Le subventionnement des opérateurs n’incite pas les Français à renouveler plus souvent leur téléphone

Les opérateurs ont une place de choix dans la vente de terminaux ; pour l’année 2020, l’Arcep estime que la part de téléphones vendus par ces derniers sur le marché grand public était comprise entre 35 % et 40 %.  [bodnar.photo/Shutterstock]

Mandatée par le gouvernement, l’Autorité de Régulations des Communications Électroniques et des Postes (Arcep) a publié aujourd’hui (12 juillet) un rapport évaluant les conséquences des pratiques commerciales sur le renouvellement des smartphones en France.

Non, le subventionnement des téléphones portables — pratique répandue chez les opérateurs qui visent à proposer un smartphone neuf à un prix très bas sous réserve d’un abonnement avec engagement bien moins attractif — ne pousserait pas les consommateurs français à en changer plus souvent.

« L’ancienneté de l’ensemble des smartphones actifs sur les réseaux serait, en moyenne, de 32 mois contre 29 mois pour les smartphones subventionnés », peut-on lire dans l’étude de l’Arcep, demandée par le gouvernement et rendue publique aujourd’hui, concluant ainsi que « la nature du contrat (avec ou sans subvention) semble avoir un lien limité avec la durée de détention des smartphones ».

Ce résultat vient mettre fin à plusieurs années de débat entre les différents opérateurs qui opposaient notamment Xavier Niel, grand patron de Free, qui voyait dans cette pratique commerciale un crédit à la consommation déguisé et néfaste pour l’environnement, et les autres opérateurs comme SFR, Orange et Bouygues Télécom.

Les opérateurs ont une place de choix dans la vente de terminaux ; pour l’année 2020, l’Arcep estime que la part de téléphones vendus par ces derniers sur le marché grand public était comprise entre 35 % et 40 %.

Empreinte environnementale 

Le rapport de l’Arcep s’inscrit dans la volonté du gouvernement de concilier la transition écologique et la transition numérique. En février dernier, la ministre de l’Environnement Barbara Pompili et le secrétaire d’État à la Transition numérique Cédric O avaient présenté leur feuille de route pour mener à bien cette ambition, avec trois objectifs : « développer la connaissance de l’empreinte environnementale numérique », « soutenir un numérique plus sobre » et « faire du numérique un levier de la transition écologique et solidaire ».

Cette nouvelle feuille de route envisage également de confier de nouvelles compétences d’évaluation en la matière à l’Arcep. « Grâce aux nouveaux pouvoirs de collecte de données environnementales que devrait lui conférer la loi, l’Arcep pourra concevoir un baromètre environnemental du numérique, qui permettra de poursuivre la réflexion et l’identification de leviers d’action sur la durée de vie des terminaux, et plus largement sur l’impact environnemental du numérique », se réjouit Laure de La Raudière, présidente de l’autorité.

Le gouvernement dévoile sa feuille de route pour concilier les transitions numérique et écologique

Alors que le numérique est responsable de 5 à 10% de la pollution en France, le gouvernement doit annoncer aujourd’hui (23 février) plusieurs mesures visant à améliorer l’empreinte écologique du secteur. Euractiv France a pu consulté cette feuille de route avant sa publication.

Le rapport d’information du Sénat « Pour une transition numérique écologique » publié en juin dernier alertait sur le fait que 81 % des émissions de gaz à effet de serre du numérique en France sont liées à l’ensemble des terminaux numériques et que la production des équipements neufs représenterait 75 % de l’impact total du produit.

« Le Gouvernement reste également pleinement mobilisé sur cette problématique, notamment avec l’indice de réparabilité, qui rencontre un franc succès depuis son déploiement en début d’année », a déclaré Mme Pompili, à l’occasion de la sortie du rapport.

Le baromètre du numérique de l’Arcep, publié le 1er juillet dernier, nous apprenait qu’un quart des Français avaient souhaité changer de téléphone alors que celui-ci fonctionnait encore très bien, simplement par « envie ».

Néanmoins, le rapport de l’Arcep observe que l’empreinte environnementale d’un terminal doit être envisagée plus globalement. « Au-delà de la durée d’usage individuel, la durée d’utilisation totale des téléphones mobiles est un élément essentiel à appréhender », peut-on lire, notant ainsi que « de plus en plus de consommateurs ont ainsi recours au marché du reconditionné ».

L’Assemblée nationale réinstaure une redevance pour les appareils reconditionnés

Les députés ont adopté jeudi soir (10 juin) la proposition de loi visant à réduire l’empreinte environnementale du numérique en France. Par voie d’amendement, le gouvernement a réussi à réintroduire la redevance « copie privée » pour les appareils reconditionnés, point de discorde principale dans le texte, du reste, plutôt consensuel.

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