Le revenu universel augmenterait le risque de pauvreté, selon l’OCDE

Le revenu universel, une fausse-bonne idée, selon l'OCDE. [Africa Studio/Shutterstock]

Paradoxalement, l’instauration d’un revenu véritablement universel ferait beaucoup de perdants y compris chez les pauvres, estime l’organisation internationale. Sauf à augmenter de façon inconsidérée les dépenses publiques. Un article de notre partenaire, La Tribune.

Bien sûr, l’OCDE arrive un peu tard, avec son analyse -enfin sérieuse- d’un scénario de revenu universel. De cette idée qui a émaillé la campagne électorale, avec la proposition de Benoît Hamon, on ne parle plus guère. Mais l’intérêt de l’étude que publie ce mercredi l’organisation des pays industriels, basée à Paris- n’en est pas moins réel. Les économistes et statisticiens montrent l’ampleur des sommes à dégager et à transférer entre ménages, pour parvenir à un résultat finalement beaucoup moins satisfaisant qu’attendu.

Pourquoi le résultat serait-il décevant ? Il l’est notamment en termes de lutte contre la pauvreté, ce qui est évidemment l’objectif affiché par les défenseurs du revenu universel. Si l’on prend l’hypothèse d’un revenu universel équivalent à l’actuel RSA, mais distribué à toute la population en âge de travailler, le montant à financer atteindrait la bagatelle de 338,3 milliards d’euros, estime l’OCDE. 116,3 milliards pourraient provenir de la suppression d’actuelles prestations -allocations familiales, chômage, indemnités journalières maladie-, 112 milliards proviendraient d’un rendement supérieur de l’impôt sur le revenu, avec une taxation dès les revenus les plus faibles, l’hypothèse étant faite d’une neutralité budgétaire, c’est-à-dire d’une réforme n’aggravant pas le déficit. Ce chiffrage ne fait que confirmer les montants exorbitants évoqués pendant la campagne électorale. Mais là n’est pas le plus surprenant.

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Des perdants dans toutes les catégories de revenus

L’enseignement principal de l’étude de l’OCDE, le plus novateur, réside dans l’analyse des transferts constatés à l’issue d’une telle réforme -qui perd, qui gagne. Il peut se résumer en une phrase : pour chaque niveau de revenu, et pas seulement chez les « riches » qui devraient payer plus d’impôt, on compterait un nombre important de perdants. Y compris parmi les personnes les plus pauvres. Ainsi, plus de 30% des ménages les plus pauvres (le premier décile, soit les 10% les plus modestes) sortiraient perdants d’une telle réforme ! Et la perte de revenu serait considérable : supérieure à 10%, pour un cinquième de ces foyers très modestes. Près de 35% des ménages du deuxième décile seraient, eux aussi victimes d’une telle réforme. Au total, plus de 30% des ménages en France auraient moins de revenus qu’aujourd’hui. Dont beaucoup de chômeurs, qui devraient se contenter d’une allocation équivalente au RSA.

Pour plus de 15% des personnes d’âge actif dans l’hexagone, la perte monétaire serait importante, dépassant les 10%. En Grande-Bretagne, le phénomène serait encore plus considérable, avec plus de la moitié des ménages du deuxième décile accusant une diminution de leur revenu.

Résumant les conséquences de la réforme sur les revenus, l’OCDE met en avant « des pertes plus fréquentes parmi les plus pauvres et les riches, les classes moyennes étant plus susceptibles de gagner ».

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La piste d’un « revenu de base partiel »

Ce résultat, bien évidemment contraire à l’objectif de l’instauration d’un revenu universel, s’explique simplement par la perte de prestations, supprimées dans le cadre de cette réforme, pertes que ne compense pas l’instauration de la nouvelle allocation pour tous. Cela condamne-t-il le projet ? Les experts de l’OCDE ne le disent pas exactement comme ça. Mais, en soulignant les conséquences négatives de l’absence de ciblage (de l’universalité, donc) ou du choix fait de ne pas augmenter de manière exponentielle les dépenses, ils évacuent de fait l’idée d’un revenu universel. « Les risques de pauvreté peuvent augmenter en raison de pertes importantes des bénéficiaires actuels » relèvent-ils.

Aussi suggèrent-ils la piste d’un « revenu de base partiel ». Par exemple, en réduisant le nombre de bénéficiaires de ce revenu (il pourrait être attribué aux seules personnes participant au marché du travail) ou en le limitant dans la durée. Rien à voir en tous cas avec le revenu véritablement universel cher aux libéraux, qui soit serait infinançable, sauf à prévoir des hausses d’impôt phénoménales pour les 20% d’individus les plus aisés, soit serait insuffisant, étant à l’origine, comme le dit de l’OCDE, d’une augmentation de la pauvreté.

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