du haut débit est l’un des plus gros casse-tête de l’Allemagne, car il reste d’importantes lacunes à combler. Selon l’analyse du cabinet Deloitte, seuls 33 % des ménages ont accès à des réseaux gigabit, contre 44 % dans l’UE.

Toutefois, l’Allemagne a déjà identifié le problème et a intensifié ses efforts ces dernières années. Le rapport de Deloitte souligne que l’Allemagne pourrait atteindre l’objectif européen d’une couverture à 100 % d’ici à 2030 si elle continuait sur cette lancée. Environ 1,5 milliard d’euros de ce fonds sont liés à l’expansion du haut débit gigabit.

En ce qui concerne les compétences numériques et l’éducation, l’Allemagne est déjà nettement en avance sur la moyenne de l’UE-27. Environ 1,8 milliards d’euros de fonds sont liés à la réduction de l’écart des 10 % manquants pour atteindre les objectifs numériques de l’UE. Cependant, le manque de spécialistes en TIC reste important, puisque 1,7 millions de spécialistes en TIC sont encore nécessaires pour atteindre les objectifs de 2030.

Quant à la numérisation de l’économie, les attentes sont mitigées. Si l’Allemagne est largement en avance sur la moyenne européenne en ce qui concerne l’intensité numérique du secteur des entreprises, elle reste à la traîne pour ce qui est de l’utilisation des services cloud : Seulement 12 % des entreprises en utilisent actuellement. Pour atteindre l’objectif européen de 75 %, l’Allemagne devrait intensifier considérablement ses efforts, selon le rapport Deloitte.

La plus grande partie — environ 12,4 % — des investissements de l’Allemagne dans le cadre de NextGenerationEU sera allouée à la numérisation des services publics en ligne. Étant donné que l’Allemagne n’est qu’à 10 % de l’objectif de 100 % fixé par l’UE, la réalisation de cet objectif semble réalisable, selon l’analyse.

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