Le président de la Cour des comptes européenne se défend face à des allégations de mauvaise gestion

Klaus-Heiner Lehne, président de la Cour des comptes européenne, se défend devant la commission du contrôle budgétaire du Parlement européen, le 30 novembre 2021 à Bruxelles. [image provenant du livestream]

En réponse à une enquête d’un journal français, Klaus-Heiner Lehne, président de la Cour des comptes européenne, s’est défendu, ainsi que ses collègues, contre des allégations de mauvaise gestion devant la commission du contrôle budgétaire du Parlement européen. Il n’a pas exclu de porter l’affaire devant les tribunaux.

Vendredi 26 novembre, le journal français Libération avait publié un article d’investigation dénonçant une mauvaise gestion au sommet de la Cour des comptes européenne, l’institution chargée de contrôler les dépenses de l’UE.

Un appartement fictif ?

L’article intitulé « Fraude à la tête de la Cour des comptes européenne » alléguait notamment que le président de la Cour, Klaus-Heiner Lehne, avait une adresse fictive au Luxembourg et que rien ne justifiait l’indemnité de résidence pouvant atteindre 3 600 euros par mois qu’il recevait.

Le journal a découvert que M. Lehne partageait un appartement avec des employés de son cabinet. L’article affirmait que cet appartement était une simple « adresse de façade » et que cela ne pouvait être qualifié que de fraude au budget de l’Union.

En outre, l’article affirmait que M. Lehne n’était pas souvent au Luxembourg et qu’il était plutôt actif dans la politique du parti au sein de sa section régionale de la CDU.

Interrogé par la commission du contrôle budgétaire du Parlement européen, le président de la Cour des comptes de l’UE s’est défendu contre ces accusations.

Des accusations « non fondées »

L’article « repose essentiellement sur des déclarations non fondées et non véridiques », a déclaré M. Lehne.

Il a nié que l’adresse luxembourgeoise était fictive et a défendu son choix de partager l’appartement avec deux membres de son cabinet. « Où et avec qui je vis à Luxembourg relève de mes affaires privées », a souligné M. Lehne.

Quant aux allégations selon lesquelles il serait toujours actif dans la politique locale allemande au détriment de ses fonctions à la Cour, M. Lehne a nié avoir un quelconque rôle actif en politique. Il a insisté sur le fait que sa « présidence honoraire » de la CDU de Düsseldorf n’était qu’un titre et un signe d’appréciation du parti pour son travail passé.

« Je ne suis pas activement impliqué dans une quelconque activité politique. Je n’ai aucun mandat, rien. Ce n’est tout simplement pas vrai », a déclaré M. Lehne.

Isabel García Muñoz, des socialistes et démocrates (S&D), a insisté sur la nécessité d’une enquête approfondie sur cette affaire, craignant pour l’intégrité de la Cour des comptes de l’UE. « Un manque de crédibilité des institutions européennes affecte chacun d’entre nous », a-t-elle déclaré.

Poursuivre les journalistes en justice ?

Pierre Karleskind, eurodéputé français du groupe centriste Renew Europe, s’est également inquiété de l’intégrité de l’UE aux yeux du public. Il a donc suggéré à M. Lehne de poursuivre le journal en justice pour diffamation s’il pensait que les allégations étaient fausses.

« Rendez-nous service à tous, intentez un procès pour diffamation. Mais soyez sûr de vous. Le journaliste qui a publié cet article a entraîné la chute de la Commission Santer et a poussé Martin Selmayr à l’exil », a prévenu Pierre Karleskind.

M. Lehne a confirmé qu’il envisageait de poursuivre l’affaire en justice. « Nous sommes en train de décider s’il est judicieux de le faire ou non », a-t-il déclaré, tout en regrettant que le texte soit formulé de manière à ce qu’il lui soit difficile de prouver la diffamation.

Martina Hohlmeier, présidente de la commission et camarade de parti de Klaus-Heiner Lehne, a parfois semblé prendre elle-même la défense du dernier durant l’audition.

Réagissant aux regrets de M. Lehne concernant l’impossibilité pratique de poursuivre le journal devant les tribunaux, elle a fait preuve de beaucoup de compréhension. « Je connais ce problème », a-t-elle déclaré, ajoutant qu’elle avait vécu la même chose mais qu’il était difficile de prouver la diffamation. « C’est un problème relatif à la liberté de la presse », a-t-elle ensuite expliqué.

Sur Twitter, l’auteur de l’enquête, Jean Quatremer, a réagi avec incrédulité aux discussions autour de la poursuite des journalistes en justice.

La Cour des comptes européenne demande plus de ressources pour contrôler NextGenerationEU

Alors que le niveau des irrégularités relatives à l’utilisation des fonds de l’UE est resté stable en 2020, la Cour des comptes européenne s’inquiète de ne pas disposer de suffisamment de ressources pour contrôler les dépenses de l’UE.

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